Compte jusqu'à cent [Henri]

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"Elle se cache toujours aux mêmes endroits."
C'était ce qu'on lui avait dit et il ne voulait pas en savoir plus. Il l'avait cherchée lui-même, comme si ils jouaient vraiment. pour se donner le temps de réfléchir à ce qu'il allait faire d'elle aussi. Elle lui faisait plus pitié qu'autre chose et il se voyait mal se pointer pour la passer à tabac gratos, comme ça. Ce n'était pas comme ça qu'il fonctionnait et il ne comptait pas s'y mettre aujourd'hui, certainement pas pour lui faire plaisir. Parce ce que c'était cela qu'on lui avait dit aussi, et cette idée lui foutait la gerbe. Il avait joué à son petit jeu, elle aurait à faire quelques concessions aussi. Sans doute devrait-elle se passer de quelques coups. Lui il frappait avec ses potes ou devant un public, pour remettre des connards à leur place ou pour chourer les portes-monnaies des gamins, pas quand il n'avait rien à y gagner et certainement pas quand il n'y avait personne pour le voir. Cette meuf ne devait déjà plus rien avoir, il n'aurait rien à gagner en lui meulant la gueule. C'était comme se vanter d'avoir pécho la meuf sur lequel tout le bahut est déjà passé, c'es juste naze, et même trop naze pour lui.

Une porte encore, une salle de classe déserte. Il jette un coup d'oeil derrière le bureau, des fois que, et il repart. Il se serait donné du mal pour jouer à son jeu à la con, elle a intérêt à apprécier l'effort. Voilà ce qu'il se dit quand il rentre dans les toilettes des meufs pour se rincer la figure et boire un peu au lavabo, tout transpirant qu'il est de cavaler dans les escaliers et d'un bâtiment à l'autre. Y'a pas un chat pour râler qu'il devrait aller faire ça dans les toilettes de l'autre côté du couloir, de toutes façons il aime mieux les chiottes des meufs parce que les miroirs sont pas pétés et qu'il peut remettre ses cheveux en place. Les chiottes, c'est toujours l'endroit qui craint dans les jeux vidéos d'horreur, l'endroit le plus flippant pour planquer des monstres quand tu dois ouvrir une par une toutes les cabines. L'endroit parfait pour planquer ce qu'on veut en fait, et pour se planquer aussi. Il se baisse, jette un coup d'oeil général pour voir si des pieds dépassent de sous les portes mais il n'y en a aucun et pourtant, la porte de la cabine du fond est verrouillée, c'est le petit voyant rouge qui l'en informe, verrouillée de l'intérieur.

Il se colle à la porte, presque à caresser le bois de ses lèvres, et pose sa main sur la poignée. Les toilettes ne sont pas tous neufs, il suffit de passer quelque chose entre les deux battants de la porte pour soulever le loquet. De son sac, il sort son cutter et déverrouille lentement le cran de sécurité. Piqué à une meuf d'arts-plastiques la veille, il ne servira pas à faire de l'art celui-là. Il toque doucement à la porte, comme la personne civilisée qu'il est et s'annonce dans un murmure, assez fort pour être entendu.

_ Trouvée.
Henri Underwood

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Elle plonge une main dans un paquet de chips posé sur son ventre, absente, les yeux rivés sur la page d'un livre à la couverture tâchée de graisse. Le titre et le nom de l'auteur ont été rayés au marqueur, mais pas le nom de la maison d'édition. Sur la rainure elle a dessiné des cœurs et des soleils, et dans la marge de chacune des pages la liste des devoirs à faire pour la semaine. Sur la première page, le nombre de croix indique le nombre de fois qu'elle l'a lu.
Il y en a 6.
6 croix et elle ne se lasse toujours pas.
Sa main replonge dans le paquet. D'un mouvement de bassin, elle change imperceptiblement de position, les fesses endolories, et la perruque brune qui repose en équilibre sur son genou droit tremble un peu. Elle a ramené une jambe contre elle et laissé l'autre, couverte de bleues, pendre dans le vide. De temps en temps, elle se frotte le nez ou les oreilles, agacée par des mèches courtes. Elle a la coupe au bol, Henri, depuis que ses cheveux ont repoussé, et des airs androgynes quand elle rabaisse la capuche de sa tenue de jogging. Cela en trompe parfois quelques-uns.

Soudain un bruit tinte à l'orée de sa conscience et elle sort violemment de sa transe. Une musique familière dans le couloir lui soulève le cœur - celle des pas qui se rapprochent. Elle attend encore une seconde, puis elle entend le cliquetis de la clenche de la porte des toilettes. Aussitôt tous les muscles de son corps se tendent, et avec lenteur elle replie sa jambe meurtrie, accroupie sur la cuvette des toilettes, le torse plié vers l'avant. Elle lance le paquet de chips dans une poubelle, pince la perruque entre ses lèvres ; et, de ses mains libres, glisse le Harlequin dans son soutien-gorge trop grand et ferme la fermeture éclair de sa veste jusqu'au col.
Elle jette un coup d'œil vif à sa crosse de hockey, adossée contre le mur, puis un autre à la porte de la cabine. Avec le geste de l'habitude elle soulève ses cheveux, les coince avec des barrettes et enfile la perruque, qu'elle peigne rapidement avec les doigts. Puis, enfin, elle saisit le manche de la crosse et la glisse dans l'élastique de son pantalon.

Le cœur au point de rupture, elle concentre toute son attention sur le bout de ses orteils ; petit à petit ses respirations se font plus faibles, plus espacées. Elle existe comme une bête blessée, Henri. En réapprenant la fuite, elle a reconquis des instincts que la plupart ont perdu. A chaque geste de l'autre, tous ses sens la brûlent. A chaque geste, quelque chose a au fond de son crâne le tic tac d'une horloge et au fond de son âme, le souffle tiède d'un ivrogne.
Elle ne sait pas l'expliquer autrement.
Elle ne sait pas ce qu'elle est, Henri, et surtout elle ne sait pas si ce qu'elle est a le droit d'être.
Sa poitrine s'essouffle dans le silence ambiant. Quelqu'un est toujours là, qui regarde maintenant sous les portes des cabines. Ce geste jette un frisson sur son échine.
On la cherche, conclut-elle. Il n'y a qu'elle que l'on cherche dans ces toilettes car il n'y a qu'elle qui s'obstine à s'y cacher. Il n'y a qu'elle qui revient toujours sur ses pas. On ? Non, Jordan la cherche.

Jordan.

Elle écarquille les yeux. Oh c'est vrai, hier elle a provoqué Jordan par téléphone. C'était stupide. C'était drôle. Satisfaisant d'une certaine façon. Et maintenant elle va en payer le prix. Aaaaah. Ses épaules se relâchent alors qu'elle renverse la tête en arrière.
Quelle conne, pense-t-elle le regard rivé au plafond, un air distrait sur le visage.
Pour un instant, le fait de connaître le nom de celui qui la chasse lui donne l'impression d'avoir une certaine autorité. Puis il ouvre la bouche, et le murmure traverse le mètre qui les sépare dans ce qu'elle croit être un sifflement - hallucination auditive.
Alors ses poils se hérissent le long de ses bras et de ses mollets, et elle ravale un cri surpris. Il est tout près, elle le sait, elle le respire. Trop près. Elle n'aime pas ça.
Elle n'aime pas la proximité des corps, Henri.

D'un mouvement vif elle pose un pied sur le sol, fait glisser ses doigts le long du battant de la porte avant de l'ouvrir d'un coup sec ; avec vivacité, elle se faufile dans l'espace entre la cabine et Jordan, recule jusqu'au rang des lavabos. Les mains moites, le regard fixé sur lui, elle dégage ensuite sa crosse de son pantalon, la pose contre le mur et ouvre un robinet.
Elle passe ses mains sous le jet puis les joint pour se nettoyer le visage. Sans quitter des yeux l'intrus, elle tire sur son tee-shirt pour essuyer l'eau qui alourdit ses cils.

Elle est bizarre, Henri, dans la lumière morne des toilettes pour filles, en jogging et perruque, les lèvres abîmées, le dos raidi, les pupilles agrandies. Elle est bizarre, Henri, la peur au ventre et le geste souple, l'hygiène médiocre et la peau claire sous les bleus et la crasse. Elle est bizarre, Henri, un sein plus gros que l'autre, la jambe de pantalon retroussé sur un genou, la langue mordue.
Elle est un peu comme un poisson que l'on sort de l'eau.
A la fois curieuse et agonisante.

C'est du moins tout ce qu'elle sait sur les poissons que l'on sort de l'eau.
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Croyait-elle l'impressionner avec sa crosse de hockey ?
Croyait-elle qu'elle pourrait lui servir à quelque chose ? Elle avait sûrement raison, mais seulement dans l'hypothèse où elle l'utiliserait et où elle ne l’abandonnerait pas contre un mur, où elle ne rendait pas les armes avant de s'être défendue. Elle lui avait fait peur cette conne, à sortir de sa cabine comme une furie, il avait failli lui mettre un coup de cutter dans la figure et elle aurait pas été très jolie à voir. Et puis ce n'était pas franchement ce qu'il voulait non plus. Il prit donc la sécurité de le remettre dans son sac, déverrouillant tranquillement le cran de sécurité pour ranger la lame pleine de colle et de peinture séchée. Hop, cachée, l'arme, dans le sac, comme Henri avait laissé la sienne. Un semblant d'équité pour se donner bonne conscience, on dira.

_ J'te voyais plus petite et plus moche que ça.

En quelques enjambées, il avala la distance qui les séparait et se planta devant elle, son visage à quelques centimètres du sien à peine. Il la dépassait assez largement et cela le fit sourire, cela le faisait toujours sourire de se sentir plus grand que les autres, aussi minables soient-ils. Une main suffisait pour attraper l'une des siennes, l'autre pour tenir son menton pendant qu'il examinait son visage abîmé sous toutes les coutures. Au sens propre parfois, semblait-il.

_ J'peux savoir pourquoi tu voulais que j'vienne t'chercher ? Parce que j'aurais pu v'nir avec tous mes potes t'sais, ou juste les envoyer eux te foutre en l'air. Pourquoi tu t'es planquée là alors qu'tu sais qu'on t'y trouv'ras ?

Qu'il demandait en fronçant les sourcils, en continuant de poser ses mains partout sur elle pour l'examiner, comme si la réponse à ses questions était écrite quelque part sur son corps. Elle lui semblait toute fragile sous ses grandes mains, elle lui rappelait un peu Sigrid avec sa peau blanche et ses grands yeux d'animal blessé, et les grandes mains s'égaraient un peu trop à ce souvenir.

_ C'est sérieux que t'aimes qu'on t'démolisse la gueule et qu'on t'fasse du mal, là, comme ça ? J'peux t'faire plein de bien s'tu veux.

C'est ce que disait aussi sa jambe, quand elle s'installa entre les cuisses de la jeune fille comme en territoire conquis. Non, franchement, lui ça ne l'excitait pas de tabasser des punching-ball sur lesquels tout le monde s'était déjà fait les poings.
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Dans son costume de clown triste, Henri attend une simple chose.
Banale.
Devenue presque naturelle.
Elle attend qu'il la frappe.

Elle ne voit pas d'autre solution.

Mais le coup ne vient pas. Le coup ne vient pas, et ça suffit à la perdre. Elle ne comprend pas ce qu'il cherche. Pas pourquoi il a rangé le cutter. Pas ses mots quand il reprend la parole.

_ J'te voyais plus petite et plus moche que ça.

Elle écarquille les yeux, et pour un instant sa garde tombe, et pour un instant sa température monte. Au fond de sa gorge se forme une bile amère ; inconsciemment ses poings se serrent. Aussi absurde que cela puisse paraître, il a réussi à la mettre en colère.

Pourquoi ne la frappe-t-il pas ?

Il court-circuite tous les schémas établis - toutes ses habitudes. Elle avait pourtant tout prévu. Encaisser les coups, attendre que la migraine la prenne, pleurer un peu, demander pardon. Répéter en boucle qu'elle a eu tort.

Si tort.

Que faire semblant d'être forte est la seule vanité qui lui reste. Qu'il faut lui laisser ce vice. Qu'elle a perdu la tête en le provoquant, lui. Lui, le héros. Le mâle alpha. Le prédateur.

Ahah.

Elle sursaute quand il pose la main sur elle ; si violemment qu'elle croit un instant que ses articulations se sont disloquées. Ses yeux dessinent des trajectoires hagardes. Elle est paumée pour de bon. Elle ne sait pas ce qu'il veut.

Ou peut-être le sait-elle trop bien ?

_ J'peux savoir pourquoi tu voulais que j'vienne t'chercher ? Parce que j'aurais pu v'nir avec tous mes potes t'sais, ou juste les envoyer eux te foutre en l'air. Pourquoi tu t'es planquée là alors qu'tu sais qu'on t'y trouv'ras ?

Quelque chose hurle sous son crâne. Le souffle du typhon. Elle a dû se tromper quand elle l'a jugé, pense-t-elle. Il ne veut pas la frapper. Il veut d'elle autre chose qu'elle ne saurait lui donner. Comme tous ces autres-là dehors, dans le mythe et l'expectative.

Prêts à se damner pour une mèche, récupérée dans les bouches d'évacuation des lavabos, pour un regard, volé à grands renforts de cris, pour un bout de peau, à moitié effleuré, à moitié arraché quand elle marche seule dans un couloir.

Tous ces autres qui la souillent comme on profane un lieu saint, comme on saccage une église.

Plus elle se rebiffe, plus ils deviennent anxieux. Plus ils la poussent dans ses retranchements, avec l'air buté du corbeau.

Elle a les larmes qui montent aux yeux.

_ C'est sérieux que t'aimes qu'on t'démolisse la gueule et qu'on t'fasse du mal, là, comme ça ? J'peux t'faire plein de bien s'tu veux.


Il a soudain le geste de trop, et elle un mouvement de panique.

Toujours. Pourquoi faut-il toujours que ça se passe comme ça ? Qu'a-t-elle fait dans ses vies antérieures pour être punie de la sorte ? Quand est-ce qu'elle est devenue autre chose qu'un personnage secondaire ? Quand est-ce qu'elle a commencé à appuyer sur le rouge de ses blessures ? A alimenter ses fièvres ? A tirer trop fort sur ses peaux mortes pour arracher la nouvelle ?
Quand est-ce que ça a commencé à se voir ?
Quand est-ce que c'est devenu un peu trop évident ?
Quand est-ce que leurs regards ont changé ?
De rien au dégoût au désir à rien encore.

Depuis quand est-elle leur jouet ? Tour à tour misérable, fantasme, muse et hobby.

Soudain elle attrape les cheveux du sommet de sa tête et tire d'un coup sec. La perruque lui reste dans la main. Avec brutalité, elle tente d'enfoncer celle-ci dans la bouche de Jordan, le bout de ses doigts comprimant son visage poupin. Puis tout à coup elle cesse. Les cheveux dans une main, elle tourne alors les talons, donne un coup de pied dans une porte d'un des cabinets et jette la postiche dans le toilette. Saisissant la brosse, elle l'enfonce au fond de la cuvette, la récupère en plongeant elle-même la main à l'intérieur et ressort de la cabine pour la lancer au visage de Jordan.

La perruque retombe au sol dans un bruit immonde.

Allez je te donne une deuxième chance, Jordan. Fais le bien cette fois, crache-t-elle dans le silence qui suit.


Son expression a mué. La colère a affiné ses traits. Quelque chose dans sa posture la grandit. Elle dresse toute la haine dont elle est capable contre lui, et c'est un spectacle rare pour quelqu'un d'aussi lâche. Elle ne ressemble déjà plus à elle-même.
Plus au rat qu'elle a l'habitude d'être.

Sa rage la couronne.

Sur ce, elle fait demi-tour et entre dans la cabine qu'elle vient de quitter. Elle claque la porte derrière elle, clenche le loquet, abaisse le couvercle du toilette et prend place dessus. D'une main elle tire le livre Harlequin de son soutien-gorge et alors qu'elle ouvre une page au hasard, lâche un "action" guttural.

Elle a laissé sa crosse de l'autre côté, et rien ne l'indiffère plus. Elle sait que si elle desserre la mâchoire, ce sera pour le mordre jusqu'au sang.
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AAAAAAAAAAAAAAAH.
Mais c'était quoi cette furie, cette sorcière, cette... meuf ? Il crache par terre parce que c'est ce qu'il fait quand il est dégoûté. Elle l'a blessé, très fort dans son orgueil et la porte se referme presque sur ses doigts quand elle s'enferme à nouveau dans sa cabine. Il l'ouvre à la volée quand elle lui propose une autre chance et il les attrape, sa chance et elle. D'une main cela suffit, c'est une petite chose de rien du tout Henri et son livre tombe par terre quand il la soulève par le col, l'écrase contre la mince cloison de la cabine. Elle fait un drôle de bruit en cognant, elle n'est vraiment pas lourde, il ne l'a même pas lâchée. Si elle tient sur ses jambes elle n'en montre pas grand chose, ses pieds traînent au sol quand il la tire dehors, sur le sol mouillé où sa perruque informe se prépare à retrouver un visage auquel elle sera bientôt assortie. Son visage comme n'importe lequel en heurtant le carrelage et il le fait sonner trois fois, jusqu'à ce que le sang se mêle à l'eau. Ce n'est que le nez, qu'il se dit elle la relevant pour mieux la ramener à terre. Un coup de pied dans le ventre, pas bien fort, sinon ça peut mal finir et il ne veut pas que ça se finisse mal pour lui.
Un instant qu'il s'accorde pour la regarder. Maintenant qu'il a commencé il a bien envie qu'elle se tortille mais il ne faut pas qu'elle crie. Elle n'appellera pas à l'aide, elle ne le fait jamais, c'est ce qu'on lui a dit, ais un cri peut lui échapper et seule une porte les sépare du reste du monde. Pour l'instant ils ne sont que tous les deux mais n'importe qui peut entrer et cette porte s'ouvrira en couinant et ce sera lui qui sera dans la merde. Bien sûr, il peut essayer de faire peur à la meuf qui entrera ici, mais ce n'est dans l'intérêt de personne. Elle est bizarre par terre, elle le dégoûte comme sa perruque qui lui fait penser à un animal mort. Elle est déjà sale, déjà abîmée, il veut l'entendre s'excuser, mais pas franchement la casser parce qu'il n'y a aucun intérêt à casser quelque chose qui est déjà en morceaux. Y'a pas d'intérêt à marcher dans une neige sale et jaunâtre. Mais bon, il a commencé alors il va essayer de finir ça correctement. C'est ce qu'elle veut après tout, non ? Il se penche lentement sur elle, appuie son genou sur sa poitrine et se laisse peser dessus. Il y en a qui aime les voir se débattre, s'agiter pour retrouver de l'air et peut-être y en a-t-il qui sont allés trop loin, peut-être qu'il y a eu des accidents, lui n'est pas comme ça. Fut une époque où ça l'amusait, arracher des pattes aux insectes, regarder leurs derniers spasmes d'agonie, mais c'est passé, il se dit qu'il a du grandir.

_ Tu f'rais bien d't'excuser pour c'que t'as fais. C'est un conseil que j'te donne tu vois. J'suis sympa.

Il faut bien arrêter d'appuyer ou elle va vraiment s'étouffer. Il frappe encore sa tête contre les carreaux pour compenser. C'est frustrant qu'elle n'ait pas de cheveux à attraper, rien à empoigner, alors il la prend par le visage, enfonce ce qu'il a d'ongles dans ses joues. Dire qu'il était venu pour discuter, mais lui-même en doute, maintenant qu'il est là.

_ J'te déçois encore, hein ?
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Et soudain quelque chose se détraque.
Se détraque dans le souffle qu'elle soupire, dans le sifflement de sa respiration.
Se détraque sur sa peau qui se marbre.
Se détraque dans les sursauts de sa cage thoracique.
Se détraque dans les mouvements compulsifs de ses mains, qui ne résistent pas - les paumes ouvertes.
Se détraque dans la façon dont elle tombe. Dans la façon dont elle se tait. Dans la façon dont son regard se perd parfois.

Se détraque dans la façon qu'elle a de souffrir.

La bouche envahie par le sang et la salive. Les pupilles pleines. La nuque, les épaules, les joues et le bout des oreilles rouges.

Elle a l'impression qu'on lui écartèle les côtes, qu'on la dilapide, qu'on la mord là où il ne faut pas - mais elle a juste mal au crâne, en fait, juste mal, mal, mal, mal, bien, mal.

Il y a un nom qu'elle articule.
Que ses lèvres répètent en silence, avec sorte de solennité. Qui la plonge en transe. Qui la rend enfant, un peu, dans ses réactions ahuries et délicieusement désarticulées. A l'instant, c'est une poupée avec laquelle on a un peu trop joué.
Un petit bout de chair et de douleur.

Mais qui palpite, si vous saviez. Qui palpite comme un fou. Comme un dératé. Emballé, voilà c'est le mot ; c'est un petit bout de chair emballé.
Ah, ça lui fait plaisir.
Vraiment.
Un petit bout de chair presque satisfait.

Heureux ?

Non mais vivant, vivant comme jamais. Tout son corps en frissonne, de manière ininterrompue. Ses lèvres en rougissent à leur tour. Son cou se tend. Ses hanches fondent. Ses orteils se recroquevillent. Son corps trouve l'abandon dans chaque geste qu'il titube.
Qu'il manque.

Elle bat de l'air, Henri ; elle esquisse des mouvements sans sens, sans conscience. On dirait qu'elle danse, qu'elle danse sur le tempo de sa prière silencieuse, de son invocation secrète. Dans le flot des sensations qui l'envahissent, l'accablent, elle a soudain un éclair de lucidité.

Non pas Cassie, se rappelle-t-elle. Jordan.
Et ses lèvres reprennent : Jordan, Jordan, Jordan, Jordan.

Elle ne crie pas, Henri ; elle a des grimaces déchirantes, des bruits gutturaux qui lui écorche la voix, la voix rauque et la voix fragile, des tics mais elle ne crie pas. Jamais. Il ne faudrait surtout pas qu'on les interrompe. Pas tout de suite. Mais ça elle ne le dit pas. Elle ne le pense même pas. C'est une aberration.
C'est la sienne.

_ Tu f'rais bien d't'excuser pour c'que t'as fais. C'est un conseil que j'te donne tu vois. J'suis sympa.


Sympa.
C'est dingue comme ils le sont tous.

Elle a cessé d'articuler ; elle se concentre pour ne pas céder à la panique qui envahit ses membres un à un. Il a un genou appuyé contre sa poitrine, et elle dans les yeux des larmes qu'elle ne pleure pas. Ce n'est pas de la rage. Pas de la tristesse. Pas de la douleur.
C'est pitoyable.
C'est du remords condensé, liquide.

La peine de savoir qu'elle aurait pu être quelqu'un de bien.

_ J'te déçois encore, hein ?


Et là, elle dit son nom.

- Jordan.


Elle dit son nom dans l'élan de l'articulation de ses lèvres, et c'est un soupir suave qui s'échappe de son corps-champ de guerre. Elle le répète encore et encore, elle ne sait plus combien de fois. Elle a toujours la nuque, les épaules, les joues et le bout des oreilles rouges. Toujours l'air emballée.
Toujours l'air amoureuse.

La sale impression que son crâne va céder - ça la rend doucement folle. Au fond son crâne a déjà cédé. La digue s'est rompue une seconde fois, et maintenant toutes ses pensées flottent dans les airs, autour d'eux.
Et pour l'instant, sa pensée se résume à ça : Jordan.

Le plus étonnant, c'est qu'elle n'essaie même pas de retenir ses mots. De toute façon à quoi bon faire semblant ? Elle a brisé le masque au moment où elle lui a fourré cette perruque dans la bouche. Il a brisé le masque contre les carreaux de cette foutue pièce.

Elle rigole tout bas, mais pas de son rire de rat, d'un rire de femme qu'elle ne se savait pas.

- C'est pas grave, Jordan. C'est pas grave. De toute façon, qu'est-ce que tu aurais voulu qu'on se dise ? Bonjour ? Comment ça va ? C'est quoi ta passion dans la vie ?


Elle marque une pause, essoufflée.

- C'est pas grave, Jordan. Il paraît que je le mérite. Par contre si tu pouvais éviter de me toucher, je vais vomir. Je vais vomir. Jordan, je vais vomir. Pour de vrai.


Et elle tente de se redresser, voit flou, retombe sur le côté, se dandine sur le sol. Tend une main, elle ne sait pas trop vers quoi, exactement.

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Malwi ♥♥♥:
 
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Elle est folle, elle est tarée, elle est malade.
Elle n'est pas normale, voilà ce qu'il pense.

Elle bafouille, elle l'appelle, et lui il est comme face à un mourant dans une chambre d'hosto, un mourant qu'il ne connait de rien et qui l'appelle, ça a un drôle de goût, une drôle de peur. Ce qui est drôle c'est que c'est elle qui lui fait peur. Elle rampe par terre et il a plus envie de s'enfuir que de l'achever pour cette fois, sans trop savoir ce qui l'effraie finalement, si c'est de l'avoir mis dans un état pareil ou... mais non ce n'est pas ça. Il a fait pire. Non, pas vraiment, il avait fait pire dans une bagarre, dans des accidents, il n'avait jamais poussé aussi loin en recevant aussi peu de résistance. Il était de meilleur goût de les frapper et de les voir s'écrouler, pas de menacer de les étouffer une fois au sol. Sous son genou, il sentait son petit coeur affolé et sa cage thoracique qui souffrait de supporter son poids, c'était dégoûtant et tellement fascinant. Elle aurait été une carcasse d'animal crevé qu'il aurait continué d'appuyer jusqu'à briser les os. D'un coup, cette idée est séduisante. Mais, folle ou malade, Henri n'était pas une animal mort sur le bas côté.
Il lui suffit d'un instant pour se relever, l'attraper sous les aisselles et la redresser parce qu'elle ne pèsait décidément pas grand chose. Un instant, pour avoir une pensée stupide de se dire que ce sont peut-être les cheveux qui alourdissent les gens à ce point. Qu'importe qu'il ne puisse pas agripper les siens, il la penche au dessus des lavabos en céramique, la tient par la nuque à défaut du poil.

_ S'tu m'dégueules d'sus j'te jure que...

Il a la voix qui convient aux menaces mais pas de fin à sa phrase qui se perd quel part au dessus d'eux. Si elle lui dégueule dessus il ne sait pas ce qu'il fera. Peut-être qu'il la cassera encore dans sa merde mais même lui ne trouve pas ça très original. Il faudrait trouver autre chose et il n'en a pas l'envie, il la tient c'est tout, si elle se débat pas y'a pas de raisons qu'elle lui rende son estomac dessus mais cette fille est folle, sans doute, puisque malade est avéré.

_ T'aurais pu m'dire pourquoi tu voulais qu'on en arrive là. J'comprends pas qu'on puisse kiffer bouffer l'carreau.

Il était curieux mais pas sûr de vouloir savoir, c'était en grande partie pour se donner bonne conscience, pour se donner l'impression qu'il n'était pas venu la chercher avec pour première intention que cela se termine ainsi même si cela paraissait inévitable. Il la serrait un peu trop fort peut-être, sa petite nuque blanche dans sa grande main, peut-être que ses ongles s'enfonçaient un peu trop et quand il en prit conscience il relâcha sa prise. Un peu. Sa main gauche se sentait en reste de la fête et elle vint se loger dans ses cheveux, courts et inégaux, ça saignait par endroits et elle continuait de hoqueter au dessus du lavabo. Les gens qui vomissaient ça lui donnait envie de vomir aussi et il n'avait aucune envie qu'ils se retrouvent tous les deux à rendre ensemble le contenu de leur estomac. Y'avait décidément plus glam', même pour un cassage de gueule. Il essaya de les éviter, les endroits où ça saignait, caressa maladroitement sa tête et soupira un peu de la tension qui retombaient dans ses épaules et dans son cou.

_ Ça va aller tu crois ? 'fin, tu veux...

Tu veux ? Qu'est ce qu'il pouvait bien lui proposer ? Non ça n'allait pas, non ça n'irait pas mais il avait besoin d'être égoïste en se montrant faussement conciliant. Comme les gosses qui balancent leur doudou partout dans leurs moments de grosse colère et le serre contre eux en s'excusant l'instant d'après.

_  Désolé.

Ses doigts frissonnaient et son dos aussi, un long frisson qui remontait le log de sa colonne vertébrale, pas tant parce qu'il se disait désolé que parce qu'il l'était vraiment. Les yeux rivés sur son crâne, comme si ils avaient le pouvoir d'y enfoncer ce qu'il voulait dire parce qu'un "désolé" balancé dans le vent comme ses menaces, il doutait que cela ait grande valeur. Il ne le dirait pas, de toutes façons il n'arriverait à rien dire de plus tellement sa bouche lui semblait pleine de salive qui affluait à ses lèvres et peut-être bien que c'était lui qui allait vomir.
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C’est quoi ça Jordan ? Hein ? Qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi tu te poses des questions aussi bêtes ? Est-ce que ce n’est pas parce que j’aime ça ? La masochiste de Volfoni ! Ce n’est pas pour ça que tu es venu me voir à la base ? Est-ce que tu es vraiment sûr que ce n’est pas ce que tu es venu chercher ? Tu me fais bien rire, Jordan ; franchement tu pensais qu'il allait se passer quoi ? Toi la racaille, moi la victime. Tous les deux dans la même pièce, pas de témoins en vue. Sérieusement Jordan tu penses vraiment que j’en ai quelque chose à foutre de tes excuses ? Tu penses que je vais m’arrêter un instant pour te considérer comme un individu ? Eh ben non, non, non vous m’avez forcée dans ce rôle, vous ne m’avez pas laissée le choix ; c’était être une victime ou mourir de solitude. Tu savais que les bébés meurent si on ne leur parle pas ? Moi c’était pareil. Tu crois qu’on m’a laissée le choix ? Tu crois qu’on m’a dit « hé Henri ça te dirait d’être une sportive ? » ? Te fous pas de ma gueule. Vous m’avez forcée à être une victime, alors je vous forcerais à être des racailles. Je vous forcerais à n’être que des brutes. Jusqu’à ce que vous n’en pussiez plus de vivre avec cette image, avec ce rôle, que vous en mourriez de voir votre individualité reniée si fort. Tu crois que c’est moi qui souffre quand quelqu’un me frappe, Jordan ? Tu crois que c’est moi qui subis le plus ? Que dalle. Moi j’y suis habituée ; ce n’est plus de la peau que j’ai, c’est du cuir. Moi je ne perds rien de plus, car j’ai déjà tout perdu le jour où vous avez décidé d’aliéner tout ce que je suis pour me résumer à un titre, quel putain de titre, la masochiste de Volfoni. Non, ceux qui souffrent, c’est eux, c’est toi, c’est tous ces cons qui me frappent. Parce qu’ils doivent vivre avec cette idée, après, qu’ils ont tabassé quelqu’un qui ne se défendait pas, et ça Jordan, ça, ce que tu viens de faire, c’est la barbarie ; tu n’es qu’un putain de barbare et j’espère que tu le sais, que tu t’en veux, j’espère que tu prends la mesure de ce que cela veut dire. Moi je ne veux pas que tu sois désolé pour moi, je veux que tu sois désolé à cause de moi ; que tu te rendes compte à quoi je t’ai obligé, en t’enlevant toute porte de sortie à part celle de la violence, la violence gratuite, car c’est ce que c’est, Jordan, c’est de la violence gratuite, sans vraiment de raison, parce que oui je t’ai provoqué mais quoi ? Tu n’aurais pas frappé si ça n’avait pas été moi en face. Dis-le ! Tu n’aurais pas frappé, ou peut-être pas tout de suite ; mais tu l’as fait, tu as dévalé la pente que j’ai savonné pour toi, tu as suivi le mouvement - bon chien - tu as suivi le mouvement comme tous les autres. Comme tous les autres Jordan. Toutes les autres racailles Jordan. Parce que c’est ce que tu es, avant même d’être Jordan. D’ailleurs Jordan ce n’est rien, rien du tout, du vent, juste une étiquette pour te reconnaître parmi la masse des autres - bon mouton. Tu m’as frappée moi parce que c’était moi, moi Henri Underwood ; et tu oses prétendre que tu n’es pas venu pour ça ?

 Je te l’ai dit pourtant, Jordan, non ? Ce n’est pas grave. Tu sais ce que ça veut vraiment dire ? Ça veut dire : « Ce n’est pas grave, c’était prévu comme ça ». Ça veut dire : « Ce n’est pas grave, tu as agi exactement comme je le voulais ». Ça veut dire : « Ce n’est pas grave, selon eux, et bientôt toi aussi tu penseras que ce n’est pas grave, et ce jour-là ce sera la fin, la fin de toi, et j’en aurais rien à battre ». Tu ne pensais pas vraiment que ça voulait dire : « Ce n’est pas grave, je te pardonne », hein ? Ou si, si je te pardonne Jordan, je te pardonne parce que t’es tombé dans le panneau si bien, si fort, que tu en as oublié de te mettre en travers de mon chemin. Je te pardonne Jordan, il faut bien que quelqu’un le fasse, parce que bientôt tu ne seras plus capable de te pardonner toi-même.

Vomis, Jordan, allez, vomis-toi. J’ai hâte de voir ça. J’ai tellement hâte de voir ça. Tu crois qu’on peut vivre combien de temps au bord de l’abîme avant de basculer ? Moi je ne sais pas, mais je trouve que ça commence à faire longtemps que je tangue et j’ai de plus en plus peur de tomber. Enfin, non, je n’ai pas peur de tomber. J’ai peur de tomber seule, seule sans mes ennemis, sans parvenir à m’en venger. Tu connais Médée, Jordan ? Je ne suis pas sûre, tu m’as l’air limité. Tant pis. Médée, Jordan, c’est moi. Jason, c’est vous ; la masse des autres. Combien de douleurs crois-tu que je sois capable de m’affliger pour réussir à te faire souffrir à ton tour ? La mort de mes deux enfants. La mort de mes deux enfants par ma main. Tu crois que je suis folle, Jordan, Jason, tu crois que je suis malade, tu crois que j’ai perdu la tête ? Ha ! Si tu savais ! Si tu étais seulement capable d’embrasser le plus superficiel de mes mécanismes de pensée ! Je ne suis pas devenue folle, Jason, non, non, non, non. Je me suis complexifiée. Mais c’est ce que l’on attend de toute traumatisée non ? La complexité. Le complexe.

Hé Jason, tu crois qu’un jour mes cellules vont cesser de se régénérer ? J’ai été frappée un peu trop de fois dans ma vie. Il y a des cellules qui ont déjà abandonné face à la violence, ça donne des cicatrices. Tu crois que si moi j’abandonne, mon corps abandonnera aussi ? J’en suis persuadée. Je suis parvenue à un tel niveau de fatigue que parfois j’ai juste envie de laisser tomber. Je flanche. Mais je n’ai pas envie de mourir. Je n’ai pas envie de mourir. Alors je tiens bon, malgré tout. Mais plus on frôle la mort, Jason, plus on lui ressemble. C’est peut-être ça mon problème.

Connards.

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Elle parle trop.
Y'a trop de trucs en même temps, trop de trucs qui s'entrechoquent et qui te tombent dessus comme une avalanche que vous auriez du être plusieurs à supporter. C'est pas que pour toi tout ce qu'elle dit alors c'est pas pour toi, c'est ce que tu te dis. C'est pas moi c'est les autres, c'est plus facile, c'est... non. Elle est folle. Elle est conne. Elle vit dans son monde, comme toutes les autres.

_ J't'ai frappée parce que t'as pris ta putain de perruque, que tu l'as trempée dans les chiottes et que tu me l'as balancée à la gueule connasse ! Tu croyais quoi, que je serais un individu si j'acceptais de me la prendre en pleine face sans rien dire ?! Non, ça ça aurait été débile et c'est exactement ce que tu fais Henri Underwood, pauvre victime, t'attends qu'on te balance des trucs à la gueule et après tu te prends pour une martyre. Ça va, t'es tranquille, t'as le rôle facile, t'as pas grande chose à faire. T'es comme ces meufs qui t'allumes mais qui attendent que tu fasses tout une fois au pieu t'es... t'es une putain d'étoile de mer, voilà.

Ça fait un peu pauvre à côté de tout son baratin. C'est qu'elle est bavarde pour une meuf dont t'as jamais entendu dire qu'elle chialait. T'aimes pas trop les meufs qui racontent leur vie au pieu non plus et elle elle cumule les deux, la baise en moins. T'as vraiment pas gagné ta journée mais eh, au moins t'auras de quoi penser jusqu'à ce soir, ça te donnera l'air mystérieux. Les gens te trouvent bizarre quand tu dis rien. Tu t'en es pas rendu compte, mais elle te fait tellement chier que t'en as perdu ton envie de dégueuler, t'as juste envie de lui coller une belle claque pour qu'elle ferme sa gueule. A croire que tout le monde a envie de te casser les couilles en ce moment. Mais tu l'as assez frappé, tu te dis, et tu te dis aussi que si tu fais ça, t'auras droit à un deuxième service de Médée, de Jason et de négation de l'individu et ça te tente pas des masses. Tu soupires un bon coup, passe une main sur ton visage mais non, il est toujours là, t'es toujours toi et elle peut raconter ce qui lui chante, tu seras toujours Emile Evans de ton vrai prénom, personne n'auras ta mère, ton père, tes frères -mais quelqu'un peut avoir ta soeur si il veut-, ta maison, tes amis et ton cheval. Enfin celui que t'auras bientôt. Personne n'aura ce que t'as, ne sera ce que t'es, n'aura été largué par Samantha Zimmerman alors que tu pensais l'épouser, n'aura pris Salvatore Kimimichi comme un gros bourrin contre une benne à ordures et personne n'aura proposé à Mandy-Lou Carvalho de baiser dans les chiottes du McDo.
Ou alors le monde est grave peuplé de bouffons.

_ Laisse tomber meuf, j'crois que faut que t'arrêtes de te faire des films sérieux. C'est pas en te f'sant taper que tu vas faire quoi qu'ce soit, tu t'feras juste taper. Après t'imagines ce que tu veux hein, chacun sa p'tite réalité avec ses histoires, c'est c'qu'on dit mais moi j'y crois pas tu vois. Y'a une vraie vie, elle est là, derrière la porte et on peut pas rester enfermé toute sa vie. Surtout enfermé dans sa p'tite tête parce qu'à force de tourner dans sa tête on finit par tourner en rond.

Ouais. C'est pas faux. Ces mots ne sont pas de toi même si tu les as répétés dix ou cent fois parce que tu les trouvais cools. T'as l'impression qu'ils touchent quelque chose aujourd'hui.

_ Voilà. C'ma mère qui m'a dit ça une fois et j'ai... je trouve ça "juste" tu vois. T'as sans doute raison sur un truc c'est que je suis "limité" comme tu dis si bien, j'suis un gros débile ouais mais kestuveuh, au moins j'fais quelque chose de ma vie, je sais ce que je vais dev'nir, toi tu crois que t'es quelqu'un de complexe mais qu'est-ce que ça t'apportes au final ? Est-ce que t'es plus intelligente ? Est-ce que t'es meilleure ? Tu t'laisses écraser et après tu craches sur les gens alors qu'tu t'défends pas, comme un chat ou une araignée de merde.

Un moment parce que tu parles beaucoup et que ça fait un peu trop quand on est quelqu'un de limité.

_ J'dis que tu r'ssembles à plein d'trucs mais finalement tu r'ssembles pas à grand chose hein Henri ? Fais des choses, fais c'que tu peux, fais toi belle pour commencer parce que tu peux.
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La canicule sous ton front,
dans tes doigts,
en étoile autour du nombril,
de tes seins à tes hanches.

Auréoles aux aisselles et le souffle lourd, le corps abandonné contre un mur, la joue contre le carreau froid. Accroupie, les mains mouillées enfouies dans son cou ; la tête nue qui suit le mouvement des mots de Jordan comme l’on suit des yeux la partition d’une mélodie.
Froid, chaud.
Chaud, froid.

La fièvre au crâne.

La pensée qui se défile, s’effiloche, fil prêt à se rompre - la bouche muette, pour une fois, la bouche qu’elle n’a plus la force, dans les mâchoires, de fermer. La bouche ouverte. La respiration brûlante. Son air à elle qui enflamme l’air de la pièce.
Sa sueur essence,
son corps feu de paille.

Au bûcher.

Mais ce n’est pas elle qui retourne poussières ; son ego en cendres par terre. Je ne veux pas entendre ça, Jordan. Ce n’est pas ça que je veux entendre. Tu n’as pas le droit d’avoir raison Jordan. Loi de la nature. Grand principe mathématique. Tu n’as pas le droit, c’est écrit. Les yeux qui bavardent, à défaut des lèvres, en grève, le visage figé dans une expression de tristesse.
Tristesse, c’est tout.

Les yeux qui bavardent par battements et larmes ravalées, déglutissent des flots amers qui ne suffisent pas à éteindre l’incendie de ses parois internes. Feuilles de papier noircies, cloisons ramollies, le mur entre les ventricules qui se lève comme un rideau de théâtre.
Les trois coups.

Agonie en cinq actes.

Le sang noir, bleu ou rouge, les couleurs de son drapeau, les couleurs de sa peau ; l’évangélisation ratée, foutue, Jordan qui ne connaîtra jamais ce que ça fait, à moins qu’elle crève dans ses bras. Il faudrait qu’il apprenne ce que ça fait de perdre contre soi-même.
Tous.
Il faudrait surtout qu’il se taise.

Moi aussi je sais ce que tu vas devenir Jordan. Moi aussi je sais ce que tu fais de ta vie Jordan.

Le flot qui se cogne contre le barrage de ses paupières closes. Concentration. Ne pas les rouvrir, à tout prix, ne pas les rouvrir. Et puis le sursaut de son âme, le mot en trop, la goutte qui fait déborder le vase, bancal le vase, la goutte qui le fait basculer. Des larmes comme des bris de verre qui tailladent le rose de sa joue, des larmes par centaines, par milliers.

Le barrage explosé,
et toute sa détresse inonde son visage, le lave un peu. Gouttes rougeâtres sur le blanc de ses mains, ses deux petites mains qui ne suffisent pas à éponger ses pleurs d’enfant, il lui manque celles de sa mère - mais sa mère ne lui manque pas.

Sanglots qui écorchent sa gorge, la font tousser, sanglots gémissants et elle perd définitivement pied. Adieu.

« H-Hôpi.... hôpital... »


Ça, c’est le nom du seul dieu qu’il te reste.
Les infirmières seront tes anges terrestres.  

Adieu.

« Hôpital. »
elle répète.

C’est con qu’on ait pas encore inventé la téléportation.

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Ah la la.
Sa bouche se tort en une grimace quand il voit ses larmes et son sang mélangés. Il n'aime pas quand les gens se mettent à pleurer, il n'aime pas les regarder. Il passe un bras sous les sien, un autre autour de sa taille et essaye de la soutenir sans lui faire mal, pauvre petite chose toute fragile et tout cassée. Bah bah, c'est dégoûtant et pathétique, le chat de gouttière qui pourrait être si bien une fois soigné et nettoyé, bien nourri et toiletté, même si Jordan n'aime pas les chats. Elle est chiffon, elle ne pèse rien et elle ne remue pas. Il l'assoit sur le rebord du lavabo et la tient d'une main dans le dos, sort son portable et compose le numéro des urgence, hésite avant d'appeler.

_ Tu préfèr'rais pas passer à l'infirmerie plutôt ?

Disons que ça m'éviterait des problèmes quand tu raconteras comment t'as fini dans cet état.

_ 'fin c'est comme tu veux.

Tout d'un coup, c'est comme tu veux parce qu'il fera tout pour ne pas la voir pleurer, pour la consoler, la faire disparaître si elle n'est pas là pour la provoquer ou lui cracher dessus. Jordan Evans n'est pas apte à gérer les situations de larmes, il la passera à quelqu'un de compétent dans le domaine, en attendant il lui tapote maladroitement le dos en espérant contenir ses sanglots.

_ Je peux te porter aussi, hein.

Et c'est tout, voilà, il n'a rien à ajouter. Nouilles ou haricots verts, c'est toi qui choisis, l'important c'est juste que tu te dépêches sinon ça va de nouveau 'énerver, ça l'énerve toujours quand il ne sait pas quoi faire. Il pose son portable à côté de d'elle, l'appuie doucement contre le mur et grimace encore quand sa tête touche le mur carrelé. Il n'a pas le culot de lui demander si ça va, au moins, et il ouvre le robinet, prend de l'eau das ses mains et lave les siennes, lui lave les doigts, les ongles et le visage jusqu'à la lisière de ses petits cheveux. Elle déteste qu'on la touche, il l'a bien vu, mais certainement n'a-t-elle ni le courage ni la force de le repousser. Quand bien même il ne s'arrêterait pas.
Henri. Henri.
Pour une fille qui aime se faire frapper il est presque déçu. Ou triste peut-être.
Il aurait aimé éviter la case des explications en l'accompagnant se faire rafistoler.
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Sac d’os et d’eau, d’eaux torrentielles ; rivières, fleuves, deltas. L’océan dans le creux des rides de sa paume. Le Pacifique.
Le sel des embruns sur ses lèvres écorchées qui brûle un peu. A peine plus que d’habitude. Ses yeux qui crient en nuances de verts. Sa bouche ouverte sur la  grimace contrariée de son enfance. La peau de son dos tendue sur sa colonne vertébrale.

Elle pleure comme pleure un enfant. Sans retenue, sans concession ; elle pleure passion des larmes venues de nulle part, d’un grenier inondé dont les planches de bois pourries ont commencé à céder, craquer, elle pleure des pluies qui débordent les gouttières, des pluies de moisson, elle pleure dans le vent chaud de sa respiration, sifflant, crépitant.

Elle pleure comme pleure un enfant.

_ Tu préfèr'rais pas passer à l'infirmerie plutôt ?


Et soudain la claque. Le retour à la réalité. Elle le regarde, la gorge obstruée, les lèvres entrouvertes, les yeux écarquillés sur les piscines translucides de ses larmes. Quelques secondes de rien, puis elle baisse le regard, un peu honteuse, elle plisse les yeux sur des flots brûlants ; recloue silencieusement le plancher de son grenier comme on coud des paupières.

_ 'fin c'est comme tu veux.


C’est comme elle veut. Il l’a dit. C’est comme elle veut.
Malgré sa prison cage thoracique,
ses bleus poids en plomb,
son cœur enclume.

Malgré la culpabilité qui lui ronge les ongles de savoir qu’elle est en train de lui imposer quelque chose qui, elle le sait, il est incapable de gérer.

_ Je peux te porter aussi, hein.


Jordan, Jordan, Jordan.
Abandonne-moi au pied de la porte de l’infirmerie, et puis c’est tout ; ne fais pas semblant d’avoir la patience que je me calme, le courage d’assumer nos actes, ne fais pas semblant d’être à ta place car tu n’y es pas, et moi non plus tant que je n’aurais pas enfoui mon cadavre sous les draps trop blancs d’un lit d’hôpital.


« L’infirmerie c’est bien. »


L’infirmerie c’est déjà un effort sans nom venu de lui, elle imagine - elle imagine. Tressaille un peu quand elle sent ses mains sur les siennes, mais ne le repousse pas. Le regarde faire, écorchée, hébétée ; muette de fatigue et de velléités, velléités de mots qu’elle voudrait dire, mais qui ne décrivent jamais assez bien la situation pour franchir ses lèvres. Velléités de cris et de reproches, mais le temps est passé de les lui cracher au visage alors elle les déglutit comme des pierres, et ils ricochent au fond de son estomac.
Elle ne sait pas si ça aurait du sens de lui dire merci.
Sans doute que non.

Elle n’est pas sûre que tous les deux ils arrivent jamais à faire sens.

Alors elle tend le cou, comme pour l’offrir à la guillotine, elle tend le cou, prend un appui fragile sur ses mains humides. Pose ses lèvres sur les siennes. Y dépose le sel de ses larmes, et ça la ferait rire si elle n’avait pas l’impression de faire une hémorragie interne.

« Je suis désolée. »


Je suis désolée, Jordan, parce que ça n’aurait pas dû tomber sur toi.
Parce que pour te pardonner, il faudrait t'aimer.
Parce que parmi tous les dieux que je me suis donné, tu es le seul que j'ai envie de brûler.

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Y'a un moment de latence.
Un bug.
Un crash.
Ou n'importe quoi dans ce style là et l'étrange impression que ce qui se passe là, autour de lui, n'a décidément aucun sens. Juste. Pourquoi ? C'était comme se retrouver avec un grand puzzle dont toutes les pièces seraient dépareillées mais elles doivent aller ensemble, c'est comme ça, d'une manière ou d'une autre. Il avait à nouveau la seule envie de toutes les attraper dans ses mains et de les lancer à travers la pièce parce qu'il s'énervait toujours quand il ne comprenait pas et que cette conne le faisait tourner en bourrique depuis le début. Ou alors elle était sévèrement atteinte et d'y penser, sa nausée remontait. On peut pas punir un chien d'être un chien.

Je crois.

_ Bon. Henri.

La nommer ça la rend plus tangible, il trouve. Il lui tient la tête, une main sur chaque joue, la regarde dans ses yeux qui font mal à voir, rouges et suintants. Papa a quelque chose d'important à te dire, tu écoutes dis ?

_ Je sais pas c'qui s'passe dans ta p'tite tête mais là ça va pas du tout. 'fin, j'suis avec Pepper et tout ça, pi ça se fait pas d'embrasser les gens par surprise j'veux dire c'est pas comme si... j'm'attendais ou quoi. Je sais pas. Qu'est-ce que t'as encore à pleurer, j't'ai dit que ça allait, tu vas t'faire soigner et puis c'est toi qui a cherché putain pourquoi tu chiales encore ? C'est parce que j'ai proposé de faire un truc sympa c'est ça ? J'avoue c'est surprenant hein, mais faut pas se mettre dans des états pareils. Hé.

A se demander si il était à ce point imbuvable qu'il provoquait les pleurs quand il se montrait autrement que comme un gros enculé. C'était inquiétant. Pourquoi elle pleurait encore, pourquoi elle pleurait tout court, ça lui donnait mal à la tête, elle lui donnait mal à la tête parce qu'il ne comprenait rien du tout. Il se serait bien remis à se marteler qu'elle était tout simplement folle si cela avait pu rendre tout ça plus logique mais il savait que ça ne marcherait plus maintenant. L'infirmerie c'est bien. Qu'il se concentre là dessus et fasse abstraction du reste. Cette fille est malade et la seule chose que tu puisses faire pour elle c'est la porter dans un endroit où elle sera soignée, où il y aura des gens compétents pour ça. Voilà c'est bien. Ça déresponsabilise. C'est au moins un cancer qu'elle a, elle est chauve. Ça aussi c'est bizarre. On le sait qu'Henri porte des perruques, mais c'est bizarre à voir, un crâne nu, presque plus intimidant qu'une poitrine ou qu'une chatte parce que ce n'est pas sexuel, beau ou conventionnel, ça fait parti des nudités qu'on aimerait mieux garder couvertes. Berk berk qu'il pense très fort sans arriver à en décoller ses mains, il la touche et c'est agréable et répugnant, elle est fragile et malade c'est dégoûtant et ça la rend attirante. Si il la laisse quelqu'un d'autre s'en occupera.
D'une façon ou d'une autre.

_ Tiens. Grimpe sur mon dos. T'pensais quand même pas qu'j'allais t'porter comme une princesse hein ? T'as beau pas être bien lourde j'me sens pas pour les escaliers tu vois.

Il lui tourne le dos, il tiendra ses cuisses, elle est à lui pour le moment.
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_ Bon. Henri.

Battements de cils perplexe ; elle ne voit pas pourquoi il prend soudain un ton paternel, elle ne voit pas où est le problème, la contradiction.

_ Je sais pas c'qui s'passe dans ta p'tite tête mais là ça va pas du tout. 'fin, j'suis avec Pepper et tout ça, pi ça se fait pas d'embrasser les gens par surprise j'veux dire c'est pas comme si... j'm'attendais ou quoi. Je sais pas. Qu'est-ce que t'as encore à pleurer, j't'ai dit que ça allait, tu vas t'faire soigner et puis c'est toi qui a cherché putain pourquoi tu chiales encore ? C'est parce que j'ai proposé de faire un truc sympa c'est ça ? J'avoue c'est surprenant hein, mais faut pas se mettre dans des états pareils. Hé.

La tête légèrement penchée sur le côté, comme un chien qui ne comprend pourquoi on le gronde. Elle est au bout d’elle-même, et il y a une forme de gaieté qui en ressort, la rend enfantine, un peu, dans ses manières - pas dans les yeux, ses yeux gris de douleurs, la surface lisse d’un lac et toutes ces choses qui dansent dans ses fonds que l’on ne voit pas, mais que l’on devine parfois. Elle n’a plus le visage plissé par la haine, et ça la rajeunit ; elle n’a plus de cheveux, et ça la fige dans le temps. C’est une figure hors du monde, Henri qui se tient silencieuse, les vêtements tâchés de son propre sang et le crâne nu.
Et pourtant c’est là, ça vit, tout près, dans des relents rances de sueur et de bile, ça vit dans des vagues de chaleur moites - et c’est dégueulasse, et c’est confortable. Ça fait pitié. Ça parle pour ne rien dire.

« Je pensais que ça te ferait plaisir. »

Petite pause.

« Ça ne t’a pas fait plaisir ? Parce qu’à eux, ça leur aurait fait plaisir - je crois. Je ne sais pas bien à vrai dire. Mais quand même, je crois que ça leur aurait fait plaisir. Tu fais chier à pas savoir prendre ce qu’on te donne. »

Vague soupir, et elle oublie de reprendre son souffle juste après. Tient longtemps comme ça, en apnée, à en frôler la perte de conscience, puis elle craque, elle se dit que ça irait plus vite de se mordre la langue.

« Jordan, ça ne va pas. Plus j’essaie de faire les choses bien, plus je fais de la merde. On en était où ? »

Jordan qui lui tourne le dos, décidé - heureusement que lui il ne part pas le nord, ou peut-être que c’est ça, peut-être qu’elle perd le nord pour deux.

_ Tiens. Grimpe sur mon dos. T'pensais quand même pas qu'j'allais t'porter comme une princesse hein ? T'as beau pas être bien lourde j'me sens pas pour les escaliers tu vois.

Alors elle obéit, parce qu’il n’y a pas grand-chose d’autre à faire, elle obéit parce que de toute manière elle n’en a plus rien à faire. Elle trouve ça dingue, la façon dont il arrive à garder les pieds sur terre dans une situation aussi absurde - dingue, dingue, dingue.

« Quand même moi j’aurais laissé tomber à ta place. Je me serais laissé tomber - oh mais attends ça c’est déjà... » Elle retient soudain un gémissement rauque, surprise par un violent maux de tête - passe la langue sur sa lèvre ouverte. Son corps est un camaïeu de bleus, elle ne voit pas comment Jordan va pouvoir justifier tout ça.

« On dit trop bon, trop con, Jordan, mais je suis pas sûre que tu sois con par excès de gentillesse, Jordan, je crois que t’es con parce que... je sais pas, à toi de me le dire. Mais du coup ça ne t’a pas fait plaisir ? »

Elle passe les mains autour de son cou, chasse du cil une goutte d’eau, se tait pour quelques minutes puis doucement elle se remet à pleurer.

« Jordan, ça ne va pas. » geint-elle, mais elle n’attend pas de réponse, et le silence qui enveloppe ses échos, adoucit leurs heurts la rassérène un peu.

Elle a sur le bout de la langue un peu de l'arrogance de ses débuts, et quelque chose de plus assagi, quelque chose de résigné. Elle prend toujours forme aux pires moments.

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Son air consterné était bien plus éloquent que le moindre de ses mots.

Il était largué.

Il n'avait pas la moindre idée de ce que cette fille pouvait raconter et sa seule préoccupation était de savoir si elle était bizarre parce que c'était Henri et que cette meuf était définitivement chelou ou si c'était parce qu'elle était une fille et cette hypothèse commençait à l'inquiéter quant à son avenir amoureux. Une ou deux déglutitions plus tard et son charabia terminé, il reprit enfin la parole et ce fut pour s'illustrer par sa vivacité et sa délicatesse.

_ Non mais Henri laisse tomber ça f'rait plaisir à personne de t'embrasser. Enfin, pas que t'es moche ou quoi, ça ça va, mais tu vois genre tu mets ta bouche là et c'est chaud de savoir si tu vas pas mordre ou quoi, tu vois ? Pi on embrasse pas les gens comme ça. J't'aime pas, tu m'aimes pas, c'est pas comme ça que ça s'fait. Tu connais pas genre, Disney, Roméo et Juliette et tout ça ? Tu devrais p'têtre te cultiver un peu j'suis sûr que ça t'ferait du bien.

Ah non, ça c'était un conseil pour lui, mais il ne se sentait pas stupide en le donnant à quelqu'un d'autre, c'était normal ça. De toutes façons elle ne pouvait qu'apprendre de lui, lui il était normal au moins. Cette pensée et cette fille, ça le rassurait quelque part. Depuis qu'il s'était laissé entraîner dans les histoires de pédé de Salvatore, il avait peur de devenir quelqu'un de bizarre mais finalement il se rendait compte que ses inquiétudes étaient infondées. Les tarés de l'école étaient décidément bien des tarés et il avait bien fait de revenir à des valeurs aussi sûres que le basket, sa bande de potes et sa famille. Un moment d'égarement, rien de plus, et il se sentait si bien là, d'aider quelqu'un qu'il avait lui même écrasé, plaisant de se savoir puissant et heureux d'être en même temps le gentil de l'histoire.
Il était gentil.
La preuve, il allait la porter dans les couloirs, tout le monde les verrait ensemble. Heureusement qu'à cette heure ci, la plupart des élèves se trouvaient du côté de la cafétéria. Il lui fait faire un petit saut sur son dos pour bien la caler, ses bras autour de ses petites jambes ou ses petits os, c'est selon chacun, et il ouvre la porte d'un coup de pied. Personne en vue à part quelques pauvres clampins du lycée. Parfait.

_ Allez, fais avec moi. Le cheval de mon papa va au pas, au pas, au pas... Au trot, au trot, au trot...

Et il se mit à trottiner dans les couloirs.
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