Sonata | Henri

Evannah Westgate

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Allongée de tout son long sur un des lits du bungalow, Evannah, les bras derrière la tête, attends sagement.

Henri, Henri, Henri.

Ce côté-là de la chambre ressemble à un catalogue qui aurait pris la poussière, froid et impersonnel, alors elle sait que c’est le sien ; la fille de l’autre côté a laissé trainer juste un peu trop de choses pour ressembler à une vraie humaine – pas comme l’autre, la poupée cassée qu’une petite fille avec de gros doigts a essayé de réparer en lui posant une perruque sur la tête.

Elle a mis sa robe rouge aujourd’hui, pour lui faire honneur. C’était un rendez-vous préparé depuis longtemps – depuis hier soir en fait mais elle y pensait à chaque fois que son regard glissait sur la frêle la pas si moche que ça Henri, elle pensait qu’elle voulait la revoir juste elle et pas cette pute qui appartient à quiconque le désire maintenant.

Ses escarpins et son sac de cours sont allés rejoindre le sol ; ses pieds nus caressent la couverture, et ses genoux pliés promettent une vue directe sur ses sous-vêtements à quiconque franchirait la porte.

Mais ça ne sera pas quiconque, ça sera Henri.

Une dernière fois Evannah rallume son portable et relit son dernier message, essayant de se convaincre que ça suffira à la faire venir. Mais elle vient toujours, non, de toute façon ? Elle est maso, alors elle vient pour se faire tabasser – c’est logique.

Mais au fur et à mesure que les minutes passent, le doute s’installe. Peut-être qu’elle pense qu’elle peut lui échapper maintenant. Peut-être que sa popularité lui donne assez d’assurance pour qu’elle se permette de ses détacher de ses bourreaux primaires.
Eh bien non, ça ne marche pas comme ça, Henri.

La créature qui t’attends sur ton lit aux formes moulées de rouge et semblant se noyer dans sa cascade de cheveux blonds en a les mains qui la démangent tant elle a envie de te voir, si bien qu’elle tape un nouveau sms – peut-être celui de trop, peut-être celui qu’il faut – et s’agite, commence à parler toute seule en pensant qu’elle va te frapper.

« Je t’attends Henri. »

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Henri Underwood

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Elle est là.
Pour de vrai.

Elle va le payer.


Le front effleurant le bois de la porte, Henri se tient debout sur le seuil de sa chambre. Elle ne bouge pas d'un pouce, respire dans un souffle imperceptible. Les bras le long du corps, elle se balance légèrement sur ses pieds, sans jamais perdre l'équilibre et toujours sans bruit.
Elle a les sourcils froncés, les yeux confus ; l'air inquiet. Les poings serrés de colère, aussi. Elle balance doucement, paisiblement entre ces deux émotions. Avance et recule, prend le temps d'hésiter entre l'angoisse et la violence injustifiée. Imagine des scénarios comme si elle avait le choix de choisir celui qui va se produire sous peu.

Quand elle décidera enfin d'ouvrir cette porte.

Elle ne se presse pas, Henri ; elle ne se jette pas dans la gueule du loup, Henri. Elle attend que Evannah doute un peu - le temps qu'il faut pour qu'elle lui manque vraiment. Pour qu'elle subisse l'humiliation de son absence. Qu'elle la brûle jusqu'à l'os, l'os calciné, la peau en cendres, la respiration sifflante, l'ego fou. Le cri qui se perd.  Comment a-t-elle osé ?

Comme toi tu as osé poser un pied dans mon sanctuaire.
Mon petit cimetière.
Mon paradis vide et poussiéreux.

Mon soleil mort. Mon trou noir. Mon néant au mètre carré.
Vous ne me trouverez jamais ici. Je ne mens pas. Il n'y a pas une miette de moi sur le sol de cette pièce. Pas de vie, pas d'odeur, pas même une trace d'ADN. Je n'existe pas ici ; personne n'existe ici. C'est une pièce qui n'est pas faite pour qu'on y vive.
Pas même pour qu'on y meurt.
Mais pour qu'on y reste éternellement, figé dans le temps, à en devenir taré, à balancer ses affaires par les fenêtres, à éventrer son matelas, à péter les carreaux des vitres. Et même comme ça, ça ne sera pas plus VOTRE chambre. Ça ne sera jamais VOTRE chambre.

C'est une pièce qui n'attend personne.
Une pièce qui n'aime personne.
Une pièce qui vous rend étranger.

Un enfer froid et silencieux.

Aucun bruit ne parvient jusqu'ici.
Aucun bruit n'en ressort.

Il n'y a pas de monstres sous le lit ici. Mais il y a les ombres des meubles qui vomissent vos vêtements et le ronronnement d'un radiateur qui ne chauffe pas. Alors peut-être qu'on n'en a pas besoin.


De nouveau elle avance, de nouveau elle recule.
Mais elle sait que bientôt elle ouvrira la porte. Qu'elle ne reculera jamais de plus d'un pas. Henri, elle sait. Elle sait qu'elle n'échappera jamais tout à fait à la tutelle d'Evannah. Evannah ce n'est pas simplement un bourreau. C'est le premier.
C'est la cristallisation de son passé.
L'amour ambiguë, l'amitié qui se transforme en abus et l'amitié qui ne revient plus. Henri, avant, c'était sa préférée. Sa coursière, son faire-valoir, l'une de ses premières distractions. Henri, avant, c'était son jouet. C'était son à elle, rien qu'à elle.

Mais maintenant Henri est à tout le monde.
Eclatée aux quatre vents.
Tout le monde possède un bout d'Henri, sur la langue, la peau, dans les cheveux, les yeux, au fond de la poche ou d'un tiroir.
Tout le monde possède un bout d'Henri.

Personne n'a le bon. Celui qui jure fidélité, qui pleure, qui te manque, qui t'en veut, qui t'aime, qui retombe à genoux. Personne n'a le cœur amoureux d'Henri. Même pas Evannah. Surtout pas Evannah.

Evannah, si elle doit avoir quelque chose, elle n'a que la certitude que Henri ouvrira cette porte.

SMS.
Au moment où elle sent son téléphone vibrer dans sa main, Henri vient poser le front contre le bois de la porte. Elle regarde rapidement le message.

Je t'attends.


Moi aussi.  


Puis tout à coup, ça lui apparaît comme une évidence. Elle doit passer cette porte. Alors elle la passe. Elle la passe comme elle la passera toujours tant que c'est Evannah qui l'attend derrière. Comme elle la passera toujours tant que Evannah continuera de l'attendre derrière.

Elle la passe, et elle ne voit même pas Evannah. Elle entend juste les échos de sa voix qui se répercutent contre les murs, et elle dit, en sourdine :

Je suis là.

Et ça lui rappelle des souvenirs.

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Evannah Westgate

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Elle allonge les jambes, détendant avec un petit soupir d’aise l’arrière de ses genoux. Ecarte ses orteils vernis. Prend son temps. Ne la regarde pas encore.

« Approche. »

Un ton presque amical, un sourire dans la voix et un petit claquement des mains sur ses cuisses. Approche, viens là. Aucun mal ne te sera fait. Elle n’est pas comme ça Eva, elle ne frappe pas les gens pour rien non ; si tu approches docilement sans rien dire rien de tout ça ne sera violent.

Tout ça quoi ?
Evannah ne sait pas ce qui va se passer après parce qu’elle a oublié d’apprendre Henri, elle ne connait pas sa nouvelle figure, celle qu’elle est devenue après que tout le monde ait su ; après que tout le monde ait découvert ce qui aurait dû rester secret entre les mains d’Evannah, le secret d’une chair qui ne se sent vivante que dans la soumission.

Ça, Evannah l’a appris la première.

Et elle se sentait privilégiée, initiée et elle se sentait meilleure de lui faire plaisir à Henri, de lui faire plaisir comme personne ne le faisait parce que les gens ne savaient pas, ne comprenaient pas. Et puis ils ont tous accouru là où elle se cachait toujours, ils ont tout compris et ça l’a dégoûtée, Evannah ; elle a voulu la retenir et elle lui a glissé entre les doigts, il n’est resté que ses mèches de plastique. Parce qu’elle ne tient plus, parce qu’elle est seule avec elle enfin et qu’elle l’a coincée dans sa propre chambre elle se lève – souple – et marche jusqu’à elle peu importe où elle se trouve elle vient camper son visage et ses épaules nues juste devant Henri, elle vient avec ses cheveux qui ondulent et avec les restes d’un sourire froid qu’elle n’a pas su conserver.

« Je te vois moins ces derniers temps Henri. »

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« Approche. »

Henri ne pipe mot.
Ses yeux glissent de la silhouette sur le lit à la fenêtre. Auparavant, se dit-elle, elle aurait obéi ; elle aurait jeté un regard hésitant à Evannah, aurait rougi de la voir lui sourire, l'aurait rejoint le cœur qui bat trop vite et un goût amer au palais - à la fois ravie et contrainte, ravie d'être celle qu'on appelle, parmi la foule des plus jolies qu'elle.
Spéciale.
Souillée.

Elle ravalait ses pleurs. Elle se disait qu'elle avait de la chance d'être tombée sur quelqu'un qui l'aime malgré tout. Malgré son vice. Elle ne savait pas encore ce que ça signifiait vraiment aimer ça. Elle ne savait pas ce que ça faisait d'elle.
A pleines mains elle retenait Evannah à son chevet ; du bout des doigts elle la repoussait.

Et elle essayait de se persuader que ça resterait leur secret. A cette époque elle était presque prête à l'admettre, pleine d'espoirs que ça ne soit pas si grave ;  comme si le dire pouvait l'exorciser. Pour un peu elle serait allée dans une église se confesser.
Puis elle a compris.

Evannah ne l'aimait pas malgré tout. Evannah ne l'aimait pas.
Et ceux qui vinrent ensuite non plus.

Ils ne l'aimaient pas, et elle restait seule, là, les mains vides, le cœur tremblant, le corps marqué de bleus comme des suçons. Et elle restait seule, là, les yeux pleins d'eau, d'une eau incapable de la laver, sale, sale, sale, sale, sale, sale, sale, sale.

Elle n'a plus jamais mis les pieds dans une église.
Elle n'a plus jamais mis les pieds dehors.

Elle est restée là, à jamais. Figée dans sa stupeur. Figée dans leur désamour.

« Je te vois moins ces derniers temps Henri. »


Elle a des vrais cheveux, Evannah, et la peau blanche comme une page vierge. Henri ne la regarde pas dans les yeux ; elle fixe ses clavicules, la tête baissée - par habitude. Une part d'elle en subit le reproche, silencieusement ; l'autre éclate de rire, valse, valse, valse.

Henri, elle sait qu'elle n'échappera jamais tout à fait à la tutelle d'Evannah. Ça ne l'empêche pas de jouer avec.

Elle plante ses yeux dans ceux d'Evannah - et l'émotion de ce geste la rattrape, et l'eau déborde soudain du vase trop plein, et une larme perle à sa paupière, malgré elle. Mais elle ne l'essuie pas d'un revers rageur de la manche - elle la laisse couler, tracer son sillon le long de sa joue.

Sa main se lève dans les airs, sans jamais qu'elle ne cille ou détourne le regard. Dans le silence de la chambre, elle tire sur le bord de son col.
Sur la peau de son cou et de son épaule, les bleus comme des suçons et les griffures comme après l'amour.

Les yeux d'Henri soudain ne pleurent plus.
Ils se moquent.

« J'ai été un peu occupée. »
dit-elle.

Et elle ajoute dans un murmure, les lèvres entrouvertes, le souffle chaud, les yeux rieurs presque :

« Très. »

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Evannah pince les lèvres comme elle voit se détacher sur cette peau qui la dégoûte toutes les marques faites par quelqu'un d'autre. C'est fini. Elle n'a plus l'exclusivité. Ne l'aura plus jamais. Henri lui a échappé.

Et pourtant c'est toujours mue par le désir d'être la première, la plus importante à ses yeux de poupée, qu'Evannah essuie doucement la trace humide d'une larme sur la joue qu'elle a l'impression de sentir flasque sous la pulpe de son doigts et sous son ongle ovale, parfait.

Mais c'est parce qu'elle sait que Henri déteste ça qu'elle se force à faire rester sa main. Posée sur l'épaule frêle sous le vêtement uni la main serre très légèrement avec ce qui semble être de l'affection.

Et puis sans prévenir elle l'étreint brusquement et rapidement avec tout son corps et c'est à peine commencé que c'est déjà fini et la voilà qui se tient toute raide devant Henri, n'en revenant pas de ce qu'elle vient de faire c'est dégueulasse.

Elle sourit mais ses lèvres font une vague étrange.

« Tu me manques... »

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« Tu me manques... »

L’effroi éclabousse ses iris ; les peint d’une couleur plus claire, un marron rougeâtre, boueux, laid, affreusement laid - laid comme moi. Laid comme moi, comme je le suis devenue, touchée par trop de gens, trop d’inconnus, le corps marqué par l’empreinte de trop de mains étrangères. Comme je le suis tout court maintenant, laide, laide à en crever, laide et j’en crève déjà, j’en crève depuis une éternité. Ils ont posé leurs lèvres sur les miennes pour voler mon souffle, passé leurs doigts dans mes cheveux pour les arracher, par touffes, ont saisi mes poignets pour les tordre, mes jambes pour les faire plier, mes hanches pour les briser - ils m’ont fait haïr mon corps si fort que je l’ai laissé dépérir, que je l’ai tué à petit feu, entraînant ma propre mort et finalement peu importe, la mort c’est encore un moyen de partir et c’est tout ce à quoi j’aspire : partir.
Loin.
Sur l’autre rive.
Mais moi je n’ai connu que ça : que ce rôle auquel ils m’ont condamnée, que cette morosité collée au palais, cette odeur de pourriture, la leur, la mienne. Je n’ai connu que ça et loin c’est un autre monde, loin c’est la peur de l’inconnu, c’est la peur que cela recommence ailleurs ; la peur que ce soit moi le problème, moi qui répète le schéma, moi qui projette la faute sur les autres.
Moi qui ne puisse plus blâmer le contexte.
Moi qui cesse d’être une victime.

L’autre rive c’est l’enfer.
L’autre rive c’est peut-être ressusciter dans le vide, souffrir différemment mais souffrir quand même, c’est peut-être ne plus être la tête de turc mais ne pas être aimée pour autant.

L’autre rive surtout c’est le risque et tu es froussarde invétérée. Une lâche de première qui vocifère des insultes pour ne plus entendre son cœur qui lui défonce les côtes, pour avoir quelque chose à dire, parce que c’est la seule chose qui lui reste quand même ses bourreaux se lassent - du vent.
Du vent.

Et maintenant, Henri ? Tu vas hurler encore, toujours, à jamais, oui je le veux ? Prendre pour époux l’ennui qui a pris la place de ton ombre ?

Oui.
Oui, la question ne se pose même pas. Les vieilles habitudes, ça ne disparaît pas comme ça. Les vieilles habitudes c’est tout ce que tu as.

« T’es tarée Eva. »
craches-tu, allez on y croit, craches-tu d’un air de dégoût - celui que l’on t’adresse habituellement.

C’est un peu étrange de retourner cette arme contre quelqu’un d’autre ; plaisant aussi. Ça aussi, tu vas en prendre l’habitude, Henri.

« Tu ne m’avais encore jamais fait ce coup-là. »
dis-tu et tu secoues la tête, ton réprobateur, en époussetant tes vêtements, d’un geste pensé, calculé, d’un geste prévu.

Tout est réglé comme une machine, chez toi Henri et c’est le plus grand paradoxe qui existe : ta violence de chien errant au service d’un mécanisme trop parfait. Et parfois les deux ne coïncident pas, parfois l’un surpasse l’autre, parfois tu es plus animale qu’humaine et parfois non, parfois tu en oublies de respirer.  Là, tout de suite, ça ne marche pas très bien.
Tu parles bien, c’est sûr.
Mais les secousses qui agitent ton corps sont si fortes qu’elles vont disloquer tes os.

Tu es persuadée que ça pourrait être drôle.

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Elle se convulse, c'est est risible. Evannah se détourne du pauvre spectacle que lui offre son amie et vient passer ses doigts sur quelques meubles, effleurant les traces d'une vie qu'Henri ne mène pas. Ils en ressortent pleins de poussière. Fine et grisâtre. A l'image d'Henri.

« De nous deux, qui est la plus tarée ? »

A nouveau, elle revient vers elle, dans son dos cette fois, et s'abstient bien de la toucher mais laisse sa respiration un peu trop près, comme des paroles intrusives, comme un regard impudique, elle envahit son cou pâle. Le corps d'Henri à quelques centimètres du sien ne diffuse aucune chaleur.

« On change tous. »

Evannah elle-même a changé, elle est désormais loin d'être la gamine hyperactive qui courrait après son Perceval, loin à présent d'être obsédée par un Charlie trop sombre et qui ne l'a jamais aimée. Mais c'est normal ; Evannah grandit.
Ce qui est arrivé à Henri n'est pas normal. C'est une déformation immonde, une distorsion de sa personne. Quelque chose qui a commencé à la manière d'une toute petite graine qui, une fois jetée en terre fertile s'est développée jusqu'à atteindre une énormité malsaine.
L'odeur d'Henri c'est la mort, mais elle vit et c'est pour Evannah le paroxysme de l'horreur.

« Qu'est-ce que tu es devenue, toi ? »

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« De nous deux, qui est la plus tarée ? »

Désintérêt. Je ne sais pas et je m’en fous ; convaincs-toi que c’est moi, fuis plus loin, repousse les limites de ton labyrinthe. Après un certain temps il y a des questions auxquelles on ne répond plus. Cils lourds du silence de la pièce, poitrine oppressée, mais il faut reprendre son calme, il faut réapprendre à tenir debout sans trembler des genoux. Yeux baissés parce que ton regard est une plaie ouverte sur ton âme, ta plus grande faiblesse. Tu ne le maquilles pas assez.

« On change tous. »

Je ne sais pas. Je suis prise depuis si longtemps dans cette toile qu’y échapper me semble une absurdité ; je crois que je ne veux pas changer. Des fois je pense que ce serait bien si je pouvais simplement m’habituer ; des fois je me rends compte que c’est l’habitude qui me tue. Mais quand même je ne veux pas changer, je commence à peine à m’y habituer.
A peine à y survivre ; j’y ai déjà succombé. A peine à en guérir ; je n’en guérirai jamais.

Ça n’a pas de sens.

« Qu'est-ce que tu es devenue, toi ? »

Rien, rien de plus ; je me suis fait écarteler. Et maintenant j’essaie de recoller les morceaux, mais ça pisse le sang de partout, c’est assez moche. Je mettrais probablement toute une vie à m’en remettre, alors je ne m’en remets pas. Je traîne ma carcasse décharnée le long des couloirs, je porte mes bleus comme des suçons et je m’explose le front contre les miroirs. Je ris quand on m’embrasse. Je mords la main que l’on me tend. Je pleure lorsqu’on la passe sous mes vêtements. Puis surtout j’ai mal, mal, mal partout et tout le temps, et c’est bien ; j’ai toujours le nez en sang, je respire toujours par la bouche.
Parfois on me met des plâtres mais je n’aime pas ça. J’ai l’impression qu’on me coule dans du béton.

« Que voulais-tu que je devienne ? »

A part pire que rien.
A part moins que rien.

« Je suis devenue populaire. Une popularité sans précédent. »

Cri intérieur.

« Un véritable mythe. »

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