Des fleurs.

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Son vase en verre transparent, rond comme un bocal à poissons, qui débordait en grosses larmes froides sur ses parois brillantes. Un vase dans lequel il mettait des fleurs simples, qu'il cueillait sur les ronds points, mettre un peu de cette beauté mouillée au coeur de sa brûlante tanière. L'illusion d'une présence qu'il ne pouvait occulter, qui dardait son regard de pétales blancs sur lui comme si elle voyait au travers, voulait s'abreuver dans le bocal à grands coups de langue fibreuse. Et les feuilles qui caressaient ses doigts, "n'aie pas peur" qu'elles lui disaient, n'aie pas peur des grands yeux trempés de la rosée des chaussées, de leur odeur discrète derrière les lourds effluves de bitume après la pluie. Sur le balcon, il n'avait pas besoin d'inspirer pour que l'air froid respire avec lui, mais il le faisait quand même, cela rinçait jusqu'au fond, à son intérieur plein de buée glacée. C'était bon. Le vase continuait de déborder, un robinet qu'il avait oublier de fermer, peut-être, et l'eau de frissonner dans l'air. Frémissement. Un joli mot, comme la corde d'un arc vasculaire près à claquer vers les étoiles. Il avait soif, il allait boire comme les yeux, boire dans les étoiles et le ciel, pleins d'encre et de bouts de miroir. Il avait envie de boire du parfum pour noyer l'odeur de l'intérieur empuanti par les viscères, les poils et les instincts. Égoïste. Un parfum fait pour lui. Il a froid, c'est normal, il rentre à l'intérieur, la fleur simple avec lui. Boule de neige. Comme un hortensia qui rentre au creux de la main. Un petit sein blanc, un animal roulé en boule qu'il ne faut pas écraser, doux et palpitant entre ses doigts.
Le robinet est éteint, l'eau à ras bord n'attend qu'une goutte malheureuse pour déborder de nouveau, mais le robinet est bien fermé. Les parois essuyées. Propres, comme si rien ne s'était passé. Il y met la fleur, ça déborde un peu, juste ce qu'il faut pour lui faire une place, et il pose la reine des sanglots sur la table, près de l'ordinateur encore ouvert dont le clavier sent la poudre de préparation minute pour flan pâtissier. C'était pour essayer d'empêcher l'eau de couler. Il se justifie auprès de la fleur, qui doit cohabiter avec cette odeur nauséabonde de vide mal rempli. "Ce n'est pas grave", qu'il dit doucement, ce sera nettoyé demain. Il éternue, et le pauvre animal dodeline au bout de sa tige. Les plantes n'ont pas besoin de lit pour dormir, c'est étrange, elle dorment debout, comme les vieilles pierres. Lui n'est pas une vieille pierre, il est fatigué, alors il éteint la lumière, en espérant que, comme les vieilles pierres, elle n'ait pas peur du noir. Mais peut-être que les vieilles pierres elles-mêmes, dans leurs cumulus... Non, personne ne peut avoir peur du noir, car c'est le noir aussi derrière les paupières. Lui n'a pas peur quand il est dans son lit, il est à l'abris des monstres dans son lit, mais il doit faire attention à ne pas laisser dépasser ses pieds, sinon les monstres vont les attraper et le tirer hors du lit. Et hors du lit, il y a...

_ J'vais coucher, oublie pas d'éteindre la lumière quand t'auras fini.

Doux et tiède, le lit est une fleur qui a son parfum.

Je pourrais courir aussi loin que je voudrais, il y aura toujours ce mal là, ce sel qui ronge, qui creuse mon ventricule droit. Les doigts qui font des spirales ou les jambes des sauts désordonnés, je peux voler, tomber, me râper le visage sur le sol, la douleur disparaîtra toujours, mais celle la, elle restera. Un organe à part entière, un organe vital impossible à retirer, et pourtant pourtant je griffe ma chair pour l'en arracher. Parasite, étranger, suce et aspire mon sang et mon courage à leur source maternelle. J'ai mal, j'ai si mal. Je veux dormir, je veux mourir, protégé du monde et de ses cruels épieux par une épaisse chape de duvet, de douceur. Un monde paisible, tranquille, tricoté sans distinction de songe et de vrai. Une maille à l'envers, une maille à l'endroit. Un monde irréversiblement solitaire.
 
Des fleurs.
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