Vermicelles au poulet [Sigrid Oleksander & Emile J. B. Evans]

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« J'suis vraiment pas doué. L'a fallu que j'm'y reprenne à trois fois avant d'arriver à taper le code d'accès à l'immeuble correctement. J'imagine pas la gueule de la voisine si j'avais du sonner chez elle pour qu'elle me débloque la porte. Elle à huit heures, ses gosses bouffes, à neufs heures ils sont au lit, alors si quelqu'un sonne ça va les réveiller, les perturber les pauvres. Bref. Y'a que trois étages à mon immeuble, et j'suis au premier. C'pas glorieux quand même, j'ai pas d'maison et j'habite même pas dans un immeuble avec plein d'étages, des ascenseurs et tout le bordel. A Aitkin, c'est difficile, mais bon, c'est vraiment nul quoi. Y'a même pas d'ascenseur d'ailleurs, et c'est trois appart par palier, alors tu les connais les voisins, c'est pas la vie en ville vertigineuse et anonyme dans des intérieurs en verre impersonnels et futuristes. Non, non, c'est chez moi, pas d'ascenseur et d'la moquette marron dans l'couloir. Pour la clé non plus, ça a pas été facile, mais c'est bon, là on est d'dans.
La première chose que j'ai faite, c'est foutre le chauffage. »


Emile alluma les lumières et alla à la cuisine pour poser la poche du Dragon Rouge en étouffant un bâillement. Il rangea la barquettes de plats préparés au réfrigérateur et les nouilles dans un placard encombré de paquets entamés et d'emballages vides qu'il n'avait pas jetés. Il se retourna pour constater que Sigrid n'avait pas bougé et après avoir un instant hésité sur ce qu'il devait faire d'elle, il lui fit signe de le rejoindre. C'était bien la première fois qu'il se retrouvait dans une situation pareille : avoir chez lui quelqu'un qui n'était ni son ami ni une petite copine potentielle. Il avait du mal à savoir comment s'adresser à elle et il devait bien admettre que cette présence étrangère chez lui le rendait mal à l'aise. Il commença à s'agiter pour occuper son esprit à autre chose et remplit sa bouilloire dans l'évier encombré de bols et fourchettes sales. Sa mère lui disait toujours qu'il devrait nettoyer "au cas où des gens viendraient" et il lui rétorquait aussi souvent que personne ne venait jamais mais en ce moment, il ne se félicitait pas de ne pas l'avoir écoutée. Le temps que l'eau chauffe, il s'empara d'une éponge et nettoya deux bols et deux couverts pour Sigrid et lui.

_  Ça t'embête qu'on bouffe des nouilles ?

Il n'avait pas grand chose d'autre en réalité, peut-être quelques légumes que lui avait envoyé sa mère quelques jours plus tôt, parce qu'elle ne supportait pas de savoir qu'il ne se nourrissait que de pâtes, et du jambon sous vide au frigo pour ses sandwichs. Des biscuits aussi, fourrés au chocolat, du coca et du jus d'orange pour le petit déjeuner. En cherchant bien, il aurait également trouvé un paquet de riz et deux boîtes de maquereau mariné qui devaient dater de l'année précédente. Il essuya les deux bols sans trop d'attention et y mit les nouilles instantanées et l'eau sa? Il jeta un timide coup d'oeil par dessus son épaule et fut rassuré de voir que ce n'était pas lui qu'elle regardait, semblant absorbée dans la contemplation de son intérieur. Il n'avait pas plus de raisons de se réjouir. Un reniflement lui échappa de nouveau. Il avait beau avoir mis le chauffage au maximum, il faudrait un petit moment avant que l'appartement n'arrive à une température convenable pour quelqu'un en t-shirt. Il posa les bols sur la table et tira deux des trois chaises vers le bord le plus proche d'un des radiateurs. Il faudrait préparer de quoi dormir sur le canapé aussi et pour y avoir passé plusieurs nuits quand il hébergeait des potes chez lui, il savait à quel point il était inconfortable quand il s'agissait d'y dormir. Sigrid dormirait dans le lit. Emile alla chercher du jambon au frigo pour compléter leur repas. Bien sûr, il aurait pu dormir avec elle, il possédait un lit deux places assez spacieux, mais étant donné la relation qu'il entretenait avec elle, il aurait trouvé cela un peu déplacé, et même grossier. Il l'invitait, alors il n'allait pas dormir avec elle au risque qu'elle se sente mal à l'aise, non ? Ça ne se faisait pas.

_  Hep ! Viens ici, c'est prêt, et arrête de fouiller partout. Tu veux que je te fasse griller ton jambon ?

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Bienvenue à la maison.

La caverne d'Emile Evans.
De Jordan.
Peu importe.

Il lui fit un signe qu'elle ne comprit pas, et s'affaira ailleurs. Dans l'encadrement de la porte, Sigrid ne bougeait pas. Avança timidement son pied sur la moquette de l'entrée, frissonna. Elle était devant l'habitat naturel de Jordan Evans. Capitaine des Volfoni Knights. Et il s'était tourné vers elle pour agiter sa main, comme s'il le demandait de rentrer. En même temps, elle n'était pas certaine du tout qu'il lui ait demandé cela. Elle n'était personne pour entrer là-dedans. Dans le monde merveilleux de Jordan Evans, dans l'univers fantastique qui lui servait de repaire. Une espèce complètement isolée des sauvages dans son genre, Sigrid Oleksander, impie et parasite vulgaire noué autour du cou du magnifique. Ses yeux restaient rivés sur le basketteur, apeurés et perdus, puis elle décida d'avancer, peu importait les risques. Les paupières collées, très serrées, ne surtout pas les lever.
Sa main ferma la porte derrière elle. Jordan avait allumé le chauffage, elle le sentait, et il ne fallait pas que la chaleur s'en aille. Sigrid rouvrit les yeux, timide. Détaillant l’appartement brièvement. Aucune référence pour comparer. C'était plus grand que la chambre au campus, mais il n'y avait ni salle de bain ni cuisine, c'était normal. Puis il y eut la télévision, de laquelle elle s'approcha. Se pencha pour être à la hauteur de l'écran. Pas immense, le minimum, sans doute. En-dessous, une console de jeux. La manette était posée sur la table basse. La table basse, elle était devant le canapé, et à la gauche du canapé, il y avait une petite table de chevet avec des papiers dessus. Contre le mur blanc, une console, dans le coin à côté de la console, une étagère. En face de l'étagère, une autre étagère. Dans le coin à côté de l'étagère d'en face, il y avait une plante verte. Et à côté de la plante verte, il y avait un miroir accroché au mur, et à côté, il y avait la porte qu'elle venait de fermer. Un salon, en somme.
Elle sautilla autant que le poids de l'appareil le lui permettait jusqu'à l'une des deux étagères. Des films, quelques livres, des bibelots en tous genre. Rien d'extraordinaire, et au final, elle était assez vide. En face, l'autre ne rayonnait guère plus. De loin, on distinguait quelques boîtes de jeux, des pochettes de disques. C'était les divertissements de Jordan Evans. Pas n'importe quoi. Sur la table basse, ou plutôt à côté, il y avait une bouteille de soda à moitié vide. Dessus, un cendrier propre, et aucun paquet alentour. Il ne fumait pas. Il ne sentait pas la fumée. L'appartement non plus. Elle avait beau coller son nez aux housses des coussins du canapé, ils ne sentaient pas le tabac. Sans doute là pour ceux qui venaient chez lui. L'appartement n'était pas en désordre, c'était bizarre. Et tout ce qui était là appartenait à Jordan Evans. Whoah. Pas n'importe qui. Pas n'importe quoi.
Il lui adressa la parole et elle répondit pas un couinement qui ne voulait rien dire. En fait, elle ne l'écoutait pas. Trop absorbée par l'environnement autour d'elle. Un sourire immense aux lèvres. Ses petits doigts qui glissent sur son courrier, posé sur la table de chevet. Quelques sautillements plus loin, une extase incroyable face à sa plante, en parfaite santé. Elle la salua, et rit un peu. Ne prit pas la peine de se regarder dans le miroir, elle savait à quoi elle ressemblait. Courut vers la console contre le mur, zieuta ce qu'il y avait dessus. Pas grand chose. Un vêtement perdu, elle en déduit que c'était ici qu'il posait ses affaires. Sigrid retira le sweat, le plia et le déposa doucement. Et puis elle réalisa. Pas une seule photographie. Ni de sa famille, ni de ses amis, ni de lui. Aucune photographie.

Il la héla et son coeur rata des battements. Elle reposa immédiatement la pince à épiler qu'elle venait de trouver sur la console, le regard bas, honteuse. Ses mains se nouèrent et elle avança, penaude, jusqu'à la cuisine. Devant lui. Il lui posa une question à propos de jambon, sans qu'elle comprenne réellement ce dont il était question. Au cas où, elle répondait toujours non. Des fois, c'était une mauvaise réponse, elle pouvait être battue pour ça. Mais là, elle répondit non. Un non trop faible pour être entendu. Alors elle recommença, tout en découvrant ce qu'elle avait sous les yeux.
Un repas.

- Non... Mais... Ça fait beaucoup...

Pas l'habitude d'un tel festin. Sigrid resta debout sans bouger. Le regard à peine dirigé vers Emile. Jordan. Elle prit une grande inspiration, pour rien. Ses poumons se vidèrent tout doucement, et elle goba sa lèvre inférieure.

- Il n'y a pas de photographies, chez vous. C'est bizarre.

Un temps, très court.

- Chez moi non plus.


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« Mais qu'elle reste pas plantée là comme ça, j'vais pas la bouffer.
J'comprends pas qu'elle soit aussi... Rah, je sais pas quel mot mettre. Elle fait rien, elle ose pas, on dirait qu'elle a peur de toucher c'qui a autour d'elle. c'est bon, hein, j'suis pas si crade, j'nettoie de temps en temps quand même, elle va pas choper de maladies. Bon. Elle a l'air d'avoir rien écouté, elle reste plantée là à poser des questions... elle attend quoi ? Qu'un mec vienne lui tirer sa chaise pour la faire asseoir ? Putain, c'est quoi ces assistés. Me v'là obligé d'me rel'ver alors que j'étais au chaud. Elle est bien gentille, mais elle est un peu longue à la détente quand même. Comment j'pourrais l'attraper sans que ça fasse trop brusque ? La main ça fait St Valentin, ou petite fille... Ouais, petite fille, ça lui va pas si mal. Comment elle fait pour toujours avoir les mains tièdes ? Les miennes sont toujours glacées, et pourtant j'ai fait la vaisselle à l'eau chaude. Je prend la droite dans les miennes et elle y disparais complètement. Elle a vraiment de toutes petites mains.
Allez, viens, n'ais pas peur.»


Il la tire un peu, l'accompagne plutôt.
Comme avant, elle se laisse faire. On croirait une poupée version grandeur nature avec ses yeux trop bleus, ou un animal. Ouais, un animal qui n'est pas dans son élément. Il la fait asseoir devant son bol et va chercher un couteau et une assiette à la cuisine pour lui couper son jambon. Il s'applique, la langue entre les dents, à faire glisser la lame sans accrocs pour faire des petites bandes de viande, toutes de la même largeur. C'est plus joli. Une fois que c'est fait, il coupe les plus grandes au milieu et les replie précautionneusement. Réitère l'opération avec toutes les bandes pendant que Sigrid mange ses nouilles sans grande conviction. Si elle n'aime pas ça, c'est pareil, il n'y a que ça. Les extrémités des bandes de jambon sont ramenées ensemble et il attrape un cure dents dans un petit pot en terre posé sur la table pour les maintenir dans cette formation.

_ Ça va ? C'est bon ?

Emile commençait à s'inquiéter. Elle ne disait toujours rien. Il n'était pas habitué à vivre dans le silence, il lui préférait les bruyants echos du gymnase, les cris des autres élèves, et quand il rentrait chez lui, il mettait de la musique ou allumait la télé pour meubler sa solitude. Il n'aimait pas être tout seul. Il posa la petite rose de jambon au bord du bol de Sigrid et se désintéressa complètement d'elle pour plonger dans son bol. Lui ne trouvait jamais qu'il y avait beaucoup de nouilles et il les avala au quelques minutes, enfourna au passage sa tranche de jambon, puis il se laissa aller contre le dossier de sa chaise et s'étira. Un petit rot pour conclure ce dîner gastronomique et il emporta les couverts sale à la cuisine pour qu'ils aillent rejoindre leurs confrères dans l'évier jusqu'à ce que leur propriétaire ait de nouveau besoin d'eux.

_ Nan, j'aime pas trop les photos, 'fin, les avoir accrochées quoi, surtout qu'chez moi, y'a pas mal de gens qui passent. Les potes, les meufs... j'aime pas trop qu'ils foutent le nez dans ma vie quoi. Tu vois ?

Une fesse posée sur le comptoir, il croisait les bras, ne sachant pas trop où mettre ses mains. La température commençait à monter dans l'appartement, et il y était bien plus à son aise. Même si la présence de Sigrid le dérangeait toujours, il était au chaud, le ventre plein, et chez lui. Il n'avait plus rien à craindre. Il descendit bien vite du comptoir quand il se rendit compte qu'il était en train de perdre du temps. Étouffant un nouveau bâillement, il ouvrit le grand placard dans le couloir et en tira une épaisse couette blanche qu'il entreprit de faire entrer dans sa housse à fleurs bleues.

_ Oublie pas d'mettre ton bol dans l'évier quand t'as fini. Et si t'arrives pas à finir, c'pas grave, tu jettes, ou alors tu fous dans l'pot d'la plante, j'crois qu'elle aime bien.

Après s'être escrimé à plier la couette à sa volonté, il chercha un oreiller qu'il ne trouva pas et du se résigner : il dormirait la tête sur l'accoudoir. La nuit s'annonçait confortable. Il laissa tomber la couette an tas sur le canapé et fit glisser la cloison coulissante qui masquait sa chambre à côté de la télé. Un peu le bordel, alors il ramassa les vêtements qui traînaient par terre et les jeta pêle-mêle dans le panier à linge à laver, propres et sales confondus. Il trierait demain. Le lit fut un peu arrangé, l'oreiller secoué et il vérifia que la lampe de la table de nuit marchait bien. Il emporta le réveil digital qui , tout devait être fonctionnel, il détestait mal recevoir. Il emporta cependant le réveil digital et le posa sur la table basse du salon. Il mettait aussi l'alarme sur son portable, mais il lui fallait bien deux sonneries pour le tirer du sommeil. Il jeta un dernier coup d'oeil larmoyant à son lit qu'il devrait abandonner cette nuit et se retourna vers la cuisine.

_ C'est là qu'tu dors, ok ? Et c'est cool d'avoir plié l'pull. Tu veux aller dormir tout d'suite ? Ça t'dérange si j'fous la télé ?
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Finis ton assiette.

Les yeux dans le bol.

Elle l'écoute, pourtant, mais est bien incapable de lever le regard. D'un côté, son aversion pour les photographies s'explique. Du moins son aversion à les afficher. Difficile à concevoir cependant pour Sigrid, qui ne se retrouve que dans ces instants figés dans le temps, durables. Elle mange, elle essaye. C'est vraiment beaucoup comparé à d'habitude. Sigrid n'aime pas manger. Les vers mangent à sa place. Elle est vite fatiguée, et préfère leur céder la victoire. Ils mangent et se taisent, et elle ne souffre plus. Plus facile pour tout le monde.
Il a fini et se lève, va chercher elle ne sait quoi ailleurs chez lui. Elle ne cherche pas à le regarder, et il est dans son dos. Sa fleur de nourriture face à elle, ses doigts viennent la cueillir et ils la portent à ses lèvres. C'est bon. Ça ne change pas vraiment du reste. C'est comestible. Certaines choses ne sont pas bonnes et ne se mangent pas, elles ne sont pas comestibles. À partir du moment où ça calme les vers, c'est que c'est comestible. Alors c'est bon. Il lui qu'elle peut laisser si elle ne veut pas finir. Elle veut finir. Elle y tient. Parce que ça ne se fait pas de laisser ce qui est comestible devenir impropre à la consommation. Alors elle finirait. Ça prendrait le temps que ça prendrait, mais elle finirait.
Jordan lui demande si elle veut dormir maintenant et si la télévision la dérangerait. Sigrid secoue la tête en guise de réponse. Non pour les deux. Et pas un seul mot prononcé. Un peu contrariée.
Il était gentil.

Un quart d'heure en plus. Elle le sait, parce qu'en face d'elle, juste en face, il y a une pendule. Une horloge. Quinze minutes d'écoulées, très exactement. Mais le bol est vide, et la fleur à disparu. Ça aura été laborieux. Vraiment beaucoup à dévorer sur cette table ce soir. Emile était une fusée, impossible autrement. Un quart d'heure qu'il avait fini, et elle peinait à avaler la dernière bouchée. C'est dans un soupir que Sigrid s'effondra sur le dossier de la chaise, les yeux clos. Voilà une bonne chose de faite, au moins. Ce sera toujours ça en moins à attendre sans rien faire. Avant de se lever, elle inspira, et conclut le repas par un rot digne des plus virils des hommes. Comme Emile, Jordan, l'avait fait avant elle. Rien à envier à la testostérone, après tout.
Tout sourire, elle se leva et alla déposer ses couverts dans l'évier qui commençait à déborder. Il faudrait nettoyer cela, et Sigrid se dit que c'était un bon moyen pour débarrasser Emile d'une corvée. Puis elle s'esquiva direction la chambre qu'il lui avait prêté pour la nuit. Elle ne lui serait pas d'une grande utilité, elle voulait la lui rendre, mais était trop craintive pour lui refuser quelque chose. L'écouter. Juste, l'écouter. Derrière le lit, elle se déshabilla. Et c'est une fois nue qu'elle se rappela des règles de bienséance. La nudité n'en faisait pas partie, Sigrid enfila son haut, son boxer, ne quitta pas l'appareil autour de son cou pour autant et retourna, pieds nus, jusqu'à la cuisine. L'eau chaude lui brûlait les doigts, mais ce n'était pas ça qui importait. Au moins, il n'aurait pas ça à faire.

Le liquide vaisselle était tranquillement posé en face d'elle. Laver prit bien moins de temps que manger, et même si son ventre gargouillait encore, ce n'était qu'un caprice des vers qui ne savaient plus quoi inventer comme excuse pour l'embêter, alors elle ne les écouta pas. Ses doigts étaient rouges. Rouge vif. Elle s'essaya à l'organisation de la vaisselle, pour pouvoir la ranger, mais fut prise de court puisqu'elle ne savait pas comment Emile disposait ses affaires. Elle préféra ne rien toucher, par peur de provoquer la colère de Jordan. Et ce serait pire que tout.
Elle ne savait pas quoi faire. Elle aurait pu nettoyer, mais il n'y avait rien à nettoyer. Elle n'avait jamais imaginé l'appartement d'Emile Evans. Pas qu'elle s'en fichait, néanmoins Sigrid était bien loin de se douter qu'un jour elle y mettrait les pieds. Et puis elle ne pensait pas qu'à lui, non plus, alors elle n'avait pas le temps de tout faire. Malgré toutes les nuits qu'elle passait éveillée, elle n'avait que peu de temps pour penser à ceux qu'elle ne connaissait pas.
Toute penaude, elle approcha du canapé. Se tint juste derrière Jordan pour ne pas le gêner.

- Je ne dors pas beaucoup.

Un temps de silence. À défaut de triturer l'appareil, elle enroulait ses doigts sur eux même et attendait, les yeux sur ses pieds.

- Je peux rester avec vous ?


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« J'm'y ferai jamais à celle là.
Non mais sérieux, j'l'abandonne cinq minutes et elle en profite pour la vaisselle dans mon dos. Bon, ok, j'ai pas fait trop gaffe à c'qu'elle faisait, mais ça s'fait pas quoi, d'faire la vaisselle des gens comme ça. Bien sûr que je veux une meuf pour me faire mon ménage, mais pas quand j'l'invite et surtout pas elle. J'te jure j'ai pas entendu, genre en faisant un truc alors qu'il y a quelqu'un dans la pièce, elle fait moins d'bruit du'moi quand j'suis tout seul et qu'je fous rien, comme maintenant quoi. Putain, c'est stressant. Elle est là, juste derrière. Elle m'fait penser à Kayako, un peu. Jamais vu l'film, on m'en a juste parlé, mais rien qu'les images me foutent la trouille. J'suis malade d'avoir invité chez moi une meuf qu'on croirait sortie d'un film d'horreur. C'est toujours comme ça que ça s'passe, j'en suis sûr. Nan, j'balise juste parce qu'elle est discrète, elle a rien fait d'trop trop chelou, elle a pas une tête de psychopathe ni de jeune fille violée d'humeur vengeresse revenue d'entre les morts pour égorger les hommes.
Tout va bien.»

- Je ne dors pas beaucoup.

Allons bon, lui qui venait à peine de se rassurer.
Mais ce qui l'emmerdait le plus, c'était de céder son lit à quelqu'un qui s'en servirait peu ou prou. Mais son grand sens de l'hospitalité lui commandait de... Hm, bref. Il zappa négligemment, abandonnant le match de catch qu'il ne regardait que d'un oeil distrait pour une des chaînes nationales qui diffusait une publicité clinquante pour des cosmétiques de luxe. C'était bientôt l'heure de Top Model USA. Peut-être que ça intéresserait Sigrid. Toutes les filles, même les plus bizarres, aimaient la télé-réalité. S'imaginer une vie, blabla...Est-ce que Sigrid avait déjà rêvé d'être top model ? Non, sûrement pas, et puis elle préférait l'autre côté de l'objectif, mais il ne pouvait s'empêcher de se dire qu'elle aurait été assez mince pour cela, sans problèmes. Mais si elle n'était pas vilaine, elle était loin d'être belle. Et elle avait des yeux trop grands, trop ouverts, trop bleus...il doutait franchement qu'elle soit capable d'exprimer un regard langoureux ou aguicheur avec ces espèces de vases marins trop pleins. Ils étaient trop, tout simplement. Savoir que cette nana serait éveillée pendant que lui dormirait de façon complètement vulnérable sur le canapé ne l'enchantait pas des masses, mais il ne voyait pas trop quoi faire. Il n'était pas très doué pour les nuis blanches, c'était le moins qu'on puisse dire, et si c'était pour jouer comme un zombie le lendemain, ce n'était même pas la peine d'essayer. Elyas ne serait que trop heureux de le voir faiblir et en profiterait certainement pour faire son kéké devant les gars. Bof bof. Il dégagea la couverture pour qu'elle puisse s'asseoir sur le canapé et se leva, se dirigeant vers la cuisine. En passant près d'elle, il posa sa main sur son épaule dans un geste qu'il espérait rassurant, sinon amical, et lui adressa un sourire un peu forcé.

_ Bah où tu comptes aller d't'façons ?

Le contact ne dura pas cependant, la toucher le mettant mal à l'aise, et il se rendit rapidement à la cuisine. Vaisselle entièrement faite. C'était sûrement la première fois que cela arrivait depuis qu'il vivait dans cet appartement. Il ouvrit de nouveau le frigo, cette fois pour fouiller dans la partie congélateur, et trouva ce qu'il cherchait : un bac de glace à la fraise à moitié entamé. Il datait de l'année dernière, de quand il sortait avec Samantha, et en l'ouvrant, il constata que la crème n'était pas seulement glacée mais aussi givrée. Aucune importance. Il attrapa deux petites cuillères dans le panier métallique où Sigrid les avait mises à égoutter et les planta dans la glace en rencontrant plus de difficultés qu'il ne s'y attendait. Miam miam. Elle en avait un peu le gout, de givre, constata-t-il après en avoir arraché maladroitement un morceau, mais elle n'était pas si mauvaise. C'est Samantha qui lui avait fait acheter ça. Elle aimait la fraise. Mais pas les sorbets, hein, pas bons, les sorbets, il n'y a que la glace, pleine de crème et de gras. Mais Samantha n'avait pas besoin de faire de régimes. Il renifla un peu, son nez coulant toujours, et retourna s'asseoir sur le canapé, s'enroulant dans la couette dont il proposa un large pan à Sigrid en même temps que de la glace. Très logique.

_ T'en veux ? Elle est un peu vieille mais elle est bonne.

Lui n'attendit pas qu'on le prie et en enfourna une cuillère avant de reporter son attention sur l'écran.

_ Qu'est ce que c'est con c'truc. Tu aimes ? Moi j'regarde pour les filles, Jael j'la trouve trop cool. Tu r'gardes quoi toi ?
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Et vas-t-en.

Toi qui n'as nulle part où aller.

Petite chose misérable, minuscule créature de chair et de sang aux ailes tordues, cassées, au coeur en miettes et aux doigts dévorés. Quand l'ombre s'approche de toi, tu as beau hurler mais rien ne se passe. Rien ne se produit. Et la lourde main s'empare de tes jolis cheveux et les perles ruissellent le long de tes jolies joues toutes douces. On t'arrache les ailes, Princesse. On te les arrache, complètement, et on te jette après t'avoir causé mille ennuis, après s'être amouraché de toi aussi violemment que comme cela. On te jette et les pétales flétrissent sur ton passage. Tu ne dis rien, tu n'as rien à dire. Salopard. Tu ne connais pas. Prise au dépourvu, que tes deux grands yeux aqueux pour te noyer. Boire l'eau que tu sécrètes et finir pleine. Pleine de sucs et de bile. Pleine d'images d'horreurs et de sons gutturaux que tu ne veux même plus comprendre parce que tu ne comprends rien. Tu n'es pas d'ici. La langue t'est parfaitement inconnue. Tu te contentes de pleurer, langage universel, idiome commun à tous les tristes de l'univers. Idiome de l'impuissance et de la honte. De la haine. Aussi.
De la haine la plus monstrueuse, la plus sale, la plus immonde, la plus perverse, l'atroce, l'infâme, la pourriture, la rogne, son âcreté, ses moisissures, son pus, son jus, et ses vers.

Ses vers.
Son ver.

Abandonne tout ce que tu sais et tournes-toi vers l'inhumain, si tant est qu'il l'eut été une fois, rien qu'une fois, dans sa misérable existence. Salopard. Tu maudis ton manque de vocabulaire. Tu maudis ton ingénuité. Ta vénusté. Ta candeur. Tu peux bien raconter cela aux autres, aux fleurs, aux abeilles, à la neige des sommets, à la cime culminante de la forêt, personne ne t'écoutera. On t'entendra sans t'accorder d'attention, ou on ne te comprendra pas car tu n'es pas comme eux. Ils ne sont pas si purs. Ils ne sont pas si chastes. Tu es une fée perdue. Tu es une fée perdue dans le royaume du Croque-Mitaine et des gargouilles qui te torturent et t'accablent. Tu peux bien courir, ils te retrouveront. Ils te retrouveront et ils te feront la peau. Tu peux marcher mais peu importe où tu vas, peu importe le nombre de tes pas, peu importe la discrétion que tu t'efforces de garder, ils te retrouveront, et ils t'attraperont. Ils te feront rôtir et ta peau se craquellera, noircira. Le fer rencontrera tes veines et tout ce qui est à l'intérieur de toi surgira. Les métacarpiens plaqués au sol tandis que tu chercheras à les griffer. Les rotules brisées quand tu déchireras leur tympans par tes gammes monstrueuses. La larve rampera sur son visage jusqu'à trouver ta langue et elle s’immiscera lentement, surement, en toi. Puis le ver viendra. Le ver viendra près de ta gorge basse et la grattera pendant que tes ongles arracheront le derme de ta poitrine, de tes clavicules, extirperont l'oesophage et le larynx. L'hyoïde sera fracturé, les iliaques écartés, et les hanches hurleront à ta place. Tu n'as pas peur. Plus peur. Tes ailes ont fondues. Les lacrymales ont cessé de produire leur semence. Il n'y a plus rien. Un corps sans vie dans lequel coule un sang glacé. La neige te recouvre et tu n'as pas froid. Plus froid. C'est apaisant. C'est calme. Ça cueille l'inspiration et ça fait naître des sons que tu découvres. Enfoiré. Mes griffes vont t'arracher les tripes espèce de connard. Enfoiré. Enfoiré de putain. Putain de toi. Va te faire foutre. Tu me débectes. Tu me files la gerbe. Je t'exècre par tous les pores de ma peau. Dégage. Salopard. Fous le camp. Pars, pars d'ici, laisse-moi tranquille, laisse-moi seule, rends-moi mes ailes et pars. Quitte cet endroit, enculé. Disparais. Disparais de ma vie. Je veux fermer les yeux et te faire disparaître. Je veux que tu souffres autant que je souffre et que j'ai pu souffrir et que je souffrirai à cause de tes saloperies de manières. Je te ferai regretter tes actes enfoiré. Salopard. Les mots croissent et meurent sur tes lèvres. Laisse-moi. Laisse-moi immédiatement. Je te hais. Je te hais. Je te hais. Je te hais. Je te hais. Je te hais. Je te hais. Dieu que je te hais et je hais Dieu. Je te hais. Je te déteste. Tu es un salopard. Je te hais. Je te hais. Du plus profond de mon corps, de mon coeur, de mon âme, du plus profond de moi je te hais. Je te hais.
Je te hais.

Enlève ta main de moi. Retire-la tout de suite.
Un regard mauvais qu'elle ne porte qu'à ses pieds. Il s'en va. Une aura comme la sienne ne peut pas passer inaperçue. Réfléchis. Réfléchis à ce que tu dois faire. À ce que tu peux faire. La lumière. La lumière en plein ses prunelles. Des pupilles qui se rétractent. Trop de lumière. Un instant de lucidité, et une paume en trop, qui s'en va. Ça vaut mieux. Il n'est pas loin, mais il n'est pas là. Parle. Il lui parle mais elle ne comprend rien et ne veut pas comprendre. Reste à traduire mais elle ne veut pas. Elle ne veut pas. Il n'y a rien à traduire. Il est comme tous les autres, pas tant que ça, mais il est comme tous les autres et il ne faut rien dire. Il ne faut rien dire. Garder le silence à tous prix. Mure-toi dans le silence et n'en sors plus jamais. Tu n'as nulle part où aller. Nulle part où te réfugier parce qu'il est partout. Ses espions sont des paons. Des paons qui voient tout et qui te traquent, nuits et jours. Des milliers d'yeux à tes trousses contre lesquels tu ne peux rien. Pas de moyens. Aucun moyen de t'en défaire, ni pour les détruire, ni pour les fuir. Tu ne voles pas. Tu as peut-être eu des ailes, avant, mais tu n'as jamais pu volé. C'est tout.
Si tu ne te complais pas dans le bruit, cherche la compagnie de celui qui garde silence. L'infini murmure du vide intersidéral, là où les ondes ne peuvent te capturer, là où les paons, les gargouilles et le Croque-Mitaine ne peuvent respirer. Encore cette vulnérabilité à ton avantage. Tu dois voler. Voler vers le silence le plus total et fuir sur Saturne. Quelque part de loin, loin d'eux, loin de tout ça. Là où on ne te retrouvera pas. Sauf que tu n'es rien, que tu n'as personne, et qu'il te manque tes ailes.
Tes précieuses petites ailes.

De la glace. De la glace, alors que dehors il neige. Quelle idée farfelue. Même à l'intérieur il neige. Elle n'a jamais eu aussi froid de sa vie. Et il la tente avec la couverture. Salopard.
Il lui parle comme si de rien n'était. C'est plus insultant que s'il se contentait de l'ignorer. Aimes-moi sans que je me sente coupable de quoi que ce soit. Ne m'abandonne pas. Reste près de moi, là, comme ça.
Voilà.
Laisse-moi te parler comme on parle à quelqu'un qu'on aime alors que tout n'est que pure mascarade. Un mensonge vicieux. Un mensonge odieux. Une plaie qui ne se refermera jamais et des stries profondes qui se creusent de je te hais. Je te hais et je me contente de te haïr. On dit que je t'aime mais c'est faux. Je te hais comme je n'ai jamais haï personne surtout parce que je ne connais personne d'autre. Tu ne me vois pas. Tu ne me vois pas et fort heureusement pour toi tu ne me vois pas, oui. Tu serais surpris. Tu serais surpris de ce que tu verrais. Mais la question ne se pose pas. Tu ne me vois pas. Tu m'as vu, peut-être, une fois. Tu ne te poses que les questions qui t'arrange. Tu penses à toi et ça suffit et tant mieux, ce n'est pas comme si je t'avais demandé de me voir. Mais à défaut de me voir tu ne me regardes pas non plus. Je ne suis pas là. Tu entends peut-être un souffle glacé, tu sens une aura malsaine, et tu as raison. Ton instinct ne te trompe pas. Mais tu ne vois rien. Tu ne vois rien puisque je suis derrière toi. Simplement derrière toi. Tu n'as plus besoin de me voir. Plus rien ne vit nulle part. Le silence embrume et laisse planer. Laisse. Il ne se passe rien tandis que je t'épie et que personne ne bouge. Tu manges. Tu te remplis parce qu'en toi tu es vide. Il manque quelque chose. Ça pourrait être moi mais ce n'est pas moi, je suis déjà acquise. Tu m'as arraché les ailes et je n'ai plus rien à t'offrir. Mange, fais, mange. Y'a que ça à faire. Mais ne me traînes pas dans ton antre ainsi. Laisse-moi. Tu ne partiras pas, tu es chez toi, et tu as bien raison. Reste-là, telle est ta place. À manger. Mange mange mange, je dirai rien.
Je ne dis jamais rien de toutes façons.

- Rien. Je ne regarde rien.

Et je suis prisonnière.
Elle se dirige vers le réfrigérateur, s'empare de tout ce qui paraît comestible. Tout, apparemment. N'importe quoi. Elle revient. S’assoit par terre, à sa gauche, cachée par l'accoudoir. Tu ne me vois pas. Et elle mange. Elle dévore tout ce qu'elle peut dévorer. Elle s'empiffre. Elle bouffe tout ce qu'elle peut avaler et elle se sent vide, tellement vide, qu'elle serait capable d'engloutir n'importe quoi. Tout. Tout ce qu'elle pourrait manger. Manger et vomir. Parce qu'elle ne le supportera pas. Mais elle sera pleine. Comme avant. Elle sera pleine, et tout ira bien. Tout ira bien. Elle a la force de haïr, elle a la force de manger. C'est la survie. C'est possible. Tout est possible. Alors elle mange. Sans notion de goût. Ce n'est pas bon. Ce n'est pas mauvais. Ça se mange et elle le mange, ça se limite à ça. Mange et tais toi. Sois belle et tais-toi. Top Model USA. Tu n'as nulle part où aller alors tu restes ici. Tu pourrais partir, mais tant pis. Il le prendrait mal, déjà qu'il ne comprend rien, tu lui feras grâce des questions trop complexes. Tant pis. Il comprendra ce qu'il comprendra, il aura raison, pas de quoi s'en faire. Soupire comme tu veux. Soupire si tu veux. Fais ce que tu veux, comme tu veux. Mais ne me regardes surtout pas. Et en échange, je ne dirai rien.
Je ferai silence.
C'est promis.

- Et j'aime pas la glace.


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« C'est un peu comme un gros caillou.
J'sais pas ce que j'ai fait d'mal, et voilà qu'elle fait la gueule. J'dis pas qu'ça m'est jamais arrivé, même si j'trouve que c'est débile d'utiliser cette expression, "faire la gueule", parce que i on regarde c'que c'est d'un peu plus près, toutes les meufs font la gueule tout l'temps. Mais elles sont plus claires que celle là au moins. 'fin, j'veux dire, elles gueulent, elles font des scènes, et suffit d'les ignorer et d'attendre que ça passe. Sérieux, c'est toujours ce que je fais. Bon, c'est le plus pratique pour pas s'emmerder, mais pas pour que ladite meuf reste. Mais bon, pour ce que j'y tiens en général. Y'en a qui parlent d'amourettes, ou de romance, moi j'appelle juste ça des plans cul. C'est l'mot non ? Y'en a plein qui s'imaginent que c'est plus, mais ça dépasse pas le stade du pieu pour moi, sauf à une deux exceptions près où j'me suis dit que ça pourrait aller plus loin, p'têtre, mais ça a pas marché d't'façons, alors aucune importance. Mais toutes, j'dis bien, toutes, elles sont foutues pareil. J'dirais même qu'elles sont pratiques, une fois que t'as compris l'truc. Là j'comprend rien, j'suis paumé. On dirait qu'elle a pas changé, et pourtant y'a un truc qui va pas. Ça s'sent comme les fruits fruits à moitié moisis qu'elle a sortis du frigo.
Bouffe pas ça, couillonne, tu vas t'empoisonner.»


Il se leva en maugréant, emportant la couette avec lui et la laissa tomber sur les épaules de Sigrid. Décidément, ce petit bout de nana le poussait dans des affres de gentillesse qui lui étaient peu communes. Il s'accroupit devant elle pour se mettre à sa hauteur, le craquement de ses genoux lorsqu'il se baissa lui arrachant une légère grimace. Il avait tendance à négliger les exercices d'assouplissement. Bien fait pour lui. Parmi les trésors que Sigrid avait tirés du frigidaire, il y avait beaucoup d'aliments périmés, notamment des yaourts et des produits...qui auraient du être frais. Il fit comme avec les chiens de la ferme et lui mit les doigts dans la bouche pour en retirer ce qu'elle venait d'y mettre, en l'occurrence une portion de viande qui puait la charogne à des kilomètres. Il s'étonnait presque que ses voisins ne s'inquiètent pas de la présence d'un cadavre chez lui avec toute la merde avariée qu'il traînait depuis parfois plusieurs années. Normalement, le chien ne mord pas, il sait qui est le maître. Il jeta la boulette de viande broyée par terre et arracha des mains de la jeune fille tout ce qui pouvait ressembler, de près où de loin, à quelque chose d'éventuellement digérable qu'elle serait tentée d'avaler. Ça il connaissait : quand une nana va mal, elle bouffe. Elle se déteste de faire ça en même temps aussi, ce qui n'arrange pas les choses, et après, soit elle va se faire dégueuler, soit elle s'en veut et elle chiale. Il imaginait mal Sigrid se mettre à pleurer cependant, elle lui semblait dans une dimension complètement étrangère à la sienne, et c'est presque comme si son corps et son esprit étaient déconnectés l'un de l'autre. Elle ne se préoccupait certainement pas de son apparence. Il se releva et emporta la nourriture qu'il largua résolument dans la poubelle. Elle lui donnait une belle occasion de jeter toutes ces saloperies. Il ne savait pas trop quoi faire cependant, n'avait absolument aucune idée de la raison pour laquelle elle avait l'air de lui en vouloir, et étant déjà peu habile lorsqu'on lui expliquait les problèmes, il se voyait mal jouer le fin psychologue pour trouver la réponse qu'il cherchait. En plus elle était à moitié barjo, alors cela ne lui facilitait pas la tâche. Il se contenta d'attraper un verre en plastique jaune qu'il remplit d'eau fraîche au robinet et le posa devant elle avec fermeté. Histoire de rincer le sale goût qu'elle devait avoir dans la bouche. Et le plastique, c'était par prévoyance. Cela ne lui été jamais arrivé, mais un préjugé tenace voulait que les femmes en colère envoient la vaisselle valser à travers les pièces lorsqu'elles engueulaient un homme. On n'était jamais trop prudent.
Sans plus se préoccuper d'elle, il se releva, éteignit la télévision et installa les coussins du canapé pour se faire un semblant d'oreiller. Quand il ne comprenait pas, il n'avait pas envie de se prendre la tête. Une à une, il éteint les lumières de l'appartement, baissa le chauffage, tira les rideaux. Ne restait que la lampe du salon qui éclairait la pièce d'une lumière d'un jaune orangé chaleureuse, le reste était désormais plongé dans l'obscurité jusqu'au lendemain. Il renifla de nouveau, chercha un paquet de mouchoirs qu'il savait ne pas posséder, s'assit de nouveau dans le canapé, ses yeux rivés sur l'écran noir et silencieux. Bon. Elle n'était pas plus loquace, alors tant pis. Un coup d'oeil à Sigrid, et il se rendit à la chambre où il se déshabilla rapidement, abandonnant ses vêtements à même le sol aux pieds du lit et enfila le vieux jogging informe qui lui servait de pyjama. Tant pis pour elle, oui, si elle ne disait rien. Lui, il était fatigué, autant physiquement que mentalement, et il n'avait aucune envie de faire des efforts avec elle si ceux ci devaient se révéler inutiles. Il aurait peut-être été plus décent d'enfiler également un t-shirt, mais il n'en avait aucun à sacrifier pour accompagner son jogging. Il n'en avait déjà pas beaucoup, il n'allait pas en réserver un à l'usage exclusif du sommeil alors que les gens créchaient chez lui étaient soit des membres de sa famille, soit les gars de l'équipe qui le voyaient quotidienne à poil aux douches, soit encore les nanas qu'il ramenaient ici qui n'attendaient que ça. Ouais non, complètement inutile.

_ Bon, si t'as envie d'faire la gueule, tu fais c'que tu veux, mais moi j'en ai marre, j'me couche. Juste, pense à m'rendre la couette quand t'auras décidé d'aller dormir.

Sans plus de cérémonie, il se jeta sur le canapé, repliant ses genoux contre son torse pour ne pas que ses jambes dépassent par dessus l'accoudoir. Ne restait plus qu'à attendre que Sigrid aille squatter son lit. De toutes façons, il y avait deux couettes, il pourrait toujours aller en récupérer une si elle oubliait de la lui rendre ou si elle s'endormait à même le sol. Ce n'était pas bien grave. Un frisson fit se hérisser les poils de ses bras et de sa poitrine. En attendant, il n'aurait pas bien chaud. Le reste de glace à la fraise était toujours dans son bac, sur la table devant lui, et il se demanda si il n'aurait pas été plus judicieux de se lever pour la jeter elle aussi, de peur que l'autre ne se remette à vouloir engloutir tout ce qui lui tombait sous la main. Elle avait beau dire qu'elle n'aimait pas la glace à la fraise, il ne la croyait pas. Tout le monde aimait la glace, et tout le monde aimait la fraise, alors il était impossible que quelqu'un en ce bas monde n'aime pas les glace à la fraise. Et puis de toutes façons, pas besoin d'aimer ce qu'on bouffait quand on avait juste envie de se faire péter la panse pour se calmer. Il se redressa sur ses coudes, jeta un nouveau regard à Sigrid.

_ Si t'as besoin de quelque chose c'est maintenant, parce que quand j'dors, je dors, ok ?

Sur quoi il se laissa retomber sur les coussins avec un reniflement plus bruyant et expressif que le précédent et rentrant sa tête dans ses épaules, parcourues d'un nouveau frisson. Pourvu qu'elle aille se coucher vite.
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Rouge et bleu.

On ne peut pas dire qu'un rouge est bleu.

Au mieux, on peut dire qu'il est terne. Mais pas qu'il est bleu. Tout comme un bleu ne peut pas être rouge. Un bleu, il peut être violet, très sombre, vert. Un rouge, il peut être orange, marron, ou même rose pour les plus clairs. C'est joué sur des demis-tons, rien d'énorme, et tout compte fait un bleu est un bleu, un rouge est un rouge. C'est à partir d'eux qu'on tire des nuances. Un rouge un peu moins rouge, un bleu mutant. Des sortes de créatures presque illégitimes, des concoctions purement... artificielles. On les nomme faussement, on en use à mauvais escient, ils sont là pour les peintres en mal de couleurs. Les plus populaires gagnent une légitimité pas forcément reconnue. Le cyan n'est pas bleu, ni vert, il est cyan. Il est un lien, une connexion, entre les deux éclats de couleur purs. Le rouge et le bleu, à un monde d'écart. Grâce au ciel, ils ont pu trouver une passerelle entre les deux. Quand on écrase un saladier de groseilles et qu'on le mélange à une purée de myrtilles, on obtient le prune. Ce n'est plus une nuance, c'est une teinte à part entière. À défaut de pouvoir les combiner harmonieusement, on crée un nouveau fruit. On écrit une nouvelle histoire.
Petite Sigrid aux grands yeux de diamant, fier Jordan aux crins de feu. C'est là où se trouve le magma que les pierres précieuses se terrent. Il fallait simplement creuser. Elle déglutit discrètement. La sudation salée de ses doigts encore présente à l'intérieur de ses joues. La viande en moins. Il était allé s'en débarrasser, très vite. Comme s'il ne voulait pas la voir en train de jouer avec ça. Un enfant qui porte tout à sa bouche, pour éduquer le sens du goût. Mais rien ne marche. Ça n'a jamais eu de goût, et ça n'en aura jamais. Sur son divan, Jordan attend. Quémande, auprès du chien à ses pieds, le maigre panier qui lui ait du après avoir gracieusement cédé les voilures, les dorures, l'écorce gravée et le satin de son domaine habituel. Les conquérants savent se contenter d'une vulgaire tente lorsque les bêtes malades empoisonnent les terres cultivables et que la peste ravage les étendues sous contrôle. Tout ce qu'il demande, c'est de quoi dormir. Le calme, il n'avait pas à s'en faire. La solitude, elle était une ombre. La couverture. Bien sûr. La couverture.

Trop petite. Bien trop petite. Elle avait beau l'étendre au maximum sur son corps allongé, ses pieds ne voulaient pas se couvrir sans priver ses épaules de la chaleur d'un foyer. Elle resta là, une seconde, immobile, à penser. Il ne fallait pas qu'il ait froid. C'était lui, l'utile, dans le lot. C'était lui qui méritait de bien dormir. La politesse. Mais quand bien même la politesse, on n'offre pas un livre à un illettré. Il n'en a pas besoin. Elle se sentait coupable. Affreusement coupable. Elle n'avait rien à faire d'un lit. Rien à faire d'une protection contre le froid. C'était inutile. À la fois inutile et vain. Alors petite Sigrid eut une idée. Elle se rappela d'abord du gobelet derrière elle, celui qu'il lui avait offert, énième présent de sa part. Doucement, elle veilla à ne rien renverser sur le sol, le vida sans respirer, le reposa sur la table basse. Et puis, il en restait une, de couverture. Un trot qui la conduisit rapidement jusqu'à la chambre et il ne lui restait plus qu'à charger la cargaison sur son dos. Bien grande entreprise que voilà. La solution la plus simple restait de se recouvrir complètement avec. Le tout dépendait alors de son habileté à rester debout et à parcourir la distance lit-Jordan à l'aveugle, sans rien heurter, briser, faire tomber. Elle s'y risqua. Plus rien à perdre. La lumière la guidait, tant bien que mal, or ce fut non sans peine qu'elle parvint à son but. Trébuchant quelques fois, empalant sa hanche dans un coin, elle ne savait trop lequel. L'univers avait ses parts de mystère. Elle resta derrière le canapé, se contenta de jeter la couverture sur l'homme à moitié endormi, le recouvrant ainsi, littéralement, des pieds à la tête. Un grand sourire ne manqua pas d'étirer ses lèvres. Au moins de la sorte, il n'attraperait pas froid.
Plus rien à craindre de lui désormais. Il n'a jamais été méchant. Il ne le serait sans doute jamais. Le rouge et le bleu ne sont pas sensés se rencontrer. Au milieu, il y a le prune. Passerelle et rempart. Il avait tout à gagner à ne pas la croiser, il en allait de même pour elle. Deux parfaits étrangers des frontières du Rouge et du Bleu, happés par le Prune. Certains appellent ça la fatalité. D'autres l'appellent le voyage. C'était au goût de chacun.

Le matelas était confortable. Il n'avait toujours pas d'oreiller, mais Sigrid hésitait à le déranger à nouveau. Elle ne lui avait pas souhaité bonne nuit. Ça ne se faisait pas. C'était ingrat. Hésiter. Toujours hésiter. Se laisser tenter mais se reprendre, le pouce déchiré par les incisives, l'angoisse. C'était idiot, mais impoli. Position foetale, les orteils gelés, peut-être à force de rester pieds nus, sans doute parce que le sang n'y circule plus depuis des années. Les yeux grand ouverts. La lèvre arrachée. Un soupir à fendre l'âme, et elle se redresse. Attrape l'oreiller et avance sans se retourner. En silence, se poster juste derrière lui. Le regard bas, le dos voûté. Pauvre petite chose à la voix tremblante, murmure à peine audible.

- J... Je peux rester avec vous... ?


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Allez, bonne nuit les petits.
Elle avait fait vite. Il l'avait entendue trottiner jusqu'à la chambre, mais ne s'était pas attendu à la voir revenir, avec l'autre couette de surcroît. Les yeux fermés, il l'écoutait se débattre sous le poids de la couverture mais ne se releva pas pour l'aider. Qu'elle se débrouille un peu toute seule. Lorsqu'elle lui jeta la couette dessus, il s'en voulu un peu de cette pensée mesquine. Elle lui avait fait sa vaisselle après tout, et s'était montrée discrète, voire même arrangeante. Il avait plus gagné à l'embarquer avec lui que perdu pour le prix qu'avait coûté son maigre repas, alors pourquoi lui en voulait-il ? Parce qu'il n'aimait pas tout ce qu'il ne comprenait pas, tout simplement, et si elle lui avait parue bizarre au début, il était maintenant certain qu'elle était complètement barrée la Sigrid. Folle au sens propre. Elle devait sortir d'un asile, ou du moins d'un centre quelconque. Ce qu'elle faisait échappait complètement à sa logique. Il n'avait pas beaucoup essayé de la comprendre, il devait bien l'avouer, mais de toutes façons, il s'en serait complètement incapable. Et il n'aimait pas non plus se sentir aussi impuissant, qui plus est face à une fille qu'il dépassait de deux ou trois têtes et qu'il aurait pu foutre par terre d'une pichenette. C'était terriblement énervant.
Ce dont il était également certain, c'est que ce qu'elle venait de faire était complètement stupide. Quitte à rester avec lui et à utiliser deux couettes, autant qu'elle lui propose qu'ils partagent le lit au lieu de se serrer à tomber sur un canapé aussi étroit. Incompréhensible. Il ne répondit pas, soupira, attrapa les couettes du dos de la fille en se relevant, frissonna de nouveau lorsque l'air frais mordit sa peau. Il était plus que temps que cette journée s'achève. Tant pis si, dans le noir, ses grands yeux étaient posés sur lui, il ne perdrait pas une nuit à cause d'elle. Il n'y avait que les veilles de matchs où il était incapable de trouver le sommeil, assailli par des préoccupations sur la santé, les dernières performances ou le moral de ses coéquipiers. Elle n'en faisait pas partie, il ne la connaissait pas, il était impensable qu'il sacrifie une nuit pour penser à elle. La folle. La bizarre avec les oiseaux. Il étendit les couettes sur le lit, chacun la sienne, et lui fit un petit signe de la main pour l'encourager à se mettre au lit. Allez, viens, pensait-il, il ne se passera rien.

_ T'inquiète pas hein, j'vais pas te tripoter.

Même si il en avait eu envie, il aurait préféré roupiller. Oui, il est un peu comme un bébé, qu'elle disait, sa mère, il s'agite toute la journée et quand il est fatiguée il dort, et rien ne peut le réveiller. Il crie, il tape, mais il est incapable de s'occuper de lui tout seul et quand il a finit de manger, il nous fait son petit rot. C'est ça que tu appelles être un dur Mimilou ? Il était simple, il était prévisible, mais il n'en avait pas grand chose à faire. Il se contentait de cette simplicité, il en était content. Et là, c'était le moment de dormir, pour pouvoir s'agiter de nouveau demain. Se laissant tomber sur le lit dont les lattes grincèrent avec un bruit familier, il se roula en boule dans sa couette, se tournant vers l'intérieur du lit. Vers Sigrid. De son gras bras, il l'attira de nouveau contre lui, comme il l'avait fait dans l'obscurité glacée du congélateur, son souffle brûlant caressant sa jolie nuque.

_ Tu m'réveilles si je ronfle et que ça te fait chier.

Il éteignit la lumière, et ce fut terminé. Les yeux avaient disparu dans le noir, chaleureux celui-ci. Il renifla une dernière fois avant d'étouffer un large bâillement. Deux signaux pour le prix d'un. Il ferma les yeux, pensa vaguement à la photo de lui dans l'appareil photo de Sigrid Oleksander qui allait encore le tracasser un moment mais se résigna. De toutes façons il ne pouvait rien faire dans l'immédiat. Il verrait ça demain, au plus tôt. Sa conscience lui échappait déjà, glissait hors de l'emprise de son esprit, et il dut se faire violence pour chasser le brouillard de son cerveau. Peut-être n'était ce pas une bonne idée, car il s'entendait parler alors qu'il ne disait rien, il entendit Sigrid lui murmurer un "vous êtes gentil" comme tout à l'heure, mais sans la partie désagréable. Il n'était sûr qu'elle l'ait dit, était même plutôt certain du contraire, mais il sourit tout de même, son visage enfoui dans ses cheveux. Est-ce qu'elle resterait réveillée toute la nuit ? Est-ce qu'elle s’ennuierait ? Es-ce qu'elle s’ennuyait les autres nuits ? Comment les occupait-elle ? Il culpabilisait un peu de pouvoir s'endormir aussi facilement alors qu'elle resterait certainement éveillée de longues heures encore, mais même avec beaucoup de volonté, il aurait été bien incapable de faire une nuit blanche. Il n'était déjà plus en mesure de rouvrir ses paupières. Alors il se laissa délicieusement glisser vers son sommeil lourd et noir qui le recouvrait entièrement, qui n'était jamais troublé par le moindre cauchemar, le moindre présage. Un sommeil qu'il aurait souhaité à tout le monde. Surtout à elle, qui était là avec lui, aux portes de ses nuits d'oubli total., et son corps palpitait contre le sien.
Comme un petit oiseau.
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Vermicelles au poulet [Sigrid Oleksander & Emile J. B. Evans]
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