REBIRTH ♦ Gaby

Gaby S. King
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Âge du perso : 32 ans.
Activité : Professeur de maths.
Spécialité : Mathématiques.
Fonction : Professeur.
Poste spécial : Emmerdeuse publique.
Avatar : Annie Leonhart de SnK.
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Date d'inscription : 14/01/2015
Localisation : Au fast-food du coin.
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Ils l’ont trouvée en train d’essuyer son tableau noir.
De la craie sur les doigts, les joues, les poches arrières de son jean usé.
Ils l’ont trouvée en pantalon, quelque chose qui n’arrive jamais ; et pourtant c’est arrivé. C’est arrivé, elle est en pantalon et ce n’est plus la craie qui le tâche. Des auréoles de larmes, leurs petites mains qui la déshabillent sans le vouloir. Il faut qu’elle achète une ceinture.
C’est tout ce qui lui vient à l’esprit.
Il fait un peu chaud et il faut qu’elle achète une ceinture.



Vingt minutes plus tôt, 30 esprits qui se faisaient la même réflexion alors qu’elle le remontait sans gêne, en reniflant, les cheveux détachés, un trait de crayon sur la paupière. Elle se maquille rarement et lorsqu’elle le fait, c’est toujours sur un point de détail. On se demande pourquoi aujourd’hui, pourquoi du crayon, on espère qu’elle se justifiera toute seule pour ne pas avoir à lui poser la question ; mais Gaby King ne se justifie jamais, comme si tout ce qu’elle faisait relevait de la marche naturelle du monde, et par peur de l’interroger, on se résout à ne pas savoir. Aujourd’hui encore, ils ne surent pas.
Ni pour le trait de crayon, ni pour le jean ; ni pour cette absence de ceinture, qui lui rendit la vie si difficile durant les quatre heures de cours qu’elle donna cet après-midi.
Et l’après-midi touche à sa fin, le soleil est bas et l’air de la salle de classe est vicié par les relents de transpiration, les parfums, mais elle ne le sent plus. Elle ne perçoit que cette fine pellicule de sueur sur sa peau qui semble peser si lourd et qui l’oppresse, elle respire mal et elle a envie de brûler son soutien-gorge de dépit. La lumière qui abîme son regard n’est plus jaune déjà, mais d’un léger orange qui fait ressortir les tâches de rousseur de son visage, le bleu mélancolique de ses yeux.
Elle veut rentrer à la maison.
Mais qu’est-ce que cela veut dire, la maison, lorsqu’on est mère et qu’aucun enfant ne vous attend dans l’appartement miteux que vous louez ? Qu’est-ce cela veut dire, rentrer chez soi, quand votre famille est ailleurs et votre lit froid ? Elle ferme les yeux, à demi, passe une main lasse sur le dossier de son siège. A quoi tout ça rime, au final ? Qu’a-t-elle fui jusqu’ici, jusqu’à Arcadia ? Jusqu’à l’amertume et la démence ? Jusqu’à se perdre elle-même ? Ou s’est-elle trouvée ?
Elle ne sait pas.
Elle pensait retrouver sa liberté, se retrouver. Mais est-ce que c’est ce qu’il s’est véritablement passé ? Est-ce qu’elle a accompli quoique ce soit depuis son arrivée, à part s’écorcher un peu plus contre le cœur des autres, leurs mots, craindre un peu plus leur souffle pour tout ce qu’il détruit à l’intérieur d’elle-même, tout ce qu’il échoue à sauver ? Et peut-elle s’en plaindre, quand c’est elle qui les provoque, qui minutieusement les pousse à bout, parce qu’elle aurait besoin qu’on l’achève, qu’on lui balance ses quatre vérités à la gueule, parce qu’il faudrait qu’on la punisse, qu’on la fasse payer ?
Oh, Gaby, comme tu t’en veux.
Personne ne t’en veut plus que toi-même ; personne ne te dégoûte plus. Tu n’es pas une femme et tu n’es pas une mère, juste un rebus, à peine un être humain, une demi-âme dans une enveloppe corporelle pourrissante. Tu n’es pas un monstre, parce que ce serait te donner trop de valeur, trop d’importance, alors tu n’es rien, rien de bien intéressant, rien qui devrait les effrayer autant. Rien qui ne mérite d’être aimé, et surtout pas d’être aimé par trois beaux enfants.
T’aurais dû crever à la naissance, Gaby, ou jamais faire de gosses parce que tu n’es pas un cadeau et qu’ils valent mieux, beaucoup mieux que toi, la femme qui leur a donné la vie. Tu es si heureuse qu’ils soient nés, et tu es si triste qu’ils soient nés de toi, c’en est pathétique. Mais c’est comme ça, et chaque jour tu vis avec le poids de savoir qu’un jour tu les décevras car tu déçois tout le monde Gaby, tu déçois ta mère, tu déçois ton psy, tu déçois le peu de tes amis, tes élèves et tes collègues, même la caissière de Walmart, tu déçois le passant en bas de chez toi et la chatte de ton voisin, tu déçois même le pire des camés, la vieille du marché, les morveux des parcs, les pigeons de ton balcon, le poisson rouge que t’as laissé crever ; tu déçois tout et tout le monde, et bientôt tu décevras tes fils. Et honnêtement tu préfères mourir avant, tu ne penses pas être capable d’y survivre de toute manière, alors autant qu’on en finisse. Qu’on en finisse enfin. La seule personne que tu n’as jamais déçue, tu l’as quittée pour une vie de solitude et de regrets.
Est-ce qu’on a déjà fait plus conne ?
Plus désespérée, plus désemparée ? Tu as les mains vides Gaby, mais ce n’est la faute de personne, rien que la tienne, et tu le sais, mais tu ne changeras pas. Tu ne changeras pas parce que cette identité, ce nom, cette rancœur c’est tout ce qu’il te reste. C’est tout ce que tu possèdes, et c’est déjà si maigre. Alors tu ne changeras pas, n’en déplaise à ta mère, à ton psy, à la caissière de Walmart et au chat du voisin. Tu ne changeras pas, tu parcourras ce chemin jusqu’au bout, même si tu sais qu’il ne mène pas très loin et que sa fin est merdique. C’est la seule promesse que tu te jures de tenir. Tu te jures de ne pas fuir, ni l’enfer que tu paves, ni la mort ridicule qui t’attend, malaimée de tous et enterrée par des enfants que tu n’as pas vu grandir.
C’est tout ce que tu mérites.
Ils sont si nombreux à en être convaincus. C’est tout ce que tu ne seras jamais capable d’atteindre, le fond des abysses. Tu y es résolue, du fond du cœur. Vraiment tu ne t’en plains pas.

Alors pourquoi ?
Pourquoi ses enfants sont venus la voir ?

Pourquoi ils sont là ?
Pourquoi ils s’accrochent d’un air si anxieux à un être si imparfait ? Pourquoi ils donnent l’impression qu’elle leur a manqués ? Pourquoi ils pleurent de soulagement, quand ils devraient lui cracher au visage pour les avoir abandonnés de manière si lâche, pourquoi ils la réclament ? Il y a six heures de route entre son néant et leur maison de campagne, leur jardin avec balançoire et les étoiles phosphorescentes collées au plafond de leurs chambres. Six heures. Six heures, il y a le temps de faire demi-tour.
Mais ils ne l’ont pas fait.
Ils ne l’ont pas fait, et ils ont encore fait quarante minutes de marche à travers l’académie avant de la trouver. Encore cinq pas avant de se jeter sur son jean, et depuis ils refusent de le lâcher, comme s’ils disaient « plus jamais ».
Plus jamais tu nous fais un coup aussi foireux, Gaby.
Et toi t’es là, et t’as juste l’air conne, parce que tu comprends pas ce qu’il se passe et que la seule chose dont tu es capable, c’est chialer comme si t’avais six ans. Tu ne les serres même pas contre toi, t’as pas la force et t’es persuadée ne plus savoir comment on fait, mais la seconde d’après il y a un qui tend les bras, et là tu réapprends.
Mais ce qu’il faudrait que tu comprennes, c’est que tu n’as jamais désappris. Parce que tu es une mère Gaby, même si tu n’y crois pas toi-même.

Tu es leur mère, alors maintenant tes conneries, c’est fini.




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