Mémoire vive [Salvatore Kimimichi & Aidan Saerbhreathach]

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Theodora quitta enfin la salle.
Dans chaque classe, à chaque cours, il y avait cet élève adepte des questions d'après cours. Celui qui venait les poser au bureau pendant que les autres sortaient, parfois par réel intérêt, parfois simplement pour fayoter. Theodora aurait pu prendre un abonnement. Aidan se pinça l'arrête du nez lorsque la porte se referma derrière elle et ses grands talons. Ce n'était pas la première fois que l'idée l'effleurait de mettre en place un système de tickets comme aux stands de boucher ou de fromage dans les grandes surfaces. Pas que discuter avec ses élèves l'ennuie, mais peut-être qu'ainsi, ceux qui venaient pour des broutilles ou des choses auxquelles il avait déjà répondu pendant son cours seraient un peu plus attentifs. Peut-être. C'était loin d'être gagné et c'est bien pour cela que cette idée, aussi séduisante soit-elle, ne faisait jamais que l'effleurer. Theodora venait à la fois par intérêt et pour fayoter, il avait répondu à toutes ses interrogations, lui avait conseillé des lectures susceptibles de lui plaire et il lui avait même demandé un service. Il se surprenait à être aussi conciliant aujourd'hui et à cette heure ci. La journée autant que ses élèves n'avaient pas été très cléments avec lui, et il était encore loin d'en avoir fini. En vérité, le plus dur s'annonçait.
"Pourrais-tu trouver Salvatore Kimimichi et lui dire que je voudrais le voir ? Je l'attendrai ici." En gros "Y'a Saerbhreathach qui t'convoque en salle de conf' je sais pas pourquoi" ou à peu de choses près.
Il étendit ses jambes sous son bureau, fit tourner ses poignets fatigués et inspira profondément. La moitié des lumières étaient éteintes et le soleil commencerait bientôt à effleurer l'horizon. Toute la salle était plongée dans ce silence d'après le chahut, seule craquait l'estrade sous les pieds de sa chaise quand il changeait de position. Dans les rayons jaunes du soleil qui entraient par les hautes fenêtres, les poussières flottaient lentement dans l'air. C'était comme si la pièce reprenait doucement sa respiration après les constants va et vient de la journée. Il prit le crayon posé sur le bureau et le fit tourner entre ses doigts. Il était long et bien taillé, pourvu d'une petite gomme blanche à son extrémité, qui n'avait visiblement jamais servi. Il n'était pas là depuis une semaine que déjà tous ses élèves devaient savoir que le professeur Saerbhreathach n'utilisait que des crayons impeccables. Il n'avait jamais de crayon abîmé, jamais de crayon de petite taille ni même moyen, jamais d'une autre couleur. Sans doute que bientôt une rumeur circulerait selon laquelle il jetait ses crayon dès qu'ils commençaient à ne plus être assez long et cette pensée étira ses lèvres en un fin sourire. Cela faisait partie des rumeurs qui le suivaient quel que soit l'établissement où il enseignait et c'était encore l'une des plus plaisantes.
Des pas dans le couloir le firent se redresser sur sa chaise qui fit craquer l'estrade avec elle. Dans le silence, le bruit paraissait presque honteux, incongru. C'était une ambiance de musée et lui en aurait été la statue que l'on n'admirait qu'en bas de son piédestal. Il fronça les sourcils. Cela aurait été prétentieux, insultant même, et il aimait encore mieux ne pas être à sa place de professeur. Il reposa son crayon exactement à la place où il l'avait pris et descendit souplement la marche qui faisait de lui une autorité.

"Les mains sont faites pour frapper aussi."

Il aurait bien aimé avoir le temps de s'asseoir quelque part. Il était intimement persuadé que si il n'en avait pas besoin maintenant, cela ne tarderait certainement pas.
Salvatore Kimimichi
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Mémoire vive.
« Y'a Theodora qui me dit de te dire que le prof de littérature, là, le nouveau avec le nom turc ou j'sais pas qui veut te voir en salle de conférence et elle savait pas pourquoi, elle dit qu'il le lui a demandé parce qu'elle est restée en dernier après son cours et elle est persuadée d'avoir une touche avec lui t'sais quoi, la pauvre elle a pas compris qu'avec son gros cul et son parfum de morue c'est les mouches qu'elle attire. »

Très précisément.
Sakanaction dans les oreilles depuis trois jours, il lui fallait au moins ça pour ne pas aller se vautrer dans n'importe quel lit pour ne plus y penser. Quoique pour une fois, ça ne lui semblait pas forcément être une bonne idée de s'oublier dans le stupre comme une pauvre âme encore mal remise. Alors il avait ses écouteurs, son téléphone, les mains dans les poches et les yeux mi-clos et continuait tout droit le temps que le copain faux-cul de Theodora se soit foutu le camp et ne puisse pas le voir faire demi-tour et aller dans la direction opposée à la salle de conférence. Il fallait se faire attendre, c'était ce qu'il voulait croire et il y croyait, quelque part, il le voulait sincèrement. C'était plus difficile que prévu. L'autre avait tenu trois jours et il en était convaincu, c'était un record médiocre. Lui aurait tenu plus longtemps que cela. Là encore, il n'avait toujours pas envie de le voir. Mais chacun devait avoir ses raisons, sans doute. Sans doute.
Sa bulle de chewing-gum s'éclata sur ses lèvres et il se trouvait con d'arriver à se recoiffer dans une fenêtre tout en cherchant à décoller la pâte gluante avec sa langue. Mais le pire, c'était de se rendre compte de ce qu'il faisait et il cessa dès que son cerveau eut fini d'assimiler l'information. Non seulement c'était con mais en plus c'était absurde. L'ongle de son pouce ne put s'empêcher de lisser son sourcil, cependant, et Sakanaction eut tôt fait de passer à la chanson suivante quand l'opérateur téléphonique décida d'envoyer à Pénélope son dû.

« Il a craqué. »

Trois jours.
À dire vrai, il lui en voulait d'être déjà prêt. Lui avait beau gonfler ses poumons de tout l'air de Floride pour être certain que son airbag soit efficace le moment venu il partait avec un airbag troué, le savait, et tout l'air finissait par se foutre le camp. Il ne se savait pas si couard et s'en rendit compte lorsqu'il décida de faire tout le tour de l'établissement pour passer de l'autre côté sous prétexte que le chemin était plus long. Il ne dévia pas de sa trajectoire et passa par les toilettes pour y jeter son chewing-gum. Il détestait les chewing-gum, il l'avait apprit très tôt, s'en souvenait, et se constatait incapable de lui causer du tort en face.
Il souriait mais en vrai, il se sentait minable.
En fait il ne souriait pas vraiment mais c'était tout comme, Salvatore ne faisait pas vraiment la gueule, c'était juste sa tête de base. Et après il étirait les lèvres et ça donnait ça. Quand il enlevait les écouteurs pour pouvoir entendre à nouveau les bruits autour de lui, au moins, ça donnait ça.
Il remonta tout le couloir et n'hésita pas devant la porte comme il l'avait imaginé, comme on aurait pu le croire à l'intérieur. Il était étonnamment serein. Rongé partout, déjà mort depuis longtemps, mais serein. Il entra sans fléchir parce qu'il s'était dit tout le long de la route qu'il n'y arriverait pas une fois à l'entrée de la salle et qu'il faudrait qu'il se fasse violence et juste pour le plaisir de se contredire il y était arrivé du premier coup, sans aucune hésitation.

Les mains sont faites pour frapper ? Ça alors, moi qui avais toujours cru qu'elles ne servaient qu'à fister.
Et cette voix, putain.
Non.
D'abord la voix, ensuite le cynisme.
Et s'il y avait bien quelque chose qui lui avait échappé, c'était son visage. Il put constater, au moment où son œil s'égara sur lui, qu'il n'avait en rien oublier ce qui faisait son grain de peau. Les détails qui rendaient ses yeux pétillants et ses fossettes adorables. Sa pomme d'Adam qu'il pouvait vouloir cacher à loisir mais qui le trahirait toujours. Sans un mot il leva les yeux au ciel, fit demi-tour et referma la porte derrière lui. Une entrée en scène brève, mais suffisante pour garder le contrôle une seconde. Il avala sa salive à l'abri de son jugement une dernière fois et frappa à la porte le plus calmement du monde.

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Cela lui donnait le temps de s'asseoir à demi sur la table ou se trouvait le vidéo projecteur moins d'une heure auparavant. Une heure où il s'était fait convenablement chier mais où au moins, il était sûr de ce qu'il racontait. Il inspira à nouveau, soupira avec aussi peu de conviction et hésita sur la marche à suivre. Lui dire d'entrer ferait impérieux, aller lui ouvrir serait simplement ridicule, il l'accueillait dans une salle qu'il connaissait, pas chez lui comme un ami ou un vendeur d'assurances.

_ Je t'en prie.

Oui je t'en prie. Bonne introduction, car il n'aurait ne cesse de le répéter, encore et encore. Je t'en prie. Il y avait tellement de choses dont il le prierait.

_ Assied toi, je t'en prie. Encore.

Sa gorge était sèche, rêche de débiter des banalités et des conneries. Ce n'était pas vraiment le moment de faire des manières pour des choses sans importance mais c'était ce qu'il faisait, parce que c'était ce qu'il faisait toujours et que c'était encore la manière d'être qui lui était le moins pénible dans ce genre de moments. Ce genre de moments... comme si il y en avait eu beaucoup avant pour que cela devienne un genre à part entière. Non, ce moment c'était ce moment, il était inédit, premier et dernier, et il ne connaissait ni son fonctionnement ni la marche à suivre pour le réussir. Ce n'était ni une scène répétées encore et encore ni une performance, c'était ce moment là et rien d'autre. C'était effrayant.

_ As-tu envie de- Es-tu prêt à m'écouter ? Je ne sais pas pour combien de temps j'en aurais.

Je ne sais même pas ce que je vais te dire.

Il ne se cacha pas pour soupirer devant la maladresse de ses mots, pour mordre à sa lèvre ou passer une main sur son visage. De toutes façons cela se voyait, cela ne pouvait que se voir, qu'il n'était pas bien, qu'il n'allait pas bien. Il ne se pensait pas suffisamment bon comédien pour le cacher bien longtemps. En réalité, il l'était, personne n'avait rien remarqué, il n'avait laissé aucune piste, aucun fil à tirer pour comprendre d'où venait son désir soudain de mutation, ses regards insistants sur les derniers rangs lors des quelques cours qu'il avait donnés dans l'amphithéâtre... Il sous-estimait ses talents de dissimulateur. Il y avait une infinité de barrière autour de son coeur et il aurait beau en faire tomber une, deux, dix, vingt ou cent, il aurait toujours l'air aussi sûr de lui, aussi désespéramment lui-même.
Salvatore Kimimichi
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Mémoire vive.
Alors s'il lui en priait, qu'il lui en prie. Qu'il continue de lui en prier encore longtemps, ça lui faisait une belle jambe de se faire prier maintenant, maintenant qu'il n'avait plus rien à prouver et qu'ils n'étaient toujours pas égaux. Descendre de l'estrade n'était pas suffisant, il fallait croire, il l'avait apprit à ses dépends et ses prières étaient vaines désormais. Stériles et vaines. Alors il pouvait le faire, oui, il pouvait. Cette fois il était chez lui.
Il s'approcha de lui presque à contrecœur. Aurait secrètement adoré lui donner tort en restant debout ou en allant se terrer au fond de la salle, comme à son habitude. Au lieu de ça il se contenta d'obéir. Trouver un bureau à un bureau d'écart du sien, tirer la chaise dans un raffut tout relatif parce qu'il ne se contenta pas de la traîner sur le sol mais de la soulever pour la laisser tomber plus loin, avant de s'y installer. D'écouter ce qu'il avait à baragouiner, parce qu'il n'y avait que ce mot, vraiment, y être bien plus attentif que ce qu'il laissait voir tandis qu'il sortait son téléphone de sa poche, qu'il faisait fermer sa gueule à... à peu importait qui était en train de s'égosiller dans ses écouteurs avant de tout déposer sur la table et de croiser les jambes. Le buste à l'avant bientôt redressé, calé dans le dossier. Pas un sourire, pas un pli sur son visage. Pour un peu il semblait éteint. Mais ça aurait été trop beau.

- Non.

Ni à t'écouter, ni à t'entendre, ni à te voir. J'en ai ni l'envie ni le besoin, présentement, et puis de toutes façons j'aurai tellement à dire qu'il me faudrait vivre plusieurs vies pour en finir un jour. C'était bien plus facile quand il n'avait pas à souffrir sa présence ici. Il comptait sur le fait qu'il sache, tôt ou tard, qu'il était arrivé, qu'il l'avait trouvé, pour préparer cet instant. C'était bien. Maintenant il allait le prier.
Son téléphone s'alluma et ses yeux se portèrent immédiatement sur lui. Pour lui qui avait l'air de le connaitre sur le bout des doigts il saurait quelle était la personne à pouvoir lui faire décrocher le regard de lui aussi facilement.

« Tu sais que t'es le plus fort otouto-kun. »

Et l'encre de ses iris vint l'engluer comme un oiseau dans le mazout.
Il sembla que ce soit un sourire, ça.

- J'ai été difficile à retrouver ?

Il connaissait déjà la réponse. Tout le monde la connaissait, Saerbhreathach lui-même savait que c'était une question rhétorique mais s'il la posait il lui répondrait parce que contrairement à ce que beaucoup pouvait penser, lui était un homme d'honneur contrairement à Salvatore. Ce n'était pas bien difficile de lui accorder le bon Dieu sans concession, à Monsieur Parfait, et peu importe qu'il soit sorti de la cuisse de Jupiter ou d'une fleur de trottoir. Il était Monsieur Parfait, il le savait, il n'avait rien à craindre. Si monsieur Kimimichi faisait déraper sa langue, il n'y aurait qu'à sonner le repli des troupes pour le moment, quoi, quatre jours, avant de passer à l'offensive finale. Mais là, il était chez lui. Et il allait en falloir, de la foi et du talent, pour lui faire lever son cul de ce siège.

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Pas qu'il ne s'y attendait pas, mais ça faisait mal quand même.
Il l'avait tellement rêvé, tellement attendu, espéré, répété, fantasmé, ce moment juste entre eux et eux, il avait tellement souhaité autre chose. Mais c'était logique, c'était la dure réalité et c'était sans surprise qu'il se la prenait au visage, la vilaine morsure, sans surprise aussi douloureuse soit-elle. Le plus douloureux c'était encore la chape de plomb qu'elle avait coulé dans sa gorge, qui semblait retenir tous ses mots dans les coulisses de sa bouche, incapable de les propulser au delà. Le plus douloureux c'était les cordes vocales toutes rigides, la boule de pierre juste derrière le coeur qui lui enfonçait les poumons à chaque déglutition, l'agrafe qui broyait le bas de la colonne vertébrale, le mal de la statue, comme il se plaisait à en parler pour les autres. Les blessures qu'on ne voit pas et il avait mal, ça ne se voyait pas mais il avait mal, depuis des mois, mais ce mal là n'est pas impressionnant, on ne le montre qu'avec des mots et Salvatore ne voulait pas l'entendre.

_ Non, mais je voulais te retrouver seul. C'était... important. Je trouve.

Ce n'était pas du plomb, c'était de la pierre. Des couches et des couches de roches accumulées sur des millions et des millions d'années, ce même genre de roches où les élèves de SVT vont étudier les érosions des différentes couches sédimentaires. C'était cela, qui bloquait sa gorge, qui ne laissait passer que quelques mots maladroits, pas ceux qu'il voulait dire, pas avec le ton qu'il voulait employer, impersonnels parce que si il cherchait à donner une intonation, il allait détruire des milliers d'années de roches sédimentaires accumulées et tout serait de nouveau noyé. Il ne fallait pas que cela arrive, il avait trop pleuré, il l'avait trop fait seul jusqu'à vouloir en être incapable devant lui. Il voulait pouvoir lui dire exactement ce qu'il pensait. Il avait répété cette scène des dizaines de fois, dans sa cuisine, sa chambre, son salon ou sous la douche : ce n'était pas toujours réussi. Cette fois était sans conteste la pire.

_ Du coup tu n'as... pas lu une seule de mes lettres, n'est ce pas ?

Il était de trop, n'est-ce pas, car c'est là dessus que tous les élèves du cours de SVT furent engloutis sous des gravats et des litres et des litres d'eau. Tous broyés, noyés, et dès qu'il rouvrirait la bouche, sa voix ne ressemblerait plus à rein, broyée et noyée, trempée et douloureuse comme son dos, son ventre, ses os et la pierre derrière son coeur. Elle ne ressemblait déjà plus à rien, elle ne ressemblait plus à la voix d'Aidan Saerbhreathach et il ne se ressemblait plus non plus, déjà, et Salvatore, le reconnaîtrait-il ?

_ Pardon. Pardon Salva, pardonne-moi, je t'en prie, je t'en supplie et je te le redemanderai autant de fois qu'il le faudra, pardonne moi s'il te plait. Je voudrais... j'aimerais pouvoir te dire que si tu refuses, j'insisterais pas et tu ne me reverras plus jamais mais j'en serais pas capable et ce serait te mentir et de toutes façons je suis là, je suis venu parce que je t'ai déjà demandé pardon mille fois dans mes lettres et tu m'as jamais répondu alors je suis là parce que je suis venu le chercher ton pardon. Je sais qu't'as pas à me pardonner, pas la peine de le dire, je le sais, rien ne t'y oblige je le sais que c'est moi l'enculé dans cette histoire, c'est encore moi l'enfoiré qui revient te pourrir alors que t'as sans doute plus envie de me revoir, jamais, mais y'a que toi qui peut me soulager. C'est terriblement égoïste ce que je dis, je suis désolé, mais j'en peux plus de souffrir à cause de toi, j'en peux plus d'avoir mal de t'avoir fait du mal et t'en as pas profité, pardon, mais tu m'as déjà fait tout le mal que tu pouvais me faire Salva et je me suis fait mal de t'en avoir fait, t'imagines pas à quel point. Si, sans doute que tu imagines non même tu sais, je suis désolé de dire toutes ces conneries mais je voudrais que tu saches que tu vois combien je souffre, si je pouvais je te montrerais, j'arracherais tout à l'intérieur et tu verrais et je sais que tu me croirais alors crois moi. Je voulais pas que ça se passe comme ça, je suis tellement désolé, j'ai cru faire pour le mieux et j'ai fait de la merde et là j'dis encore de la merde, je pouvais pas tu vois je sais qu'on a toujours le choix mais je pouvais pas te garder avec moi et je pensais que si tu partais alors tout serait réglé je serais plus ton prof et ça serait allé, pour le mieux, aha, quelle connerie. J'ai été un gros connard et je me répétais que c'était pour le mieux pour nous deux tu sais pour me déculpabiliser mais ça a jamais marché j'ai tout de suite su que c'était une connerie, pourquoi t'es pas venu me trouver avant de partir, si tu l'avais fait je serais pas là à te chialer sur les bras peut-être mais je peux pas, je peux m'en aller avant que tu m'ais envoyé chier et même encore je crois, je reviendrais. J'en peux plus de toi de rêver de toi de penser à toi et de répéter encore ça là, cette espèce de je sais pas quoi qui ressemble plus à rien que je m'étais répété encore et encore ce que je te dirais. C'est comme une échéance affreuse qui empêche tout, comme faire des projets pour dans cinq ans alors qu'on va mourir dans trois j'arrive plus à regarder au delà de maintenant et maintenant c'est maintenant, j'ai rêvé que je ferai ma vie avec toi Salva, j'ai rêvé qu'on irait à Istanbul manger des loukoums et que je te montrerais là où j'ai fait mes études en France aussi j'ai rêvé que tu serais avec moi quand j'irais le matin pour les cours ou le soir quand je rentrerais et qu'on se ferait des soirées devant la console en bouffant McDo j'ai rêvé de tant et tant de trucs que ce serait un enfer à raconter tous mes rêves passent par maintenant. Je te demande pas de venir avec moi à Istanbul ou en Bretagne ni de m'attendre le soir ni de bouffer McDo tout ce que je te demande c'est pardon Salva alors je t'en prie pardonne moi j'ai plus de projets et plus mes rêves après, ma vie elle s'arrête maintenant alors je te demande pardon et je t'en supplie, si tu me laisses une seule chose laisse moi ça.
Salvatore Kimimichi
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Ses jambes se décroisèrent et il donna un violent coup de pied à la table.
Il ne se serait pas étonné de s'être cassé un orteil ou deux avec ça mais le jeu en valait la chandelle. S'il pensait pouvoir finir sa phrase tranquillement sans qu'il ait son mot à dire là-dedans il se fourvoyait au-delà de l'imaginable. Jamais il ne s'était senti si insulté. Personne, jamais, ne l'avait traité aussi grossièrement.
Jamais.
Un mot qui résumait bien toute la situation.

- Te laisser quoi, exactement ? Tes rêves ? Ta vie future ? Tout ce qu'il pourra y avoir après maintenant ?

C'était sec, c'était dur, ça ne faisait pas du bien mais rien de ce qui se dirait dans cette salle à cet instant ne ferait de bien. Rien et jamais, ils pataugeraient dans la joie, il le savait. Mais il n'avait que trop attendu pour se taire et l'écouter baver tout ce qu'il avait à baver, ou alors il n'avait pas assez entendu, il était sans doute trop tard pour y réfléchir convenablement. Pas le temps d'y penser non plus, mais il savait que s'il regardait en lui il ne verrait que du vide. Pas de mot, pas de sentiment, pas d'émotion. Le vide. Pas un vide blanc et paisible. Un vide noir et gluant.

- Qu'est-ce que tu m'as laissé, toi, exactement ? Les meilleures parties de jambes en l'air de l'existence en souvenir ? Un bagage certain pour mon avenir ? Dans ton putain d'égoïsme tu as pensé une seule seconde à ce que j'allais devenir ? Quand tu t'es sorti les doigts du cul pour te rendre compte que t'avais fait de la merde, ça t'a traversé l'esprit un instant que moi j'avais plus rien et que jamais plus j'aurai de chance de m'en sortir ? J'avais rien et le peu que j'ai eu tu me l'as sucré pour ton confort, « parce que c'était la meilleure solution », tu les as payé combien à l'administration pour qu'ils trouvent de quoi me renvoyer la queue entre les jambes chez mes parents ? Tu as entendu leur excuse ? Ça t'a fait marrer j'espère ?

« Un passé trop chargé ». Lui s'en souviendrait toute sa vie.
Pour Aidan c'était la meilleure solution et pour lui c'était l'anéantissement de tous ses espoirs de mieux. Chacun était juge.

- J'avais déjà rien et tu m'as tout pris. Mon avenir, mes espoirs, ma dignité, t'as tout écrasé avec le six tonnes de tes costumes et de ton estrade et tu viens me rendre les miettes la fleur au fusil et le chagrin dans les yeux.

Il était à bout de souffle à vrai dire. Respirait mal. Inutile de préciser que la scie dans sa voix servait à ronger les os, pas à découper la chair, mais il fallait bien ça avant de pouvoir l'abîmer. Il n'avait pas la moindre idée de comment y parvenir, s'il le pouvait seulement. Il ne savait pas s'il mentait ou s'il était honnête. Il ne savait pas si la notion de confiance pouvait exister entre eux. Il ne savait pas grand-chose et tout lui échappait. Ses larmes et l'éboulis de sa fierté qui venait, tout penaud, se glisser à ses pieds. Il se surprit à ne pas vouloir lui faire confiance. Plus que ça, il ne voulait pas le laisser parler. Sa voix lui faisait mal.

- J'ai toujours pas mon mot à dire. Tu peux demander pardon mais moi j'aurais rien parce que j'ai rien demandé. J'ai rien à dire. Je sais pas quoi dire.

Mais je n'ai aucune envie de t'entendre parler. Tu n'imagines pas à quel point l'idée me révulse et me retourne le cœur. Tu n'imagines pas tout ce qui se passe en moi parce qu'il s'y passe tellement de choses qu'il n'y reste que le vide. Tout s'effondre. Petit à petit chaque rempart, chaque construction aussi rudimentaire et archaïque soit-elle disparaît dans un écran de fumée et je suis là à ne pas te quitter des yeux un instant, que tu me sentes ici, que tu saches que je suis là, que je ne suis pas un fantôme. Tu as cru beaucoup de choses et tes croyances ont été esquintées, j'en suis navré, les miennes ont été pulvérisées. Je ne veux plus croire pour ne plus souffrir comme j'ai pu souffrir. Certainement pas en toi. Ne vas pas me faire m'apitoyer pour ça, j'ai tellement de peine que je n'arrive plus à pleurer.
Tout ce que je sais, c'est que je dois t'interdire de parler.

- Mais je ne te laisserai aucun répit. Tu as demandé à me voir, tu me vois, et parce que tu as été con tu ne m'as pas choisi muet alors tu vas m'entendre. Je suis en colère. Je l'ai rarement été plus que cela, tu vois, parce que personne ne m'a touché comme tu m'as touché. Nous sommes adultes et je devrais ranger ma haine de côté mais tu n'as pas rangé tes pleurs alors je ne rangerai rien non plus. Si tu le permets.

Et tu vas le permettre. Tu vas le permettre parce que tu permettras chacune de mes décisions dans cet état. Si j'étais Salvatore Kimimichi, je serai heureux de le comprendre parce que je suis fin manipulateur et doublement heureux de chercher comment l'utiliser à mon avantage parce qu'il n'y a que mon avantage qui m'intéresse. Mais le fait est que je suis Salva. Ça change beaucoup de choses.

- Aidan Saerbhreathach.

Je prononce ton nom pour la dernière fois avant notre prochaine rencontre, pour que tu sois sûr que je reconnais. Ce ne sera pas bien long, tu as tenu trois jours.
Je sais l'écrire, aussi. Je l'ai appris pour que tu me remarques mais ça n'a jamais vraiment servi, tu n'as pas eu l'occasion de le voir.
Je n'ai jamais été aussi haineux de toute ma vie. C'est étrangement calme, la haine. Pas de cri, pas de pleurs, pas de tremblement, de tic nerveux. Ce n'est plus de la colère. C'est bien plus intense que ça. Ça ne disparaît pas comme les colères fulgurantes. Ça cicatrise pendant longtemps.

- J'ai voulu les brûler. Tes lettres. J'ai bien failli brûler la première en tout cas. J'avais le briquet dans les mains j'ai vu la flamme embrasser le papier et j'ai pris un des linges humides que ma mère me faisait monter parce qu'elle me pensait malade alors qu'en fait je ne voulais pas sortir de ma piaule tellement j'avais honte, j'ai pris un de ces linges je l'ai jeté sur le feu et ça l'a éteint. C'est la seule qui se soit jamais ouverte, et c'est parce que j'ai voulu la détruire. Elles ont toutes ton odeur.

C'est si facile, de parler. Étonnamment facile.
Il voulut commettre l'affront ultime en sortant un masque de sa poche, un paquet de mouchoirs de l'autre poche, et garder le premier pour lui et lui donner le second. Il n'avait pas de confiance, mais il avait toujours du respect. Ses yeux étaient noirs et ses orteils douloureux, mais il était le plus adulte des deux maintenant.

- Je ne sais plus quoi dire. Je ne sais plus.

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Chacun de ses mots venait enfoncer sa cage thoracique. C'était glacé et incisif comme la lame d'un scalpel et ça découpait et décollait ensemble la chair et la peau, un médecin fou qui aurait voulu mettre ses organes au jour par tous les moyens, creuser un trou pour voir ce qui pulsait là dessous. Sans doute pas grand chose d'intéressant en vérité, car tout ce qui battait, tout ce qui vivait avait déjà quitté sa poitrine, tout était dans sa bouche et dans sa gorge et tout ça ne demandait qu'à être vomi, pleuré, craché, jeté à bas de son corps, à bas de lui et il ne faisait que répéter pardon, demander pardon, implorer, supplier et ça en était pathétique. Ce n'était pas ça qu'ils avaient envie d'entendre, ni l'un ni l'autre, mais c'était les seuls mots qui arrivaient à franchir ses lèvres, les autres avaient été noyés.  

_ Je sais je... connais ces mots je me les suis répétés souvent, tous les jours peut-être.

Dans ma tête. Et maintenant ils sont là, dans l'air entre nous deux, une fosse pleine de mots hérissés au dedans et je suis au bord, entre reculer et tomber il y a quelque chose, dis ? Jusqu'à quel point faut-il avoir la foi pour traverser, dis ?

_ Tu comptes essayer de me détruire à ton tour ? Avec ça ? Il en faudra plus, crois moi, parce que je suis venu pour toi et j'entendrais tout ce que tu diras tout ce que tu auras à me dire, je prendrai tous tes mots et je les mettrai dans mon coeur et ils me feront vivre jusqu'à ce que je te vois à nouveau et jusqu'à ce qu'ils soient tous pardonnés. Je ne ferai pas de bruit je te le promets je serai comme ton souvenir en plus vivant je me contenterai de m'excuser encore et encore et de m'excuser si c'est déjà trop et dis moi si ça l'est.

Ce serait trop, c'était trop, il était déjà de trop. Il essuya ses yeux de ses mains, ses mains de rien du tout alors elles restèrent mouillées. Il avait envie d'en faire quelque chose mais elles auraient été malvenues où qu'elles aillent se poser, il les garda contre ses cuisses, pris en faute et essuya encore les larmes qui coulaient de ses fautes. Il ne hoquetait pas, il n'avait pas le nez qui coulait, lui, il pleurait simplement comme un être humain n'est pas sensé pleurer, juste comme si c'était un trop plein d'eau dans ses yeux rouges et les oscillations de sa voix seules disaient les larmes. Elles n'étaient que de l'eau qui ruisselait sans bruit.

_ Je sais ce que j'ai fait, ce que je t'ai fait et je sais aussi que tu ne me fais pas confiance que tu ne m'en feras peut-être jamais maintenant mais je veux réparer ce qui peut l'être, remplacer ce qui peut l'être aussi parce qu'en fin de compte c'est bien plus à toi qu'à ma place de prof que je tiens Salva je m'en fiche de ce qui peux bien me tomber sur le coin de la figure je te donnerai tout ce qu'il te faudra, je serai tout ce dont tu auras besoin laisse moi t'aider et t'aimer aussi, je t'en prie. Prends le temps qu'il te faudra, prends tout ce que tu voudras je t'en prierai encore et dis moi si tu veux bien encore de moi.
Salvatore Kimimichi
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Mémoire vive.
Je serai comme ton souvenir en plus vivant.
Si tu es vivant ce n'est plus un souvenir. Si tu es vivant c'est une réalité, une réalité souterraine si tu veux mais une réalité, une présence, tapie bien à l'abri avec ses yeux rivés sur sa cible et ce n'est pas ce qu'on appelle un souvenir. Un souvenir c'est léger, quand ça ne l'est pas c'est un fardeau, une mathématique concrète et simple, quelque chose à la portée de n'importe quel sombre abruti, tout le monde pouvait le comprendre et c'était à croire qu'il le faisait exprès. Il lui en aurait voulu de jouer avec lui ainsi, il lui en aurait voulu s'il ne l'écoutait qu'à moitié mais le fait est qu'il l'entendait, qu'il l'entendait très bien, et pire que tout il le comprenait. Il pouvait lui trouver tous les travers du monde. Ni son ventre ni sa tête ne lui accorderait de crédit là-dessus. C'était pourtant évident.
Il ne se cacha pas lorsqu'il mordit sa lèvre. Lorsqu'il se mit à la suçoter sagement en attendant qu'il ait fini. Pourtant les duels n'étaient pas des difficultés pour lui, il savait parler. Quand il commençait il savait où aller, il savait quoi dire. La rhétorique n'était pas obscure et il le savait, c'était tout ce qu'il savait. Mais là rien. Le même vide qu'en lui au-dehors et la sensation que le bureau d'écart était nécessaire mais handicapant. Il pensait que c'était une zone de sécurité, il l'avait placé sur un coup de tête et mal lui en avait pris. Il aurait aimé pouvoir se replier. Renoncer et se lever, partir. Renoncer pour de bon et chercher un endroit dans lequel il pourrait l'oublier, s'oublier tous les deux, qu'ils ne se retrouvent plus jamais. Devant lui une ruine de trente bons centimètres de plus que lui, un champ de Mars et sa propre dépouille. Ce que c'était réconfortant.

Il pensait à tout ce qui pouvait l'éloigner de lui, mais force est d'admettre que cette pièce leur appartenait. Un peu trop. Il avait tourné la tête pour ne plus le voir. Pour brimer ses yeux de le dévorer comme il n'y a pas un an. Il avait tourné la tête vers le fond de la salle et se revoyait côté escalier de son amphithéâtre, A12, mais pas tout à fait au bord. Juste assez serré pour laisser une place, juste au cas où. Au cas où le prof ait la délicieuse envie de s'installer à côté de lui, tout au fond de son propre amphi, alors qu'il ne regardait jamais au fond. Ce qu'il fallait être con franchement. Ce qu'il fallait être con et d'autant plus con qu'il n'avait jamais eu la moindre chance. Un malheureux concours de circonstances. Si son nez n'avait pas saigné, s'ils ne s'étaient pas croisés, s'il n'avait pas été cultivé, il n'y aurait jamais eu le moindre espoir, jamais, jamais, et il a fallu qu'on le lui serve son espoir. Sur un plateau d'argent. Il se maudissait.
Il maudissait sa peur, et il maudissait son impuissance.
Il maudissait sa position et recroisa les jambes. Son gros orteil le remercia de la brutalisation.
Il maudissait sa torsion et croisa les bras.
Il maudissait ses bras croisés de froisser sa chemise et maudissait ses cheveux de le démanger à ce point. À ce rythme il lui faudrait se raser le crâne d'encore plus près et il était à peu près certain qu'il n'aimait pas les chauves. Et puis qu'est-ce que ça pouvait faire qu'il aime les chauves ou pas, il pouvait aimer tout ce qui se trouvait sur Terre qu'il ne l'aimerait pas lui c'était faux ça, c'était faux. Il mentait comme il lui avait menti, comme il lui avait caché ses intentions, c'était prémédité, qu'il l'avoue, c'était son but depuis le début, comment commettre une faute aussi basique sinon ? C'était décidé à l'avance, c'était calculé, il savait ce qu'il faisait il ne le savait que trop bien et lui était tombé dans le piège comme le pauvre idiot qu'il était
qu'il se taise nom de Dieu qu'il la ferme il ne le supportait plus
il ne le supportait plus.

- C'est trop.

C'est tellement trop que sa voix se brisa. Elle se brisa tellement que s'il avait voulu ajouter immédiatement quelque chose il n'aurait physiquement pas pu. Sa vue se troubla et il ravala l'eau renégate d'une simple respiration. C'était trop oui, c'était beaucoup trop, et il était temps de se lever et de partir mais non. Non. Parce qu'il l'avait en face de lui et que sa voix, même éteinte, l'asseyait et l'enfonçait. C'était fou ce qu'on pouvait faire faire à un être humain plus faible que soi. Pénélope avait beau dire, il ne valait rien face à lui. Il ne valait rien du tout.
Sur son téléphone, le son coupé n'empêchait pas les chansons de défiler. Wicked Game. Quelle blague.

- Lève les yeux.

Je veux les voir. J'ai besoin de les voir.
Il m'ont tant manqué.

- Tu es revenu en temps que professeur ici. Tout le monde me connait ici, tu aurais pu me trouver en ville, choisir un autre rôle que celui-là. Tu aurais pu...

Ne pas être fidèle à toi-même. Rien qu'une fois. Ne pas être aussi parfait. Ne pas être toi. C'était de la torture.

- Tu m'as retrouvé.

Je ne sais pas quoi dire tellement je suis plein de vide.

- Tu peux me donner un avenir ?

C'est tout ce dont j'ai besoin. Tu seras libéré de ton poids quand je l'aurais dissous, j'en ai le pouvoir, et tu pourras regarder l'horizon et le savoir encore loin et plein de promesses. Moi j'ai un mur en face. Un mur qui s'éloigne petit à petit. Lentement. Je ne vois rien de plus sinon mes bras, le bureau et ton visage. Je vois ton visage et mon cœur se serre un peu plus à chaque fois. C'était trop, bon sang, et sa gorge implosa pour ne plus avoir à faire sortir un son de lui. Il ne savait même pas ce dont il avait besoin.

- Je ne veux pas de dettes. Je ne veux pas de ton aide et par pitié je ne peux pas avoir ton affection. Je ne peux plus. Arrête de croire que tu sais, tu sais autant de choses sur moi que j'en sais sur toi, arrête de croire que tu sais et regarde-moi dans les yeux. Je t'en supplie regarde-moi dans les yeux et dis-moi que tu m'as menti.

Tu ne m'as jamais aimé. Je veux le croire. Brise l'espoir une bonne fois pour toutes, parles, dis-moi que j'étais dans l'erreur, dis-moi que j'ai été idiot mais par pitié, je t'en conjure, dis-moi que c'est faux.

- Ne me parles plus de promesses, ne me prie pas, je ne suis pas un saint. Mais bordel pourquoi tu es revenu ? Pourquoi ? Pourquoi tu me prends au dépourvu comme ça ? Pourquoi insister pour me voir et être aussi conciliant si c'est pour me poser un ultimatum pareil au bout du compte ?

Un hoquet. C'est là qu'il se rendit compte qu'il tremblait.

- T'en as pas eu assez ? Qu'est-ce que j'ai fait pour que tu viennes me chercher jusqu'ici ? Réponds-moi ! Pourquoi ? Pourquoi tu ne m'as pas dit qu'il fallait trouver une solution avant la fin de la semaine ? Pourquoi tu m'as caché ce que tu voulais faire ? Pourquoi tu as accepté si tu savais où ça risquait de t'emmener ? Pourquoi tu ne m'as rien dit ? Pourquoi tu éludais mes questions ? Pourquoi ? Tu m'as tué une fois, tu as été si important pour moi que quand tu m'as viré je me suis senti mourir. Non, t'étais pas important, tu étais ma vie. Et quand tu n'es jamais revenu c'est ma vie qui n'est jamais revenue et j'ai cru que j'allais y rester parce que quand on prive quelqu'un de sa raison de vivre, de ce qui le maintient ici, il s'éteint à petit feu mais je sais que tu le sais, tu sais tout, t'as sans doute toujours tout su. Moi j'l'ai su quand t'es pas venu me voir pour me dire en face pourquoi tu n'avais pas été honnête mais ça tu vois je m'en fous maintenant, j'ai compris tout seul. Mais maintenant t'es là et je me reprends toute ma vie dans la gueule. T'es jamais tendre. T'aurais pu me laisser te regarder, te reconnaître, voir celui qui est devenu mon cœur agir comme je l'ai toujours vu agir et au lieu de ça tu me craches au visage tout ce que je sais déjà et tout ce que j'aurais aimé oublier parce que ça fait trop mal putain, c'est trop lourd tu comprends ? J'ai mal de te voir, j'ai mal de te savoir ici j'ai mal de ce que tu me dis et j'ai mal de t'avoir fait mal, bordel on est malades quand même, on se fait mal et on continue à se faire mal mais ne t'inquiète pas Aidan parce que je te pardonne, ne t'inquiète pas je vais te pardonner, je te jure de te pardonner si tu me jures que plus jamais, plus jamais tu ne me tueras.

J'en reviendrai pas la prochaine fois. Je ne suis pas assez fort pour ça. J'ai trop peur.
Il renifla.

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Et il y avait cette table entre eux et rien que pour ça il aurait renoncé. Il voulait le prendre contre lui mais il faudra faire le tour et faisant le tour il serait maladroit et ce n'était pas l'heure d'être maladroit. Ses bras avaient envie de se croiser, de lui apporter un peu de confort de réconfort de protection là où il était si mal là où il avait si mal mais cela aussi cela aurait été maladroit et il préféra la maladresse de ses jambes à celle de ses bras. Il mangea l'espace entre eux bien plus vite qu'il ne l'aurait cru, peut-être parce qu'il ne le voyait pas, peut-être parce qu'il ne voyait que lui, il aurait pu y avoir n'importe quoi dans cette salle qui'il n'aurait vu et regardé que lui, il aurait passé n'importe quel obstacle, il était passé au delà de la crevasse.

_ Et oui j'aurais pu, j'aurais pu faire tout ça et j'ai fait autrement autre chose peut-être pas grand chose de bon et c'est jouer sur les mots mais je ne t'ai jamais menti, parce que je ne t'ai jamais rien dit, ce que je te dis c'est que je t'aime et je peux te le promettre. Je te le promets.

Et maintenant quoi, ils resteraient là, malades comme il disait, à se regarder, à chercher dans les yeux le visage dans le pli de la bouche de l'autre le mensonge ou le mépris. Non, il n'en voulait pas de ça, il ne voulait pas l'examen méticuleux qui le ferait forcément coupable, parce qu'il se sentait coupable et que même avec son honnêteté il était coupable de ne pas savoir comment la montrer. Il avait envie de le prendre contre lui et de le serrer, de le serrer si fort qu'ils en mourraient tous les deux, le cacher contre lui, en lui, au delà des mots de la peau et il sentirait tout de lui la pierre de son coeur, les battements de ses poumons et les roches sédimentaires sous les flots de sa gorge, il le sentirait comme la grande volière qu'il était tout entier, la grande volière de métal toute pleine d'oiseaux blessés à force de se débattre et qui se débattaient encore de chercher une sortie. Il avait envie de le prendre dans ses bras, ne savait pas comment le faire, alors il le prit dans ses bras et il le serrait comme si tout s'écroulait et les tempêtes pourraient hurler et le monde se déchaîner autour d'eux qu'il ne le lâcherait jamais plus jamais.

_ Pardonne-moi, pardonne-moi alors si c'est ta seule condition parce que c'est la seule que je pourrais promettre je n'aime pas les promesses ni les toujours ni les jamais mais je te promets Salva et c'est une promesse pleine de jamais et surtout pleine de toujours.  

Je crois. J'espère.

_ Pardon. Pardon mais je ne voulais pas t'oublier.

Il parlait près de son oreille, penché qu'il était sur lui, ou peut-être simplement à ses cheveux, il ne savait pas trop, il avait fermé les yeux et il entendait ses mots amoureux qui ne devaient sans plus être qu'un murmure amoureux à se frayer un chemin entre ses lèvres amoureuses. Il était amoureux et si la naïveté du terme l'effrayait il n'y en avait pas d'autre, dans la langue humaine du moins et peut-être bien que ses baisers dans ses cheveux et ses caresses dans sa nuque n'étaient pas humains tellement il était hors de sa personne ou peut-être sa personne, la vraie, celle qu'on terrait au fond de soi derrière les remparts de politesse, les murs des langues, les barrières de la peur et il n'y avait plus ni politesse ni langue ni peur il ne restait que ce qu'il restait, une fois tout cela enlevé.

_ Je t'aime Salva.

C'était pitoyable de banalité, voilà ce qu'il s'était toujours dit. Il y en avait eu et il y en avait encore des milliers des auteurs, des chanteurs, des poètes pour dire l'amour mieux et encore mieux et lui n'avait rien trouvé de mieux, il était prof de littérature bon sang. Il avait voulu lui dire ce qu'il ressentait, être honnête, enfin, ce qu'il ressentait c'était un énorme monstre blanc comme un énorme vers qui remontait à l'intérieur de sa cage thoracique en faisant disparaître tous ses organes sur son passage, mais il l'aimait et l'aimait voulait dire qu'on ne disait pas ce genre de choses à la personne que l'on aimait. A l'être aimé on ne disait pas qu'il nous faisait l'effet d'un énorme vers dans le corps.
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Mémoire vive.
Il avait le pouvoir de voler les voix.
Il ne savait pas vraiment s'il était si faible qu'un tel pouvoir ne pouvait fonctionner que sur lui, s'en moquait bien, puisque le fait était qu'il fonctionnait. Au-delà de toute espérance.
Il le serra contre lui et il n'eut d'autre choix que le serrer contre lui en retour. Attraper sa nuque de deux doigts et la forcer à rester contre lui, faire ployer l'échine juste assez pour qu'il ne soit pas dans une position confortable et surtout, surtout ne plus bouger. Qu'ils aient mal ensemble.
Il ne prit conscience de ses larmes qu'après coup. Il n'y avait rien à dire alors elles parleraient à sa place, et l'obus qu'il avait dans la gorge l'encombrait au moins autant que ses mots dans sa tête. Il chouinait pour ne pas avoir à se moucher devant lui, pour ne pas faire trop de bruit non plus, plissait les yeux pour éviter de cracher trop d'eau et pour ne plus le voir. Quelque part, tout allait bien. Sa chemise se froisserait, mais contre la sienne et ses bras n'y seraient pour rien cette fois. Ses yeux étaient rouges or la fumée de la clope n'y était pour rien et ses vêtements sentaient toujours bons. Aidan avait mal, et c'était à cause de lui. Il avait mal devant ses yeux et ne pourrait pas le cacher. Il souffrirait et il serait certain que ça serait de sa faute. Tout ce qui lui faisait défaut, c'était sa voix. Et Aidan avait assez parlé pour le moment, à en juger par sa respiration lourde des chaînes qu'il traînait derrière lui et les mains mal assurées qui parcouraient son dos à la recherche d'un refuge, aussi disposé soit-il à l'accueillir. Il fronça les sourcils et s'enfonça dans sa nuque. Soupira d'inconfort, perdit la raison à force de glisser sur sa veste de costume trop lisse pour être agrippée.
Un sanglot qu'il eut tout le mal du monde à ravaler.
Pour ça qu'il n'y parvint pas.
Il ne l'avait pas vu mais savait qu'il avait bavé sur le col de sa chemise et tourna instinctivement la tête vers l'extérieur pour ne pas la sentir contre sa joue. Il put respirer un air qui n'était pas saturé d’Égoïste et retrouver un semblant de bruit derrière sa pomme d'Adam qu'il décida de mettre à profit de la façon la plus simple qui soit pour lui.

- Tu m'as fait bouffé ton bouquin de merde pour ça ?

En râlant.

- Tu m'as fait bouffé combien, mille cinq cent pages de conneries pour ça ? Tu te fois de moi ?

Ça remontait à des mois. Mais s'il voulait avoir une preuve d'amour sincère, rien n'était plus sincère que ça. Prof de littérature. Qu'il arrête de mater des culs pendant une seconde et qu'il retourne feuilleter ses propres références, ça lui éviterait ce genre de désagrément.

- Ton Belle du Seigneur j'l'ai d'abord acheté en français parce que tu nous l'as vendu comme une histoire d'amour trop belle en français alors moi, trop con, je me démerde pour le choper en français sauf que t'avais pas dit qu'il ferait mille cinq cent pages, mille cinq cent pages en français et après l'avoir payé trente dollars tout rond parce que j'avais pris un disque avec j'me suis souvenu que je pipais pas un mot de français, j'ai bien essayé de le lire j'y ai passé des nuits entières sur ta bouse là j'm'attendais à des « je t'aime » partout moi c'est un roman d'amour t'avais dit j'ai pas lu une seule fois un « je t'aime » ou alors j'ai vraiment rien compris, mais j'comprends mieux le français que je le prononce j'suis sûr alors te fous pas de moi j'te préviens. J'l'ai racheté ton truc, en anglais cette fois parce que j'me ferai pas baiser la gueule une seconde fois tu vois, j'le rachète treize dollars quatre vingt quatre, treize dollars quatre vingt quatre de bouquin que j'me suis fait chier que ça en pouvait plus en le lisant mais j'l'ai lu, j'l'ai lu et toujours pas un « je t'aime » que de la connerie alors j'sais pas si ton Albert Cohen il a déjà lu une histoire d'amour mais ça c'est de la connerie, pas besoin d'avoir été à Harvard pour le savoir, treize dollars quatre vingt quatre bordel de merde.

Ouais, bordel de merde.
Ce n'étaient plus des mains mais des bras qui enlaçaient un corps beaucoup trop large pour eux. Il pinça ses lèvres, retint un gémissement qu'il savait être honteux au détriment de quelque larme habile, son propre mur chuta, il se sentait seul au monde et essaya de trouver le réconfort dans une veste noire froissée, une chemise humide de sa salive, Égoïste alors qu'il l'avait toujours imaginé sur du Visit, du Man, du Kouros ou du Mâle, et dans le souvenir de sa voix qu'il imaginait déjà loin, trop loin. Il aurait bu ses paroles comme sa sueur, il aurait goûté sa chair et ses ongles si ça avait été nécessaire pour l'avoir en lui, le sentir à lui, quelque part, s'approprier le bien, son bien, et se dire qu'il l'aimait sans craindre les mensonges. Il aurait tout fait et, il le savait, pourrait tout faire à l'avenir. À peine eut-il rouvert les yeux qu'ils s'embrumèrent à nouveau.
Bordel de merde.

- Avec l'édition en français qui m'a coûté seule treize dollars et dix cents ça fait vingt-six dollars et quatre vingt quatorze cents le tout, mon père est devenu fou quand il a fait les comptes il m'a demandé pourquoi j'avais eu besoin d'autant d'argent  et pourquoi j'avais pris sur leur compte à eux, et moi j'ai du lui dire que j'avais pas eu le temps de bosser à l'épicerie pour me faire la thune et que c'était pour acheter des bouquins pour l'école, il allait m'arracher la tête et me retirer de l'université ce fou alors ma mère lui a dit « mais c'est pour l'école ! » et là seulement il s'est calmé, vingt-six dollars quatre vingt quatorze je l'avais jamais vu aussi furieux j'crois, il s'énerve que quand ça concerne ses sous de toutes façons, vingt-six dollars quatre vingt quatorze c'est à peine plus cher que vingt grammes de cannabis dans le squat d'East Gibson et en plus j'ai du faire neuf heures de ménage à l'épicerie parce qu'à trois dollars l'heure il fallait que j'arrive à vingt-sept dollars, Belle du Seigneur mes couilles.

Si tu aimes comme les personnages des romans que tu lis, on n'est pas couchés.

- Je me suis arraché les cheveux pour toi.

Je les ai même mangé. J'avais sans doute faim de toi, à dire vrai. Tu n'as toujours pas répondu à mes questions mais ce n'est rien. Ce n'est rien.

- Et tu diras à ton Beckett que Godot peut aller se faire mettre, aussi. L'enfoiré.

Moi aussi je t'aime. Mais ça tu le sais déjà.

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Il faudrait répondre, répondre à toutes ses questions.
Mais pas ici, pas maintenant, plus tard les explications, plus tard les trivialités des plans de l'installation électrique quand on était dans le palais des lumières, plus tard les pourquoi et les comment.  

_ Dis que tu m'aimes, lui demandait-il, et pour mieux prendre ses lèvres, il s'appuyait sur elle. Dis que tu m'aimes, répétait-il, accroché à l'importante demande. Oui, oui, je ne peux que te dire ce misérable oui, lui disait-elle, oui, oui, je t'aime comme je n'ai jamais espéré aimer, lui disait-elle. Oui, aimé, je t'aime autrefois, maintenant et toujours, et toujours ce sera maintenant.

Il y en avait des tas de je t'aime mais sur mille cent dix pages, il fallait les trouver.

_ Il y en a des tas de "je t'aime"mais sur mille cinq cent pages il faut les trouver. Albert Cohen parle mieux que moi, désolé, mais je coûte moins cher.

C'était dit avec le sourire et si il ne pouvait pas le voir, il pouvait sans doute l'entendre. On entendait les sourires, ça avait cela de magique, le fait de montrer les dents, de faire entendre quelque chose à voir. Il n'y avait bien que cela qu'il pouvait faire car donner à entendre l'invisible était hors de sa portée et il aurait voulu balbutier, être maladroit, malhabile, confondre les mots et les confondant les faire vibrer, essayer de les rattraper en les comprenant en même temps qu'il les entendait mais non. Mais non. Il ne savait pas être embrouillé et toute sa maîtrise de lui-même était sa gêne la plus terrible en cet instant. Il disait ce qu'il disait, ce qu'il pensait et réfléchissait avant de le formuler et si il disait de la merde, il ne pourrait jamais l'excuser en soutenant qu'il ne savait pas ce qu'il disait. Il ne savait pas quoi dire, en fait, il avait toujours cru que les sentiments parlaient d'eux-mêmes, c'était ce qu'on rabâchait naïvement depuis gamin dans les histoires mais dans les faits, ils n'était jamais rien d'autres que des sentiments et ils n'avaient pas davantage de bouche pour parler que d'ordinaire.

_ Ô amour, serre moi fort, je suis à toi purement tout. Qui es-tu, qu'as-tu fait pour m'avoir pris ainsi, pris d'âme, pris de corps ? Serre-moi, serre-moi plus fort mais laisse moi ce soir. Laisse moi seul, laisse moi penser à toi, penser à ce qui m'arrive. Dis dis dis que tu m'aimes. Ô mon amour, va. Va mon aimé, va, laisse moi seul, seul pour être plus avec toi. Non non, ne me quitte pas.

Devait-il citer la source ? Il n'aurait pas pu le serrer davantage.

Je pourrais en faire parler des dizaines comme ça pour moi, mais je suppose que cela ne t'intéresse pas. Je suis désolé, je n'écris pas l'amour, je le lis, je le vis, et je ne sais déjà suffisamment pas comment m'y prendre.

Et toujours pas quoi dire.

_ Tsss, et moi qui ai cru que tu t'intéressais à mes cours.

Cruelle désillusion.
Il s'en remettrait cela dit, il avait découvert bien autre chose qu'un élève à questions d'après cours. Ils en étaient loin, cela dit, d'avoir réglé leurs affaires et il avait encore tant de comptes à lui rendre. C'était moins effrayant, vu d'ici et de maintenant, mais cela n'en serait sans doute pas moins désagréable. Pas ici, pas dans une de ses salles, pas dans un endroit où il lui faudrait revenir qui serait hanté par un mauvais souvenir, il avait déjà un chez lui pour ça.

_ Tu veux que j'essaye de te rembourser ? J'ai plein de dettes et de comptes à te rendre, mais si on pouvait faire ça ailleurs...
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Mémoire vive.
C'était irréel.

Il avait beau vouloir s'en convaincre, tout ce qui faisait de son cœur un cœur ne voulait pas l'entendre. C'était irréel, c'était bien sûr, rien de tout cela ne pouvait réellement se produire, rien ne pouvait être aussi limpide que ça, pas d'accroc, pas de cri, pas de pleurs déchirants, rien de plus qu'une étreinte, que sa chaleur contre la sienne, sa peau contre sa peau, un calme olympien et irréel en somme, irréel, car même dans ses rêves il n'avait jamais été question de le retrouver. Dans ses rêves il mourrait, il le tuait, mais là encore ce n'était que des rêves et il pouvait bien laisser vagabonder son imagination tout son soûl rien de ce qu'il pensait n'avait d'importance. Rien n'était réel. Alors là non plus rien ne l'était.
Et pourtant non.
Et pourtant la lune se levait pour éclairer le monde avec une autre lumière et du coin de l’œil il le voyait, son œil extérieur, l’œil même qu'il avait ravi à la nuque d'Aidan parce qu'ils bavaient trop, l’œil et lui, baver des pleurs et de la salive ce n'était pas élégant et il était bien trop fier, bien trop guindé pour ça. Il renifla et ne songea pas à se moucher. De toutes façons il n'avait pas de mouchoirs sur lui alors ça ne servait à rien d'espérer qu'on lui tende un mouchoir comme ça, pour l'amour de l'humanité, tout comme il était idiot d'espérer d'Aidan qu'il soit honnête après ce qu'il avait fait.
Nouvelle déchirure.
Il se laissait bercer par des mots dont il se souvenait à peine, simplement qu'il les avait déjà lu quelque part, mais il avait beau se savoir incapable d'en citer le contexte il savait au moins qu'il s'agissait de l'un des livres qui avaient le plus emballé son professeur de littérature à la fac. Grand bien lui faisait. Et sans être malhonnête, c'était magnifique. Encore heureux qu'il coûtait moins cher, si en plus il avait payé pour se faire tuer, ça aurait été indécent.
Et il était d'autant plus vexé de la réplique qui suivit la tirade. Aidan était né pour lire les livres, pas pour les écrire.

- J'étais intéressé. C'est pas parce que je lis n'importe comment que j'écoutais rien. C'est pas parce que je suis pas capable de citer des pans entiers de dialogues qui n'ont jamais eu lieu que j'ai jamais fait d'effort. Je venais en cours je te rappelle. Pour ta belle gueule, certes, mais j'écoutais ce que ta belle gueule avait à dire.

Non, non, ça aurait été trop simple de crever l'abcès directement. Ça lui aurait écorché la gorge de lui dire que la littérature leur aurait donné un sujet de conversation si jamais ils avaient à parler. Un sujet de conversation autre que les cours, autre que l'université, autre que tout ce qui était proscrit en théorie. Ils étaient illégaux et rien ne pouvait effacer ça. Ils avaient été hors-la-loi, avaient risqué gros, et ils en payaient tous les deux les frais. Il n'y avait plus rien de grisant à transcender l'autorité. Ça aurait été trop simple de justifier l'intérêt par l'amour. Mieux valait rester vague, c'est vrai que ça les avait aidé jusqu'ici. Quel con.
... Des comptes à rendre ?
Des dettes à rembourser ?
Il se figea. Sa tête quitta son épaule, ses bras glissèrent sur son dos pour de bon, les paumes contre ses joues pour guérir des sillons que l'eau avait creusé à force de ruisseler, les yeux encore rouges mais le regard noir. Un poing serré pour montrer le cœur. L'étau explosa.

- Tu as une dette envers lui. C'est pas vingt-six dollars quatre vingt quatorze et un sourire qui vont le recoller.

Si c'était ça, ses envies de réconciliation, il pouvait se les garder. Les garder et ne plus les lui proposer.

- Je t'ai déjà dit qu'on me baisait une fois la gueule, pas deux. Compte pas sur moi pour céder à des mots qui ne t'appartiennent pas, à quelques larmes et à une proposition aussi foireuse.

J'ai trop peur que ça recommence. J'ai rien compris.
Tout ce qui s'apparentait à des sous-entendus ne lui plairait pas. Il était adepte de ce genre de dissimulation et les connaissait suffisamment bien pour les redouter, redoutait davantage ce qui pouvait sortir de la bouche de cet homme là précisément. Il lui en avait fallu peu pour mettre un terme à beaucoup de choses, lui en faudrait peu pour le mettre dans sa poche, il le savait, il l'aimait, et il lui en faudrait peu pour l'écraser à nouveau si jamais il baissait sa garde. Rien de bien ne sortirait d'un échange creux comme celui-ci. Des pleurs, des excuses peu claires, des balbutiements des silences des hésitations des contradictions un semblant d'explication et des déceptions, nombre de déceptions et Salvatore ne se sentait pas prêt à ça. Il pouvait les lui faire, ses yeux de chiot. Il pouvait afficher le plus beau sourire qui soit, il ne pourrait pas céder aussi tôt. C'était trop. Simplement.
Ses doigts couvrirent ses paupières closes.

- Il ne faut pas qu'on sorte ensemble de cette pièce. Tu vas sortir avant moi et tu iras signaler à la Vie Scolaire que tu m'as collé pour... j'sais pas, une connerie, et que j'en ai encore pour...

Retrouve la lumière. Tend la main vers son téléphone, 06:30 PM à peu près. Il le garda à la main et le glissa dans la poche de son jean, força les écouteurs à rester plus ou moins en place d'une main et arrangea son jabot de l'autre.

- Une demie-heure de ménage. Ça ira. Toi tu peux rester pour corriger des copies ou j'en sais rien, boire un café, me faire la morale, c'est pas un problème. Mais faut que tu partes avant moi. Je sortirai pas d'ici avec toi.

Il se trouva con en ravalant un nouveau sanglot et en cherchant à couvrir ses yeux pour ranger ses larmes. Il se trouva encore plus con de ne pas y arriver. De pleurer, toujours pleurer. Ça ne faisait même pas cinq minutes et il avait honte, déjà honte, toujours honte.
Le poids sur sa poitrine enfonça son plexus et le souffle qui s'échappa d'entre ses lèvres mourut avant même de pouvoir l'atteindre.

- J'y arrive pas...

Tu n'arrives pas souvent à quelque chose de bien.

- J'arrive pas à te croire Aidan. J'y arrive pas...

Et pourtant qu'est-ce que je le voudrais. Tu n'as pas idée.

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_ Arrête s'il te plait. Arrête de te comporter comme si tu étais le seul à souffrir je suis pas adroit avec mes mots et certainement pas là maintenant tu vois alors arrête, arrête de prendre tout ce que je dis et de me le renvoyer à la gueule comme une erreur, comme si j'étais un incapable. Peut-être que tu n'arrives pas à me croire, peut-être que tu n'en as même pas envie mais fais comme si, fais au moins un peu semblant, dis moi ce que tu veux, je suis prêt à croire tout ce que tu diras mais si tu dois me dire que tu ne peux pas me laisser une chance alors je t'en prie dis-moi autre chose.

N'importe quoi d'autre.
Il n'avait que cela qu'il n'aurait pas pu entendre et même si c'était une possibilité, une issue à laquelle il avait pensé, il ne serait pas capable de l'entendre formulée de la sorte. Qu'il lui dise n'importe quoi d'autre, il comprendrait, mais qu'il ne le dise pas avec les mots, il s'était déjà fait trop de mal en se les répétant seul, quand il essayer d'imaginer à quoi ce moment pourrait bien ressembler. Jamais cela n'avait paru si long. Il avait pensé qu'à partir du moment où l'on commençait à parler, la machine se mettait en marche et tout coulait tout seul, que les choses allaient de soit mais rien n'allait de lui-même. Il devait lutter pour ne pas s'effondrer, ne pas être encore plus gamin qu'il ne le paraissait déjà sans doute, ne pas fermer les yeux se boucher les oreilles et se réfugier dans les rêves où il avait trouvé le réconfort ces derniers mois. Un réconfort empoisonné de l'imaginer à nouveau à lui contre lui mais même le fantôme qu'il étreignait le soir était déjà quelque chose, autre chose que le vide entre ses côtés, que l'ignoble compagne que faisait l'absence et le manque d'un bout de lui même qu'il cherchait à tâtons dans le noir.

_ Je suis fatigué de t'avoir rêvé Salva et de t'avoir espéré et de t'avoir imaginé, de m'être rappelé et d'espérer encore et encore. Je suis épuisé de tout ça et on est épuisés tous les deux...

Alors ?
Alors quoi ?
Cette phrase attendait une suite, une fois, mais il ne savait pas quoi. Il aurait voulu que tout se termine, aussi douloureusement que cela avait commencé peut-être, mais que cela se termine, qu'il sache quoi faire. Cela aurait été trop facile et ce n'était pas comme ça que les choses se réglaient, il fallait du temps, de la patience, et il avait usé la sienne sur des fantasmes.

_ J'aimerais que ça se termine, j'aimerais qu'une fois sorti d'ici je sache où aller et j'aimerais... je t'aimerais toi et... Je me suis battu avec tout ce que tu aurais pu me dire, tout ce que tu aurais pu me faire et en réalité ce que j'aimerais c'est que je n'ai pas à me battre pour la seule chose que je sais. Je t'aime et j'ai pas d'argument pour ça je t'aime et je répondrai à toutes tes questions et tu penseras sans doute être aimé par la pire des pourritures je t'aime et j'ai que des mots pour le dire et cette fois ce sont les miens, s'il te plait garde les quelque part en attendant de me croire et quand tu me croiras seulement souviens-t'en.

Il reprit sa main, celle qui avait laissé le téléphone, passa ses doigts entre les siens pour être mieux avec lui ses os entre ses os, l'attira un peu pour le ramener contre lui son corps entre ses bras sauf si il ne voulait pas et il ne voudrait certainement pas. Tant pis, il touchait sa peau sa main, un peu de lui et ses doigts étaient entre les siens.

_ Non, on ne part pas, pas déjà, je ne veux pas que ça se finisse et que ça se finisse comme ça.

Une fois sorti il n'oserait plus, dans un bar plein de monde il n'oserait pas, chez lui il ne pourrait pas. Il voulait lui donner ses mots tant qu'ils étaient à vifs, il ne passerait rien dessus ni le temps d'un trajet ni une caresse de vent ni une limite de bienséance.

_ Est-ce que tu as vraiment envie de m'entendre raconter mon égoïsme ? Est-ce que tu crois vraiment que si je te dis à quel point je peux être avare de tout ça pourra aller mieux ? Je ne le crois pas mais j'ai envie... je souhaite que tu me crois. Je souhaite, c'est mieux, peut-être ? Moins... égoïste, déjà ?

Il embrassa ses doigts et un peu les siens avec parce qu'ils étaient emmêlés encore quelques secondes et pour ces secondes il ne releva pas la tête, il regarda juste leurs doigts qui ne le jugeaient pas, qui n'étaient pas noirs ni en colère et il les chérit un instant comme ce qui devrait-être, ce dont il rêvait encore.
Salvatore Kimimichi
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Mémoire vive.
Il avait suffit de rien, finalement.
De le revoir.
Planter ses yeux dans les siens. Le reconnaître.
Ecouter le son de- Se laisser bercer par sa voix comme on s'endort sur le rythme calme et monotone d'une berceuse. Il était sa berceuse. Ses caresses avaient orchestré sa vie pendant trois jours, trois jours infinis dans lesquels se perdait une infinité d'infinis. La souplesse de son timbre comme baiser de Judas. Il avait suffit de rien pour le faire sombrer, comme prévu. Sa faiblesse finit d'anéantir sa gorge déjà broyée par tout ce qui avait décidé de s'y loger. La science, sa précieuse rationalité et la science ne pouvait rien pour lui car cela relevait du mysticisme, de l'illogique, de l'irréel ; tout était hors du contrôle des nombres, même son infini lui échappait, rien n'expliquait le creux en lui et il préféra perdre pied. Y mettre fin.
Rompit le lien que tissait l'araignée de ses doigts avec les siens, enfonça ses deux mains dans ses poches - une seule, il y avait un portable dans la seconde - et posa son front contre lui. Juste contre son sternum. Il n'avait pas grandi depuis. Puis il se rendit compte qu'il lui cédait déjà un terrain immense et se retira, extirpa de sa poche le masque qu'il gardait toujours sur lui, renifla encore une fois et habilla ses oreilles d'élastiques blancs, tout ce qu'il y avait de plus banal. Oui, voilà.
C'était banal.
Il essuya le reste de perles humides sur ses joues, ajusta le masque sur son nez, perdit l'équilibre et se sentit tomber amoureux.

- T'as déjà atteint le sommet sur l'échelle de la saloperie. T'as le droit d'avoir envie plutôt que souhaiter, j'suis plus à ça près.

Je veux t'entendre raconter tout ce qui a fait qu'on s'est rencontrés. Tout ce qui nous a rapproché. Tout ce qui nous a mené ici. Je veux t'entendre narrer tout ça comme s'il s'agissait de rien, comme si l'on pouvait consigner chacun sentiment humain en phrases, qu'elles soient claires et concises ou longues et alambiquées, je veux entendre tes cordes vocales vibrer comme j'ai pu frémir à ton contact, voir la bosse dans ta gorge se mouvoir au gré de tes hésitations, de la salive que tu avales, comme j'ai pu me traîner contre toi et épouser tes vas-et-viens, ton souffle court égal au mien quand tu serrais ma gorge jusqu'à ce que je commence à mourir. J'adore mourir entre tes mains, c'est un fait acquis.
Et je me sens sale.
Les bras croisés sur le torse.

- Je ne crois pas qu'entendre ton égoïsme me fera du bien, mais je sais que c'est ce qu'il me faut pour pardonner. Je veux savoir ce que tu pensais, chaque seconde de cette fin de semaine, à chaque fois qu'on se croisait avant et après ça. Je veux savoir ce que tu ne m'as jamais dit. C'est trop facile de s'excuser et d'attendre que j'oublie. C'est trop facile sinon.

Nouveau reniflement. Il ne savait que trop quoi en penser.
Il ne s'était même pas rendu compte qu'il avait commencé à tordre ses cheveux. Que certains s'étaient déjà arrachés. Ses yeux étaient trop occupés à dévorer le col imparfait de sa chemise. Les plis imparfaits qu'avait pris son costume. Les mèches imparfaites qui retombaient sans saveur sur son front. Des détails qui faisaient Aidan parfait et Salvatore amoureux.
Il avait suffit de rien, voilà tout. Ses dents s'étaient attaquées à sa lèvre inférieure et il était incapable de bouger.

- S'il te plaît Aidan. Je ne te demande que ça, sois sincère. Rien qu'une fois envers moi, sois sincère. J'en peux plus de tes silences, de tes fausses conversations. J'en pouvais déjà plus chez toi, je ne les supporterai pas ici. Je veux bien tout te céder, les doutes, les regrets, mais je ne peux plus écouter ton silence en te regardant dans les yeux et en le prenant comme un don. Tu m'as empoisonné et tu continues à le faire et je veux bien en mourir à la longue s'il le faut mais je t'en supplie, explique-moi ce que mes yeux n'ont pas vu à ce moment-là, ce que j'ai fait. Je peux tout pardonner Aidan et j'aimerai le faire, je suis prêt à le faire je suis prêt à beaucoup de choses parce que tu le sais que je t'aime, je pouvais pas t'oublier, je ne pourrais jamais t'oublier, tu es l'homme que j'aime.

Tu es l'homme que j'aime et il se brisa. Il se détruisit avec ces mots.
Ses mains le plongèrent dans l'obscurité en couvrant ses yeux, sa tête tomba, il se mit à trembler. Il n'était pas sûr de pouvoir jamais retourner dans cette salle après ça.

- Comment tu peux douter de ça ? Comment, si tu sais ce que c'est qu'aimer, comment tu peux croire que j'ai pu oublier ? T'oublier toi ? Je t'ai donné tout ce que j'avais Aidan, tu ne peux rien avoir de plus et tu ne devrais même pas être là, tu devrais être ailleurs, je sais pas, mais pas avec un merdeux qui n'a plus aucun avenir et qui ne pourra plus se sortir de la tourbière dans laquelle il s'est foutu, je t'ai aimé Aidan et j'étais certain que si tu revenais je t'aimerai à nouveau. Je suis fatigué d'avoir raison. Je suis fatigué d'avoir raison tout le temps.

Qu'il ne lui demande plus de parler. Pas tout de suite.

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_ Ce à quoi je pensais hein ? Et bien je ne pensais à rien. J'étais bien, c'était tout, et je m'en moquais pas mal de tout et de tout ce qui pourrait se passer ensuite. Je me disais juste "pourvu que ça ne finisse pas" et bien sûr que ça allait finir mais je n'y pensais pas parce que je ne voulais penser à rien. J'étais comme un gamin à espérer qu'un week-end pouvait ne jamais prendre fin parce que je ne voulais pas retourner en cours, mais les cours c'est ma vie. J'ai eu peur, en fait. J'ai eu peur parce qu'on ne se connaissait pas, que tu m'aimais et moi pas et j'ai eu peur de ce que tu pourrais faire si tu voulais que je reste avec toi, d'autant plus que tu avais la matière pour, alors je me suis débarrassé de toi. Je me suis dit que ce n'était qu'une question de temps avant qu'on apprenne ce que j'avais fait, je me suis dit que c'était ce qu'il y avait de mieux, de plus raisonnable et définitif à faire et ça me déculpabilisait de penser ça, c'était tellement plus facile.

Je n'avais pas envie de mettre de narration alors fais comme si tout cela était tout à fait normal. En général ma narration ne sert que de ponctuation, de rythme si tu veux, entre mes dialogues. Des blancs quoi, donc je mets de la narration qui n'en est pas parce que je ne me sens pas de faire un post uniquement de dialogues et parce qu'il doit y avoir de l'espace entre ses blabla.

_ Je pensais pas que tu me manquerais autant. Je pensais pas que je serais là, à guetter dans les couloirs que peut-être tu passes pour revoir les gens que tu fréquentais dans ce bahut. Je voulais pas aller te chercher après ça mais je te cherchais quand même, même là où je savais que tu serais pas, surtout là où je savais que tu ne serais pas, jusqu'à ce que je n'en puisse plus et je n'en pouvais plus. J'avais as envie que tu me vois, je voulais t'apercevoir comme ça, à la dérobée, comme un voleur parce que je suis un voleur et j'avais encore peur de ce que tu penserais.

Aidan ne bouge pas. Il ne sait pas comment bouger, quoi faire ni quoi montrer, c'est pour cela qu'il ne bouge pas, qu'il ne bouge rien, même pas un doigt. Il est comme si il n'était que des mots et c'est peut-être ça qu'il est parce que si il écoutait son corps il ne serait qu'un corps et ce ne serait pas correct ni rattrapable. Il préfère ne rien faire du tout que de faire encore quelque chose d'incorrect et d'impardonnable.

_ Je ne t'aimais pas et ce n'était pas de ta faute si ça s'est terminé comme ça, j'ai juste été particulièrement stupide et égoïste et encore plus stupide de me rendre compte si tard de ce qui comptait finalement pour moi. Il m'aura fallu le temps alors prends le tien et si un jour tu arrives à me pardonner laisse moi une autre chance, je serai digne d'être l'homme que tu aimes.
Salvatore Kimimichi
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Mémoire vive.
Voilà. Voilà tout.
Il avait l'explication qu'il avait toujours voulu. Qu'il avait attendu six mois, tout au plus, l'explication qui manquait à sa vie pour cesser de regarder en arrière et pour pouvoir se refaire. Voilà. Ça y est. Plus de raison de pleurer, maintenant. Plus de raison de s'effondrer sur son sort, plus besoin d'aller trouver Preston pour qu'il le prenne dans ses bras en prétextant ne pas se sentir bien, plus de raison de stagner, plus de raison de ruminer, plus de raison de haïr. Voilà. Il avait ce qu'il lui manquait et attendait de la sentir s'insinuer en lui comme l'eau froide, remplir le trou béant qu'elle avait creusé. Il l'attendait comme les fidèles attendaient le Messie, il la voulait en lui entièrement tout, qu'elle soit la main curatrice et l'espoir, ce qui lui faisait défaut, parce qu'elle était là maintenant, l'explication. Il avait le savoir. Il connaissait. Il espérait, et c'était les dernières réserves qu'il épuisait pour laisser place à la paisible intervention qu'Aidan était venu lui offrir.

Rien ne vint.
Le vide était toujours aussi vide. L'avenir toujours aussi lointain, abscons, les promesses confuses.
Il n'y avait rien de plus que des mots qu'il avait attendu mais ils étaient vains. Ses doigts étaient gelés.
Il crut que sa tête tournait, mais c'étaient ses yeux qui le fuyaient. C'était le reste de sa chaleur incarné en écume qui brouillait sa vue en plus de son esprit. Il se sentait affreusement seul.
Frissonna.
Voilà. Voilà tout.

Sa voix se brisa comme les cordes d'un violon qu'on aurait trop tendues. Il avait l'impression d'avoir un dix-huit tonnes sur la gorge, la poitrine, la conscience. C'était lourd, infiniment lourd, et quand ses pupilles retrouvèrent celles qu'il avait tant chéries il ouvrit la bouche, gémit, la referma, renifla mais c'était trop tard, il pleurait déjà.

- Je t'interdis de quitter cette pièce. C'est compris ?

Ça n'avait aucun impact, quel qu'il soit, et puis il n'aurait pas eu la force de répéter. Il en avait juste assez pour tenir debout.
Pas le temps de finir sa phrase qu'il éclata en sanglots. Par réflexe, il couvrit son nez et sa bouche avec ses mains, sentit le masque contre sa peau, s'assura qu'il tenait correctement en ajustant les élastiques autour de ses oreilles, sortir les cheveux qui étaient coincés dessous par réflexe avant de se souvenir qu'ils étaient trop courts pour être coincés où que ce soit. C'était ce qu'il pouvait faire il y a six mois, quand il pleurait aussi fort que cela enfermé dans le cagibi qui lui servait de chambre. Oui, voilà, c'était à cela que ça ressemblait.
La main qui s'échoua dans sa nuque une seconde la fit frémir tant elle était glacée. S'il avait eu de quoi rire dans les tripes et pas juste un vide immense, il aurait craché sur Aidan en lui disant qu'il avait jeté un froid pour leurs retrouvailles, ou qu'il aurait du garder son sang-froid, quelque chose pour détendre l'atmosphère. Mais il n'avait plus de quoi rire et était épuisé. Fatigué de beaucoup de choses, tellement qu'il ne savait même pas lesquelles. Il se contentait très bien de pleurer pour le moment. Ses doigts avaient depuis un certain temps rejoint ses yeux et les couvraient du mieux qu'ils le pouvaient. Ils étaient gentils ces doigts, délicieusement congelés mais gentils, et ça ne sembla pas l'attendrir. En fait il ne savait plus. Il ne savait plus du tout, baissait les yeux comme la tête, mais Aidan ne pouvait plus voir ses yeux et personne ne le pouvait. Il les baissait pour lui, s'en fut pitoyablement tituber derrière l'estrade, dans un coin de la salle. Un coin de la salle qui le sentit glisser mollement contre le mur et se recroqueviller comme un pauvre hère perdu dans l'espace. Il n'était même pas sûr de ce dont il avait envie. Juste de pleurer.
Alors il pleurait. À torrents. Se sentait frémir et chanceler à chaque instant. Il savait que cela ne durerait pas longtemps, qu'il n'avait pas l'habitude de s'épancher autant sur sa petite vie misérable, mais il en avait besoin, au moins. Il sentait que cela lui ferait du bien. Le vide en lui le consumait comme il fumait ses cigarettes, et il ne savait tellement plus comment occuper ses mains qu'il en vint à regretter de ne jamais en acheter. Au moins il aurait pu jouer avec, ne pas juste s'essuyer les yeux comme un idiot qui n'avait rien d'autre à foutre que
pleurer nom de dieu.
Cela faisait une éternité qu'il n'avait pas pleuré comme cela.
Il voulait le prévenir que cela risquait de mettre un peu de temps à s'arrêter. Quand sa bouche s'ouvrit, c'est un nouveau gémissement qui en sortit. Quelque chose de douloureux. Et il resta prostré, éploré, gémissant tout ce vide à défaut de le vomir, de l'arracher à ses entrailles comme il pensait qu'il le ferait dès lors qu'il saurait et il savait, voilà. Il savait juste que ça faisait mal et qu'il mentait, qu'il mentait tout le temps, que ce n'était pas forcément Aidan le responsable. Il était juste misérable, voilà tout.

Voilà tout.

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De toutes façons il ne serait pas parti.
Il s'imaginait bien que cela arriverait mais il n'imaginait pas qu'il serait comme ça. Il avait pensé le voir pleurer et pouvoir le consoler, pas le voir s'effondrer. Il ne l'avait jamais vu ainsi et, en tout orgueil, il supposa être l'un des rares à y avoir été permis.

_ Je ne serai pas parti.

Il n'y avait rien de plus à dire que ce qu'il pensait et c'était libérateur de savoir son esprit et ses mots enfin accordés, quelque part. C'était comme une douce marée montante et même si ça faisait mal encore, même si Salvatore pleurait contre un mur comme il n'avait jamais pensé le voir pleurer, ça coulait tout seul et il n'avait plus de pierres dans la gorge. Il avala sa salive nouvelle, respira un peu d'air nouveau et le rejoignit en quelques pas, sans faire de bruit, sans faire crisser la moindre chaise, la moindre table. Il s'était passé quelque chose, de bon ou de mal, c'était encore à voir, mais il s'était passé quelque chose et tout en paraissait plus simple et moins maladroit. Ses genoux ne craquaient pas quand il s'accroupissait, il n'y avait que son pantalon qui se froissait et puis sa chemise quand il l'attira contre lui. Cela ne durerait qu'un instant avant qu'il ne se relève ou le repousse mais pour cet instant il était dans ses bras et les tempêtes pourraient bien hurler que rien ne l'en arracherait. Un instant pour caresser ses cheveux, ses doigts, embrasser sa nuque frémissante.

_ Je ne te laisserai plus, je te le promets.
Salvatore Kimimichi
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Mémoire vive.
- T'es déjà parti.

Il le repoussait. Calmement, fermement, il essayait de s'en défaire comme s'il le brûlait. Un peu trop près, vraiment, un peu trop près.

- Tu m'as déjà laissé, qu'est-ce que tu veux que ça me foute que tu t'en ailles encore ? Ça sera qu'une fois de plus enfoiré, ce sera qu'une fois de plus et on me dira « bah ouais Salva t'as été con de lui faire confiance, tu sais qu'il en n'est pas digne » et ils auront raison tu vois, ils auront raison parce que t'es déjà parti. T'es pas venu, tu reviens, va pas me faire croire que ce serait impossible, t'as pas le droit.

T'as plus droit à rien. Juste à mon amour, mon amour étouffant. C'est pas vraiment un cadeau, au cas où tu te demanderais. Ça n'aurait jamais pu d'ailleurs.
Il l'avait repoussé, s'était terré plus avant dans son terrier, l'avait foudroyé du regard tout le long et cachait des orbites qu'il imaginait vides à force de l'avoir soutenu, à force d'avoir usé des ruines de sa colère pour le regarder dans les yeux tout le long. Une quinte de toux qu'il ne fit qu'entendre, les élastiques du masque réajustés nerveusement, les yeux essuyés honteusement. Pour le rouge sur les joues, il n'y avait rien à faire sinon les garder cachées. Les pupilles, elles étaient trop sombres et les yeux trop bridés pour qu'on puisse remarquer quoi que ce soit. Et puis ce n'était pas du genre des cons du bahut de regarder Salvatore Kimimichi en face. En général ça se cachait, et ça continuerait de se cacher. Tout le monde se cacherait et personne ne verrait rien, voilà, c'était très bien comme ça.
Parfait.
Debout. Plus ou moins. Aidan serrait ses deux mains dans les siennes parce que Salvatore avait fait l'erreur de se servir de ses bras comme d'appuis pour se relever. Inconsciemment. Il fallut tirer fort pour s'en dégager.

- Tu veux te faire pardonner, hein ? Tu veux qu'on oublie et qu'on fasse ami-ami comme si de rien n'était ?

Derniers sanglots. Il se le promettait.

- Alors drague moi. Fais ce que tu veux, traîne-moi où tu veux mais séduis moi. Démerde-toi, c'est tout.

C'est toi qui a merdé. C'est pas moi.
Il renifla et se calma un peu. La voix tremblait toujours et il n'y avait que ça pour le trahir, une broutille. Rien d'important. Il n'aurait pas à parler parce que celui qui aurait à agir, là, c'était lui. Il avait tout intérêt à en avoir, des ressources. Il avait tout intérêt. Ses yeux fuitèrent et rien n'y parut. Il gémit une dernière fois et cette fois c'était vraiment la dernière. Le regard se détourna et il ne voulait plus le voir. Il en avait suffisamment fait pour cette fois.

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_ Euh...

Silence.

_ Si c'est ce que tu veux.

Il aurait été malvenu de faire la moindre remarque, de poser la moindre question mais l'envie lui en cramait la langue. Il ne comprenait pas vraiment, sans doute parce qu'il n'y avait rien à comprendre. Ce devait être cohérent quelque part, dans la logique bizarre où se perdait Salvatore et à laquelle il ne saisissait pas grand chose. Il saisissait simplement que l'on était rendu au moment où il fallait arrêter de poser des questions et il alla récupérer son sac, y fourra sa clé usb et son agenda qui traînaient encore sur le bureau de la salle et le balança sur son épaule. La boucle de la bandoulière cliqueta et c'était un peu d'aigu, de pointu et de coloré dans cette salle si grave. Il en profita un peu, laissa son regard traîner sur les tables bien rangées qui commençaient à disparaître dans la nuit qui tombait. Aucun d'eux n'avait allumé la lumière, les néons étaient endormis et leur traits à eux se défaisaient lentement à mesure que la lumière descendait. Demain, quand il reviendrait, cette pièce aurait disparu. Elle ne serait plus que la pièce habituelle, de jour et grouillante des messes basses, des mains tendues et des papiers froissés.
Aidan n'avait aucun problème avec les lieux où se produisaient des choses importantes. Ils n'était ces endroits que pour le temps où ils étaient particulier, ils étaient le moment et il restaient derrière, dans le souvenir qu'ils enveloppaient. Ils disparaissaient avalés par la routine monotone de leur fonction. C'était comme marcher sur la route à quatre heures du matin, quand plus une voiture ne passe là où ne traverse jamais que sur les passages piétons. Ce n'était pas la même route, il n'y avait aucun lien entre le lieu d'un moment et le même à un autre. La proposition de Salvatore était d'autant plus absurde. Ailleurs ou ici, où qu'ils aillent, ce serait toujours maintenant.

_ Ma voiture n'est pas loin, on peut sortir par le couloir C7, on ne nous verra pas.
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Mémoire vive [Salvatore Kimimichi & Aidan Saerbhreathach]
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