phobie [Noah A. Cederström & Iloy Van Diermen]

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Un regard jeté dehors.
Un soupire.
Un frisson.
Il fait déjà nuit.

Tu replonges ta vue sur l'écran rayé de ton portable, fouillant dans les musiques. Tu en enclenches une. Puis tu attends. Mais tu attends depuis bien trop longtemps. Les cours sont finis depuis un long moment et toi, tu dois rester au bahut pour régler quelques affaires administratives. La poisse. Tu es dans le hall, assis. On est parti chercher ton dossier. Tu ne sais plus le problème, c'est maman qui t'a avertie. "N'oublie pas d'aller faire corriger ton dossier. C'est important. Ils ont mis notre ancienne adresse. Résultat, ta tante doit récupérer le courrier de l'académie pour nous." Ah oui, une mauvaise adresse. Fait chié.

Tu tapotes sur l'écran de l'appareil, fixant les fenêtres. Tu espères que des bus passent encore à cette heure-ci, tu ne voudrais pas rentrer à pied ni même dormir au bahut. Tu te mords la lèvre inférieure, nerveux. Heureusement que les ampoules éclairs bien l'établissement, sinon, tu serais parti depuis belle lurette. Tu entends des bruits de pas, puis une porte qui s'ouvre. Tu ôtes tes écouteurs, alors qu'on te tend un dossier. "Va voir la secrétaire et demande-lui de te changer ça." Tu hoches la tête rapidement, te mettant en route pour le secrétariat. Tu déambules à travers le couloir, croisant certains professeurs qui rentrent enfin chez eux. La chance. Tu vois quelques lumières qui s'éteignent devant toi, ça veut dire que le personnel commence à partir. Tu accélères le pas, n'ayant pas envie de te retrouver dans le noir.

Tu t'arrêtes devant la porte où le mot "secrétariat" figure. Tu te souviens que l'école a embauché une nouvelle secrétaire, mais tu ne l'as jamais vu. Remarque, tu n'es pas du genre à t'intéresser à l'administration, qui est comme les profs, chiant. Et tu n'aimes pas. Tu frappes trois coups à la porte. Puis tu rentres, doucement.

"Bonsoir."


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Trier, classer, envoyer, enregistrer, taper, réécrire, rectifier, vérifier, relire, chercher, photocopier, livrer, sourire. Ces verbes décrivaient ce à quoi se résumait ma vie. Ah, oui. Apporter le café faisait partie de la liste. Toutes les sales besognes, tout me retombait dessus. Tout ce qui avait une place devait être rangé par mes soins et non par les principaux intéressés. Ce serait beaucoup trop facile.

Tous les soirs je rentrais un peu plus tard pour me réveiller à la même heure et masquer mes cernes avec un coup de maquillage. Je devais être fraiche, habillée sévèrement pour prouver que je n’étais pas une élève, avoir l’air sereine alors que je n’aspirais plus qu’à m’endormir. J’aurais préféré être serveuse. Je n’aurais au moins pas eu besoin de m’abîmer les yeux devant les mises à jour constantes des données de l’établissement et les mains en écrivant chaque rapport de réunions. Trier, classer, envoyer aux supérieurs, toute la journée. Si on avait osé me dire que j’aurais un boulot aussi merdique, plus jeune, je leur aurais crié des insanités, je les aurais menacés. A part moi-même, maintenant, il n’y avait plus personne à blâmer.


Il se faisait tard. Il se faisait nuit. La lune se parait de sa traine d’étoiles, avant de régner sur le ciel à son tour, prenant fièrement la place du soleil. Et je devais encore bosser. Les seules étoiles que je touchais étaient celles de mon clavier. On frappa à la porte. Elle coulissa sur ses gonds. Je venais de recevoir un appel m’expliquant qu’un élève devait changer l’adresse de son dossier. Cette mégère aurait pu s’en occuper elle-même, mais partir deux minutes plus tard que prévu la dérangeait. J’allais rentrer une heure en retard à cause de ces personnes. Je ne savais même pas comment j’allais rentrer.

« Bonsoir, on m’a prévenue pour ton dossier. »

Un sourire, je l'invitais à s’asseoir.

« Ne t’inquiète pas, ce ne sera pas long. Pourrais-tu me donner ton nom ? »

J’ouvris la base de données, pour avoir accès à son dossier en pixel. Je tapais son nom. La lumière ne fut plus. J’avais essayé de ne pas crier de surprise, de peur. Ça sortait toujours tout seul quand je ne m’y attendais pas. Les coupures de courant étaient mes pires ennemies.

J’avais lentement glissé sous la table, inspirant, expirant lentement, longuement, me recroquevillant pour me sentir couverte. Il faut toujours se sentir couvert. Pour me sentir protégée. Et mes yeux s’habituaient à cette pénombre. C’était la pire étape. Mon cerveau se mettait à fabuler, à transformer chaque recoin en menace, mais il ne fallait jamais fermer les yeux. C’était être à la merci de tout. C’était s’offrir à l’obscurité. Et dans ma peur viscérale, j’avais oublié que je n’étais pas seule. J’avais trop peur pour avoir honte.

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Tu refermes la porte derrière toi, te tournant ensuite vers la secrétaire. Plutôt mignonne. Mais vachement jeune. Qu'est-ce qu'elle fout ici avec ce travail pas terrible ? Tu hausses discrètement les épaules pour te répondre à toi-même et tu t'assois, la fixant discrètement.

Ça doit être chiant le boulot de secrétaire. Refaire chaque jour les mêmes gestes, quel ennuie. Tu plains la pauvre femme. Elle te demande ton nom, tu lui donnes. Puis tu check rapidement ton portable. Mais à peine as-tu déverrouillé l'appareil, que la pièce est subitement plongée dans le noir. Ça ne te prend que quelques secondes pour que tu te rendes compte de la situation.
De l'obscurité qui t'entoure. Comme si tu venais de sortir rapidement de l'eau, tu aspires brutalement l'air, commençant à paniquer.

Du calme Iloy. Pas de panique. Les (faibles) éclairages de dehors te permettent de te retrouver dans la pièce. Tu hésites un peu, puis tu te décides à te lever et avances doucement mais sûrement vers l'interrupteur. Tu te prends au passage ce qui semble être une machine, droit dans le bide, ce qui t'arrache un "aïe" grognon. Puis arrivé à la hauteur du bouton, tu appuies dessus plusieurs fois. Mais rien. Nada. Que dalle. Pas une seule lumière. Tu pestes à vive voix. Tu attrapes ensuite ton portable et mets la fonction lampe-torche. Tu passes rapidement la lumière à travers le secrétariat. Puis tu te souviens que tu n'es pas seul.

"Héééé ? Vous êtes là ?"


Elle a disparu. Hé, les meufs ça disparaît pas en un clin d'oeil. Tu glousses, essayant de calmer ta respiration. Puis tu t'avances vers le bureau. Tu le contournes. Mais un faible bruit attire ton attention. Ça vient de dessous le meuble. Tu t'abaisses, pointant ta lumière vers la silhouette, faisant attention à ne pas l'aveugler. C'est elle. Ben dis donc, elle aussi a l'air de ne pas kiffer le noir. Tu lui tends une main

"Héhéé, du calme. Ne paniquez pas, ça n'arrangera rien."

Tu sais ce que c'est. Mais pour toi, on t'a jamais tendu la main dans ce genre de situation. Et t'es pas un crevard, tu vas pas la laisser comme ça, tu ne vas pas t'enfuir la queue entre les jambes. Tu te focalises sur elle, ce qui te permet d'oublier ta peur. Au moins, un peu.



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J’entendais une voix. C’était rassurant. C’était humain. Puis mon esprit fatigué fit le lien entre la voix et le garçon précédent – Iloy ? – et la honte vint. Elle vint me brûler les joues, se répandre sur chaque millimètre de peau jusqu’à mes racines de cheveux. Cuisante. Je me haïssais, de m’être montrée si facilement, si faible, si pitoyable. Et je ne pus refuser cette main, parce que ça voulait dire contact. Le contact était rassurant. C’était une chose que je ne pouvais m’offrir à moi-même. Je m’étais relevée, en colère contre moi-même. Et soulagée.

« Merci. »

C’était tout ce que j’avais pu dire. Je m’étais rassie, j’avais fixé le rayon de lumière, en m’insultant intérieurement de tous les noms. Je contemplais l’ordinateur portable sur lequel je travaillais. Il fallait que j’attende que le courant revienne pour que je puisse lui imprimer cette page de son dossier, et de la même occasion envoyer les informations à la base de données pour que tout soit à jour et valide. Je jetais un coup d’œil à la fenêtre, contemplant le ciel nocturne, les nuages qui se profilaient, cachant des parts de ciel. Comment allais-je rentrer ?

Le dernier bus partirait dans quelques minutes. Quelques minutes où j’attendrais le courant. J’allais devoir rentrer à pied, seule, dans le noir. L’idée me réfrigérait. Tous mes poils se redressaient sur ma peau, comme si j’étais gelée. La peur est froide.

« Je suis vraiment désolée de t’avoir montré ça. Ahem… je suis désolée aussi de t’annoncer que sans courant, je ne peux pas imprimer le document dont tu as besoin et te relâcher… Enfin, je peux écrire une excuse pour tes parents si tu veux. J’ai les tampons officiels, ils ne pourront rien y redire et tu ne te feras pas disputer. »

Je passais une main dans mes cheveux. Je jetais un coup d’œil à l’heure encore une fois. Ils ne restaient que trois minutes. C’était mort. Même en courant. Et il y avait le cimetière, les champs, et dix minutes de bus. Une demi-heure à pied. Mon chaton allait mourir de faim. Et de solitude. Mais je ne pouvais pas partir si ce garçon était encore là. Courant, pitié.

Le ciel avait entendu mes prières. Le temps d’une seconde. La lumière était revenue, j’avais juste eu le temps de soupirer de soulagement, et le courant avait déjà sauté à nouveau. Je regardais Iloy, perplexe, apeurée, un peu perdue sûrement.

« Je le ferai demain et je t’enverrais un mail, à toi et tes parents aussi. »

Je lui tendis un post-it et un stylo où j’avais griffonné au préalable « changement adresse envoyer mail Iloy ».

« Ecris-moi ton adresse s’il te plait… merci. »

Je le collais ensuite dans mon agenda sur la page du lendemain, pleine de bouts de papiers. C’était plus pratique pour écrire dans le détail. Et puis je pouvais les enlever dès que la tâche était accomplie. Toutes étaient classées comme urgentes, de toute façon.

Coup d’œil vers l’heure. Bus raté.

« Tu devrais appeler tes parents si tu ne possèdes pas de véhicule. Nous venons tous les deux de rater le dernier bus. »

Je pris une longue inspiration pour me calmer. Les exercices de respiration n’avaient jamais fonctionné. Mais c’était une habitude. Une habitude relativement inutile.

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Tu l'aides à se relever, puis tu t'éloignes du bureau, la laissant s'assoir à sa place. Tu la fixes un vague instant puis tu t'approches d'une fenêtre, observant la pénombre. Tu inspires, parvenant à maitriser ta peur. Il te suffit de penser à autre chose, de regarder une lumière.
Elle parle, tu tournes seulement la tête vers elle. Tu esquisses un sourire en l'entendant, mais elle ne peut pas le voir.

"Ne vous en faites pas, ce n'est pas grave je vous assure."

Tu perds rapidement ton sourire, reportant ton regard vers l'extérieur. Mais une seconde de lumière te sortit de ta rêverie. Tu sursautas légèrement, de nouveau dans le noir. Un soupire. Tu reviens vers la secrétaire. Elle te tend un morceau de papier et un stylo. Tu griffonnes rapidement ton adresse dessus puis lui redonne le tout. Ton regard se concentre sur les gestes qu'elle exécute, mais tu peux à peine discerner son visage.

Tu essaies de fixer ce ne serait qu'un oeil, une partie du visage, n'importe quoi. Tu hausses les épaules, attrapant rapidement le portable qui traîne au fond d'une de tes poches.

"Mes parents ne pourront rien y faire, ils habitent pas à Arcadia. Je vis seul."

Tu regardes l'heure. Tu n'as vraiment pas envie de rester ici toute la nuit. Tu remets l'appareil au fond de ta poche, remontant ensuite la fermeture de ton sweat.

"Écoutez, ce n'est pas un soucis si je ne peux pas avoir le papier aujourd'hui. On va dire que ce n'était pas le bon jour. Franchement, ne vous en faites pas."

Tu attends un peu, puis tu te diriges vers la porte. Tu l'ouvres, jetant ton regard dans le couloir bien trop sombre à ton goût. Tu inspires profondément, allumant la lumière de ton portable. Tu dois récupérer ton sac qui traîne dans le couloir. Puis tu dois partir. Tu dessines déjà un plan d'évacuation d'urgences dans ton cerveau.

Tu y penses. Elle a bien dit "Nous venons tous les deux de rater le dernier bus. " Ça veut dire que elle aussi doit rentrer à pied. Tu la regardes. Aller Iloy, tu vas pas la laisser là. Tu sais qu'elle est comme toi. Comme un petit chiot paniqué quand il se retrouve dans le noir.

"Hm... Ça vous dit de rentrer maintenant ? Je pense que ça sert pas à grand chose d'espérer. 'Fin je... ça serait cool de rentrer à deux maintenant, c'est mieux, non ? Puis bon... je... supporte pas tellement que ça de rentrer seul, le soir."

Putain Iloy, mais qu'est-ce que t'as l'air ridicule comme ça, à demander. Aller mec, reprends-toi.


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    Ah, la solitude. Vivre seul, manger seul, dormir seul. Je n’avais personne chez moi en ce moment. Mon chat me réconfortait. Un peu. C’était ridicule. Tant mieux que j’avais une veilleuse dans ma chambre. Même un lieu aussi commun que ma chambre pouvait m’effrayer. Et surtout, regarder en-dessous de mon lit. Même en plein jour, c’était flippant, ça. Qui n’avait jamais eu peur de découvrir le fameux monstre qui nous dévorerait si on ne s’endormait pas assez tôt ?

    Il me rassurait en disant que ce n’était pas grave. Je lui fis un sourire peiné qu’il ne put pas voir. Je me dépêchais de ranger mes affaires tout en l’écoutant me dire que tout irait, même si je ne lui donnais pas le papier. C’était agréable, de ne pas se faire presser. Pas comme les supérieurs, qui prévenaient à  la dernière minute et s’étonnaient de recevoir leur document « aussi tard », comme quoi il faut toujours trouver un fautif. Et c’est mieux quand c’est pas soi-même.

    Et puis ces quelques mots, alors que je vois le rayon de lumière éclairé le couloir. Lugubre, froid, vide. Seuls, dans les bâtiments administratifs, pendant une coupure de courant. Et sa proposition. La fin. Il avait peur du noir. Lui aussi. D’une certaine manière, ça me faisait sentir bien. Comme si ce simple point commun, ce calvaire, venait de nous tisser un lien.

         « Bien sûr. Je ne me vois pas marcher pendant une demi-heure seule sur une route déserte à peine illuminée. »

    Et encore ce mot, un peu gêné, un peu gênant – car c’est moi qui suis censée aider, pas le contraire.

        « Merci. »

    J’avais retiré mes talons et les avais cachés dans un tiroir après avoir pris les baskets – toujours avoir des chaussures confortables quand on portait des talons était une nécessité – qui y reposaient à la base. Après les avoir enfilées et avoir mis mon sac à main sur l’une de mes épaules, je m’étais rapidement approchée de lui. Mes yeux accommodés à la faible luminosité rencontrèrent le sien le temps d’une seconde, avant que je n’avance dans le couloir. Je marchais tranquillement, mais j’avais terriblement envie de courir et quitter le bâtiment.

        « Ce… euh, ce serait plus rassurant si on parlait… juste un peu ? »

    Je fixais mes pieds. J’étais trop stressée pour la fermer. J’étais trop embarrassée pour lancer un sujet, mais comme j’avais donné l’idée, il fallait bien commencer. Mon esprit tournait à mille à l’heure.

        « Ton euh… sweat. Il est beau. Vraiment beau. Désolée… c’est un peu nul. Je sais pas trop quoi dire, en fait. Je vais finir par te parler de météo, ce sera vraiment la dèche. »

    Je passais une main gênée dans mes cheveux. Nous étions déjà arrivés dehors. C’était moins oppressant. Il y avait la possibilité de fuir. Ça me rassurait.
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Tu esquisses un sourire. Elle t'accompagne. Un "ouf" te traverse l'esprit, tu ne rentreras pas seul. Tu l'attends un petit moment, puis vous vous retrouvez vite à traverser le sombre couloir. Tu jettes quelques regards inquiets en arrière, ne t'attardant pas sur les lumières.
Elle te propose de parler. Ouais, parler, ça détend l'atmosphère. Tu la regardes. Tu lui dis "merci" quand elle commente ton sweat, puis tu rigoles à ses mots. Parler de météo en pleine nuit.

Te voilà enfin dehors, tu inspires l'air à plein poumons, puis tu te rends compte d'un truc. Ton sac. Bordel.

"Euh attendez deux secondes, j'ai oublié mon sac. Je reviens vite."

Tu t'engouffres de nouveau dans le hall, à la recherche d'un vieux sac à dos. Tu le vois, contre un mur. Tu accours vers lui, l'attrapant comme un vieux sac à patates. Mais un bruit résonne juste devant toi. Tu relèves la tête et vois une silhouette au-dessus de toi. Et c'est sorti tout naturellement. Un cri. Tu pousses un cri. Puis tu recules vivement, te prenant les pieds dans une chaise. Tu te retrouves rapidement par terre, sonné, essouflé. Tu entends une voix. Putain, ce n'est qu'est le gardien. Tu te relèves, titubant et te frottant l'arrière du crâne. Tu t'excuses auprès du gardien puis tu t'enfuis dehors sans plus attendre.

Elle est toujours là. Remarque, tu sais qu'elle n'ira pas bien loin sans toi. Tu enfiles ton sac sur une épaule. Elle a sûrement dû attendre ton cri.

"J'ai... juste croisé le gardien. Il est sorti de nul part, donc c'était assez flippant. Bref, on y va ?"

Tu commences à t'éloigner du bâtiment, mettant au passage ta capuche. Tu fixes le chemin qui mène vers la sortie, puis ton portable. Tu tournes la tête vers elle. Tu peux voir un peu mieux son visage grâce aux éclairages. Un sourire. Tout ira bien. T'as l'impression d'être dans un film avec tout ce qui se passe. Comme quoi, ça peut arriver à n'importe qui. Même aux plus trouillards. Remarque, c'est cool qu'elle soit là finalement la secrétaire, ça te fait un peu oublier qu'il fait nuit. Ça te fait sentir moins gamin.

Alors Iloy, chaud pour un peu de marche ? Pas tant que ça.



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Je me demandais bien comment il avait pu oublier son sac, son sac qu’il se trimballait sans même s’en rendre compte, tant c’était une habitude – d’accord, on s’en rendait toujours compte à cause du poids sur l’épaule, mais ça sonnait moins comme une chose indispensable, inoubliable. Je me souvenais de ces enfants à l’école primaire qui oubliaient leur sac chez eux. Je les regardais toujours en levant les yeux au ciel. Et comme j’étais populaire, comme les gens voulaient être mes amis, je leur disais « t’inquiète ça va, je te déteste pas, t’es juste un peu bête », et je m’éloignais d’eux, consternée. Ce qui me consternait, maintenant, c’était plutôt mon attitude. J’étais si odieuse.

    Je l’avais attendu en regardant le ciel, les yeux éblouis par les étoiles. J’avais rêvé d’en être une. J’avais rêvé d’être propulsée dans les airs, de sauter si haut qu’il n’y aurait plus de chute. J’avais rêvé de toujours marcher en pointes, j’avais rêvé de n’être qu’arabesques, de pouvoir être complètement immobile lorsque je tournais, comme les danseuses des boîtes à musique. Et parce que j’avais des os fragiles, diagnostiqués après des années de danse, j’avais été recalée. Même si je savais faire une arabesque penchée en pointes, même si je pouvais faire un grand jeté comme dans Don Quichotte, que mon grand écart restait toujours en place, cette défaillance, ce risque de me casser une… un cri. Je regardais derrière moi, je regardais le bâtiment. C’était lui. C’était Iloy. Est-ce que j’étais censée accourir ? Je ne pouvais pas rentrer. Etait-ce de la non-assistance pour personne en danger ? Allais-je finir en prison parce que je n’étais pas allée voir ?

    Mais il revint de lui-même. Je poussais un soupir soulagé. Il allait bien. Sa petite explication me fit rire, juste un peu.

         « A ta place, je me serais pissée dessus. »

    Et je m’étais rendue compte que ce n’était pas approprié. Parce que moi, je faisais partie du personnel, et lui des élèves. Parce que moi j’avais vingt-trois ans et lui dix-neuf. Parce que j’étais censée être une adulte. Et que les adultes riaient entre eux.

         « Enfin, euh, pardon, je devrais pas dire ça. Enfin, je devrais pas te dire ça. »

    Appuyer, souligner, marteler, mettre en gras la différence. Il l’avait entendue. J’avais commencé à marcher. En fixant mes pieds. Des converses en sale état. Elles dataient de mon adolescence, et je n’avais jamais

         « Mais tu sais, je me disais… que comme on a à peu près le même âge que ça va. Même si t’es pas encore majeur, ici. Tu peux pas boire d’alcool sauf en cachette. Enfin, l’alcool c’est pas spécialement conseillé. Je dis n’importe quoi. Et je devrais pas. Mais je suis tellement stressée, qu’il faut que je comble. Pardon. »
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Un rire. Puis un malaise. Tu la regardes un bref instant, avant de détourner le regard, perplexe. Pourquoi faut-il toujours qu'il est cette barrière ? T'aimerais parfois casser les codes, les détruire. Parce que au fond, tu t'en fous. Royalement. Tu relèves les yeux, vous vous approchez à grands pas de la grille. Bientôt, tu seras dehors. Mais dans une demi-heure, tu seras chez toi. Un soupire. Qu'est-ce que t'as hâte de rentrer.

Tu la fixes du coin de l'oeil. De nouveau un sourire qui t'échappe. Tu te passes une main sur ton menton imberbe, faisant mine de réfléchir. Tu avais envie de lui répondre que tu t'en foutais si elle te parlait comme si elle parlait à gars de son âge et pas à un élève.

"Vous savez, même si je peux boire de l'alcool en cachette, ça ne m'apportera rien que d'être rapidement ivre. C'est pour ça que j'évite. Et puis j'ai pas un estomac solide."

Un rire gêné.
Tu frappes dans un caillou qui s'envole droit devant toi. Tu ne vois même pas où il atterrit tellement il fait sombre. Tu attrapes les sangles de ton sac, tirant dessus par nervosité. Vous vous rapprochez de la sortie. Si tu t'écoutais, tu partirais en courant. Tu foncerais comme une flèche. Mais tu laisses tes pieds traînés au sol

Tu regardes le ciel. Tu manques de t'embrocher à une pierre. Tu pestes dans ta barbe. Finalement tu regardes le sol, jetant quelques coups d'oeil "discrets" vers la secrétaire. D'ailleurs tu ne connais toujours pas son prénom. Mais ça se fait, de demander ça à la secrétaire de ton bahut ? Ah moins que tu ne veuilles continuer à l'appeler "la meuf du secrétariat".

"Et euh sinon..."

Tu cherches un truc à dire. Une main dans les cheveux, qui glisse jusqu'à une joue, que tu grattes nonchalamment.

"Vous aussi vous avez euh... peur du noir ? Ouais 'fin, "peur". Perso, je considère ça plus comme une phobie."

Parler d'un sujet ça détend. Parler d'un sujet sur un point commun, c'est mieux. Puis tu t'en branles de parler de trucs comme ça avec elle. Franchement, vu l'état de la situation, tu la considères plus comme une nouvelle connaissance qu'une meuf qui travaille à ton bahut.


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         « Il vaut mieux que tu aies l’alcool en horreur. J’ai déjà vomi sur quelqu’un une fois, cette personne n’a pas vraiment apprécié. Surtout que ça abîme le cerveau ou je ne sais trop quoi. Ça te grille les neurones. Et puis, l’alcool c’est dégueulasse. Aussi frais que ça soit, avec des glaçons, et tout, ça te réchauffe la gorge. Je déteste ce paradoxe. »

Je passais une main dans mes cheveux, glissais mes doigts le long de ma nuque, la trouvais grasse. J’arrêtais. J’avais transpiré. Comme toujours il avait fait chaud, et mon corps ne s’était jamais vraiment habitué au climat d’Arcadia, comme le prouvait ma peau qui rougissait plus qu’elle ne bronzait. Tant qu’on ne me prenait pas pour une albinos… Et puis cette question. J’avais baissé les yeux, un peu gênée d’en parler.

         « Je n’ai pas toujours eu peur du noir ; je me souviens, un soir, une tante est venue dans ma chambre pour me souhaiter une bonne nuit, et elle a laissé échapper une petite phrase, innocente, c’est sûr. « Tu n’as pas peur, dans le noir ? » Je n’avais pas de veilleuse. Le seul fait qu’un adulte me le demande, ça m’a donné l’impression que le noir représentait le danger. Je lui ai demandé d’allumer une petite lampe, je n’ai jamais pu me passer de la lumière, je n’en ai juste plus le courage. J’angoisse dès que le jour tombe à l’optique d’être dans le noir. Mon imagination normalement inféconde est particulièrement révoltée quand il s’agit de penser à tout ce qui pourrait me découper, m’oppresser et créer des mini-scénarii où je suis au bord de la mort tout ça lié à l’obscurité… désolée, je te raconte ma vie comme si c’était intéressant. Oui, j’ai peur. Tant qu’on me retrouve recroquevillée et tremblante alors que je vais bientôt entamer le deuxième quart de ma vie. »

J’écoutais le rythme irrégulier de nos pas, du claquement de nos pieds en contretemps. Nos ombres changeaient de taille à chaque réverbère, s’étiraient, s’allongeaient, rétrécissaient, rapetissaient au jeu des lampadaires et des rares phares de voiture qui m’éblouissaient les yeux. J’aurais aimé monter à leur bord, tout proposer pour éviter le trottoir, et la lune maladive qui nous regardait de son grand œil jaunâtre.

         « Ah, euh, j’imagine que tu ne le sais pas – tout le monde se fiche de l’administration, surtout quand ils sont coincés derrière des postes – mais juste pour être sur un pied d’égalité, j’imagine, je m’appelle Noah. »

Je déglutis, cherchant quelques mots. Cherchant à combler. Peu importait le sujet. Le silence dans l’obscurité était le pire.

         « Et… et toi, depuis quand ? »
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Tu te redresses, évitant d'être trop courbé. Si maman te voyait, elle t'engueulerait à propos de ta démarche de manchot. Tu fixes la route, sombre. Quelquefois tu zieutes les lumières. D'autres fois tu regardes en arrière. On sait jamais. Mais tu l'écoutes toujours. Elle parle. Tu vois donc d'où est venu sa peur. À côté d'elle, t'as l'impression d'être un vrai pétochard, d'où l'origine de ta phobie. Puis tu sourcilles. Elle te dit son prénom. Noah. Enchanté, Noah. ce n'est pas tous les jours que tu vas connaître le prénom d'une personne du personnel. Tu étires un fin sourire. Encore ce sourire invisible mais que tu sais qu'il est là.

Elle te pose une question. Tu renifles, relevant la tête pour fixer les étoiles. Tu cherches dans tes souvenirs. Tu te souviens très bien de la scène, mais tu ne sais plus à quelle époque.

"Hmm... je ne sais plus trop. Je devais avoir genre six ou sept ans. Je n'étais pas le genre de gamin à dormir avec une lumière. Du moins, au début. En fait, c'est mes deux frères. Ils m'ont fait peur en pleine nuit, me réveillant de manière assez brutale." Un soupire marque un temps de pause. "Ils avaient des masques de clowns et des armes en plastique. Ils m'ont tiré de mon sommeil avec tellement de violence que ça m'a marqué. Désormais, j'ai tout le temps peur de me faire agresser dans le noir, sans que je m'y attende. Dès qu'il y a un bruit, un flash, ou autre chose, je panique. Genre, je peux perdre le contrôle et j'ai du mal à respirer."

Un rire. Tu te mords la lèvre inférieure. Puis tu la regardes.

"Et j'ai aussi choppé la peur des clowns accessoirement. 'Fin, voilà. C'est assez con."

Tu regardes de nouveau la route. Ce n'est pas tous les jours que tu vas te confier à une nana que tu connais à peine. Mais bon, vu que vous avez cette peur en commun, ça te gêne pas trop. Enfin, pas tellement que ça.
Tu bâilles, essayant de ne pas trop être bruyant, remontant aussi ton sac à dos en un coup de reins.

Tu avances. Mais c'est encore loin. Aller Iloy, lâche pas l'affaire. Tu vas pas faire du stop. T'aimes pas ça. Tu pourrais te retrouver dans la camionnette d'un type louche et finir découpé en morceaux au fin fond d'une déchetterie.
C'est long, en fait. Tu regardes un peu partout. Le paysage. La route. Noah. Puis de nouveau la route. Les voitures passent à une vitesse folle. Tu marmonnes des injures.

Alors ? Tu vas rester dans un silence de mort ? Oui ? C'est vrai que discuter, c'est pas ton fort. T'aimes pas vraiment ça, à la base. Mais quand tu te retrouves dans l'obscurité, avec une seule personne, tu ne veux pas de silence. Allez, creuse dans tes méninges d'intello.

"Eh euh... 'fin... ah putain, c'est débile comment je parle. Désolé, je n'ai pas l'habitude de taper la discute. Surtout avec la secrétaire de mon bahut. C'est que, je me retrouve pas souvent avec une autre personne à faire le trajet du retour. Et encore moins à chercher un sujet de discussion. À moins que vous vouliez parler de cours, mais je pense pas que ce soit le cas."

Un rire traverse doucement tes lèvres. Suivi d'un "désolé".
Tu voudrais à cet instant précis te retrouver sous terre. Disparaître.
Un oiseau s'envole. Le bruit de ses ailes te fait sursauter.
Abruti d'oiseau.


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    J’avais écouté son histoire avec attention. J’étais exaspérée. Je le savais, pourtant. Je le savais très bien. La cruauté est l’une des principales caractéristique de l’enfant. Que c’est drôle, de pousser ses amis, de les attraper dans des jeux violents, de leur balancer un ballon en plein visage, de leur tirer les cheveux, crier dans les oreilles, baisser leur pantalon, cracher dans leur trousse, leur jeter des cailloux – ah, plus ils sont pointus mieux c’est. Et ils n’étaient malheureusement pas cruels qu’entre eux, beaucoup d’autres choses y passaient comme les animaux et les insectes. « Oups, j’ai oublié de mettre des trous dans la boîte avec les sauterelles », « c’est drôle de casser les toiles d’araignées », et tirer la queue du chat pour l’attraper, et ouvrir les cocons de chenilles, et éventrer une souris à l’aide d’un bout de bois pour voir « comment c’est, à l’intérieur ».

         « C’est pas con. Je suis désolée, peut-être que t’arrives à les aimer quand même – moi je pourrais pas –, mais tes frères sont de gros connards finis. Ce genre de personnes – attention, ça doit faire des années que je n’ai pas prononcé ce genre de mots – j’ai juste envie de leur rouler dessus avec une voiture, mais juste sur les jambes, tu vois. J’aimerais les entendre hurler, à pleins poumons, qu’ils sont désolés, leur clouer les mains à une sorte de grand morceau de bois, suspendus, chaque doigt, pour être précise. Genre, deux clous rouillés dans chaque doigt. Ils ne toucheraient pas le sol. Je me demande si leurs doigts pourraient s’arracher à cause de la pesanteur. Puis… avec une tronçonneuse, j’y irais petit à petit, genre, d’abord un bout de pied, etc., jusqu’à la taille. Après, il faut prendre de l’acide et un économe. Genre, tu lui épluches la peau – ce qui doit être passablement douloureux – puis tu leur verses de l’acide dessus. »

    Je regardais avec ennui droit devant moi avant de prendre en compte ce que je venais de dire. Ça n’allait pas. Je ne pouvais pas dire ça. Peu importait la personne. C’était la franchise détestable, la trop inacceptable pour être permise. C’était mon opinion que je venais de formuler. J’avais jeté un regard en coin à Iloy.

         « Enfin, tu vois, mon imaginaire infécond qui se réveille dès qu’il fait noir couplé à ma nervosité et mon manque d’interactions sociales quotidiennes m’ont menées à des paroles que je regrette déjà. Haha. »

    Il proposa de parler de cours. J’avais poussé un soupir, en souriant un peu. L’école. Je n’en avais jamais bavé, j’avais ce qu’on appelle des « facilités », du « potentiel ». J’avais un avenir réglé, aussi.

         « Tu vois, les cours m’ont toujours ennuyée. A part ceux de physique-chimie, mais je suis allée dans une section littéraire parce que ça me tentait vraiment, ce genre de trucs. Et puis, à l’époque, j’avais un autre projet d’avenir et je n’aimais pas beaucoup les mathématiques – ce n’était pas un problème de notes, juste que c’était assez… euh… ennuyeux, à mes yeux. Travaille bien, tu ne finiras pas comme moi. De toute façon, il faut toujours quelqu’un pour remplir les postes merdiques, sinon il n’y aurait plus de facteurs ou de femmes de ménage, vois-tu. Mais genre, gâche pas ta vie. Tu le regretteras tous les matins en te réveillant sinon. C’est l’un des pires constats. »

    Je jouais distraitement avec l’une de mes mèches de cheveux. Nous pouvions peut-être courir, finalement ? J’avais naturellement commencé à accélérer.

         « T’es en cursus sport, n’est-ce pas ? Tu veux pas courir ? J’aime pas cet endroit. »

    Je n’attendis pas vraiment sa réponse. Mes baskets claquèrent contre le sol, et je m’enfuyais déjà. Petit à petit, j’accélérais. Mon sac à main rebondissait contre ma hanche, mes cheveux venaient se perdre devant mes yeux, claquer dans mon dos, chatouiller ma nuque. Les jupes n’étaient pas des plus confortables pour se mettre à courir, en pleine nuit, mais je ne pouvais me plaindre. Mon rythme cardiaque accélérait, un sourire se dessinait sur mes lèvres. Qu’est-ce que j’étais en train de foutre ? Je ne savais pas vraiment. Mais c’était agréable.
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Tu n'as jamais vraiment réfléchi à ce que tu ferais plus tard. Tout ce que tu sais, c'est que tu n'es pas un élève merdique. T'as des qualités. Mais pas un avenir tracé. Tu ne veux pas vraiment avoir de la peine pour cette secrétaire. Après tout, tu ne sais pas ce qu'elle a fait pour en arriver à ce boulot. Ça t'importe peu. Mais bon. Ça t'empêche pas de penser à comment arriver à la rendre un peu heureuse. Tu sais pas. Tu sèches.

Elle dit un truc. Et elle accélère. Toi, tu restes en arrière, le temps de capter. Puis tu la vois qui s'éloigne. Tu écartes légèrement les yeux, te mettant à ton tour à courir. À chaque mouvement, tes cheveux rebondissent. Ta capuche tombe en arrière. Tu la rattrapes facilement, te mettant à son rythme. Tu écoutes le bruit de tes chaussures traînant sur le sol. Puis le bruit des sacs qui rebondissent. Tu renifles. Puis tu accélères le pas, la dépassant un peu. Mais si tu t'écoutais, tu filerais à la vitesse de la lumière. Mais bon, en tant que gentleman, t'attends toujours les demoiselles.

Tu regardes le paysage en même temps. T'oublie un peu Noah. T'oublie un peu la nuit. Tu vérifies si tes lacets sont faits. Ce serait con de se rétamer la gueule contre le sol. Non c'est bon, ils sont faits.
Tu jettes quelques regards vers Noah. Elle n'est pas bien loin derrière toi. Tu ralentis, te remettant à son rythme. T'évite de parler, ça te file rapidement des points de côté. Tu respires à un rythme régulier. C'est comme à l'entraînement, tu te focalises sur une chose pour te motiver. En l'occurrence, tu te vois déjà profiter d'un bon bain en arrivant à la casa. Puis faut que tu penses à bouffer aussi. Merde. Il te reste quoi déjà ? Des conserves. Mais quoi ? Il y a des haricots. Tu pourrais te faire une salade de haricots. Puis te poser devant la télé. Appeler maman aussi, pour la prévenir. Elle ne va pas en revenir que tu es fait le chemin du retour à pied avec une parfaite inconnue plutôt mignonne. Putain, ton lit te manque aussi. Tu te déconnectes un peu du monde réel.

Ton pied heurte un trou, ça te ramène direct à la réalité. Tu bailles, mettant la main devant la bouche. Puis tu secoues la tête, te réveillant. Ce qui te donne un léger vertige. T'as chaud aussi. Tu t'arrêtes soudainement, enlevant ton sac à dos que tu jettes à tes pieds. Tu retires ta grosse veste, l'attachant à ta taille. Tu portes juste un débardeur vert, foncé, simple. Un léger frisson te parcourt les bras. Puis tu remets ton sac à patates sur les épaules, rattrapant Noah. À ce rythme, tu seras arrivé à la casba vers vingt-trois heures minimum. Tss.

"Sinon vous savez, histoire de parler : j'ai toujours détesté mes frères. Ils m'ont rendu la vie dur, à l'école comme à la maison. Donc ouais, c'est des connards. Mais je ne vais pas me plaindre. Maintenant, chuis débarrassé d'eux. ... Ils ne sont pas morts, hein. Juste qu'ils se sont cassés. Loin. Mais vous avez de bonnes idées de tortures aussi."

Tu rigoles. Ça détend l'atmosphère. Ça comble ce silence.




Spoiler:
 
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    Je le voyais me dépasser, légèrement. Vingt-deux heures vingt. Et quarante minutes devant nous. Je m’étais mise à penser, moi aussi, à ce qui m’attendait en rentrant. De la solitude, une douche, le reste des lasagnes que j’avais préparées la veille et mon lit. J’allais me couler entre les draps, j’allais me noyer dans mes rêveries, et j’allais me lever à la même heure, en m’étant couchée trop tard. J’allais me passer de l’anticerne sous les yeux, j’allais boire trop de café et avoir un coup de barre avant quinze heures. J’allais prendre des vitamines, et continuer à avoir sommeil. Je me demandais ce que lui, il allait faire. Je me demandais si, parce qu’il ne vivait pas avec ses parents, il avait quelqu’un qui l’attendait ? Ça ne me regardait pas. Mais en même temps, ça m’aurait étonné. S’il avait vécu avec sa copine, elle aurait déjà appelé. S’il avait vécu avec sa copine, elle l’aurait sûrement attendu. S’il avait vécu avec sa copine, il ne serait pas là. Cela ne voulait pas dire qu’il n’en avait pas. Juste qu’ils ne dormaient pas tous les soirs dans le même lit.

    Et puis, il n’avait pas une tête de copain. Ou peut-être que c’était à cause de la situation, du malaise, de la peur, et puis de moi qu’il ne connaissait pas. Etais-je intimidante ? Pas vraiment. Des étudiants de l’académie avaient le même âge que moi. On ne me prenait pas au sérieux. C’était impossible que j’intimide qui que ce soit quand je quittais mes talons et mon bureau. C’était impossible quand je me mettais à courir pour fuir l’obscurité.

    J’avais ralenti jusqu’à reprendre le rythme de la marche. Parce qu’il me parlait. Et je ne pouvais pas courir et parler. J’allais agoniser de douleur à chaque pas et au moindre mot.

    J’ébouriffais mes cheveux pour y laisser passer un peu d’air. J’avais chaud. C’était fou comme il faisait tout le temps chaud, en Floride. Je défis les deux premiers boutons de ma chemise pour la secouer et aérer ma poitrine. Je détestais suer. J’aimais la climatisation perpétuelle de mon bureau. J’y étais à l’aise. Dix-huit degrés, c’était parfait.

         « Je dis ça, mais je n’appliquerai jamais. Je me mettrai à vomir en voyant tout ce sang. Je ne pourrais jamais aller aussi loin. Mais ce serait bien si quelqu’un le faisait à ma place. Quelqu’un qui n’a aucun lien avec moi, avec eux. Un parfait inconnu qui s’ennuie. Un truc improbable dans ce style, t’imagines. Une grande enquête, ton nom sur la liste des suspects. Ça me fait penser à une nouvelle de Stephen King, j’crois. Ça parle d’un gars qui conduit un sourd-muet qui faisait du stop. Il lui raconte un truc à propos de sa femme, une belle salope qui le trompait et détournait l’argent de l’entreprise. Paf, on la retrouve morte. »

Je lui jetais un regard en coin avant me remettre à regarder mes pieds. Ma jupe s’arrêtait juste au-dessus à mes genoux. Trop courte pour une adulte, sûrement, trop longue pour une jeune femme, mal taillée dans tous les cas. Elle ne m’allait pas.

         « Dis, tu t’es déjà vengé d’eux ? Je veux dire, si c’étaient des connards, c’est pas bien grave de se venger, nan ? Je crois qu’à quinze ou seize ans je l’aurais fait… ahem, sinon ? Je veux dire, ça va aller si tu rentres aussi tard ? T’as pas des devoirs, des trucs du genre à rendre ? Parce qu’il faut encore que tu te débarbouilles, que tu manges, tout ça. Ah, j’suis vraiment désolée. L’organisation c’est vraiment de la merde. Et ça, partout, j’ai l’impression. Ils font vraiment n’importe quoi, et je finis avec leurs erreurs sur le dos. Je pensais, tu vois, que c’était un boulot tranquille à défaut d’être sans ambition. Je crois que je ne me suis jamais autant trompée. Faut croire qu’on est jamais vraiment peinard. Mais au moins, y a les vacances scolaires. Ça c’est vraiment cool. »

    Je lui esquissais un petit sourire.

         « Tu vas voir tes parents pendant les vacances, j’imagine. Enfin, ça me regarde pas trop, désolée. Je ne devrais pas creuser dans ta vie comme ça. »
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Une main relève les quelques méchouilles qui s'accrochent à ton front, les mettant en arrière. Ce geste que tu exécutes 124956 par jour, ce geste qui ressemble fort à ce que font les hommes torses nus dans les pubs pour shampoings ou parfums, pour se la péter. Mais à ce moment-là, c'est moins classe.
La main revient en arrière, passant sur ton visage et te débarrassant de cette sueur. Tu pourrais fondre sur place. Tu te remets à traîner des pieds, le dos courbé.

Elle parle, Noah et tu l'écoutes, mais aucun mot ne te vient à l'esprit. Tu as ce regard qui se balade un peu partout, vers le ciel, la route, la secrétaire (son décolleté, que tu regardes vite fait), puis de nouveau la route. Tu as oublié la nuit, enfin, un peu. Il y a de moins en moins de voitures qui passent, il y a des chas errants qui traversent la route et disparaissent dans le noir.

Si tu t'es déjà vengé de tes frères ? Oui, dix ans plus tard. Haha, ça te fait rire d'y penser encore, parce que ça c'est passé il n'y a pas si longtemps que ça. Enfin, t'aurais préféré les cogner à la place, mais ils t'auraient encore plus fracassé par-derrière, puis un contre deux, t'aurais eu aucune chance. Néanmoins, ils ont quand même réussi à te choper pour te refaire le portrait. Tu as encore mal à la mâchoire rien que d'y repenser.

"Ouais, on va dire que je me suis vengé, à ma façon. Et euh oui, il y a pas de problèmes si je rentre tard, j'ai pas grand chose à faire à part me laver et grailler."

Le regard figé vers le sol, tu renifles. Un peu de peine pour elle à cause de son boulot de merde ? Un peu. Tu vas lui répondre quoi ? Rien, parce que tu ne sais pas ce que c'est d'avoir un job merdique, parce que à part dire "bon courage", tu n'as pas une forte expérience dans le monde du travail. Enfin si, quand tu avais douze ans et que tu aidais maman dans sa petite boutique d'antiquités. Tu l'aimais bien, cette boutique, même si ça sentait le vieux.

"Je pense. Enfin, j'sais pas trop. P't'être qu'ils vont venir à Arcadia, par curiosité, puis après p't'être qu'on retournera à Little Rock pour voir la famille. Papa choisira une destination de vacance, maman une autre mais finalement, ils vont se crêper le chignon et on n'ira nulle part. Comme chaque année. Alors chacun retournera chez lui. Alors bon, je glanderai sûrement, comme un phoque sur la banquise, à regarder les ours polaires défiler. Et vous savez, il n'y a pas de mal à demander."

Un nouveau sourire pour elle.
Putain, mais qu'est-ce que ça fait scène de film. Ce film amateur, à l'eau de rose, un peu pourri sur les bords. Avec des héros niais. Mais sympa à regarder. Tu te traces déjà le scénar dans l'esprit. Ça se finira comment ? Les héros vont se séparer, reprendre leur petite vie pépouze et ils s'oublieront. Ou bien dans le cas contraire, ils vont garder contact et quelqu'un chose va naître entre les deux. Ou bien un des deux meurt en plein chemin, de peur, car un chat leur a bondi dessus. Crise cardiaque, paf, fin de l'histoire.

"Vous euh... vous habitez loin, sinon ? 'Fin, si vous voulez, je peux vous raccompagnez jusqu'à chez vous, par sécurité. On sait jamais ce qui traîne dans les rues. Ça ne me gêne pas."

Tu fais quoi là ? Une sorte de tentative de drague dégueulasse ? Faut te remettre à jour là, ça fait longtemps que tu ne t'es pas retrouvé seul avec une demoiselle.


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    Venait-il de me proposer de me raccompagner ? Ça n'avait rien à voir avec la peur, la ville était pire qu'éclairée. Elle était faite de lumières. Comme toutes les villes. Tant qu'on n’habitait pas dans un quartier qui craignait trop et qu'on évitait les racailles tout coulait. A moins bien sûr qu'il soit interdit de passage dans certaines zones par des rancuniers. Enfin, s'ils lui avaient refait le portrait un jour, ça devrait passer, non ? En fait, je ne voyais pas vraiment comment un gars qui a peur du noir pouvait être allé chercher des noises à des racailles. A moins d'avoir été là au mauvais moment. Ce qui était regrettable.

    Je ne savais pas vraiment comment réagir, alors j'avais continué à marcher en y réfléchissant, les yeux tentant de compter les innombrables étoiles. Il y en avait qui étaient peut-être déjà éteintes, qui avaient explosé mais nous ne le savions peut-être pas, tant elles étaient lointaines. La physique-chimie m'avait toujours fascinée, autant que l'Univers m'effrayait. Dans un million d'années peut-être nous allions voir des centaines d'explosion d'étoiles. Et quand ce sera le tour du soleil, peut-être serons-nous balayés quelques secondes après avoir vu le début d'un des plus beaux spectacle. Mes spéculations n'avaient peut-être aucun sens mais c'était assez agréable que d'imaginer l'humanité se faire détruire. Mais en même temps je me disais que c'était ridicule. En un million d'années l'Homme serait mort différemment. Ou il se serait barré.

    A quoi j'étais censée réfléchir à la base ?

    Je me retournais vers lui, un peu perdue. Ah oui. Me raccompagner. Un refus poli ? Nous devions quand même garder une distance scène. Certaines personnes pourraient s'imaginer des choses, je me ferais virer pour coucheries avec des élèves. Et j'irais pleurer dans les bras de ma mère. Je pourrais aussi dire que j'avais accepté par politesse parce qu’une jeune femme ne devrait pas rentrer seule aussi tard le soir ? Je ne vivais pas dans un quartier dangereux. Tant que nous resterions à une certaine distance, ça irait.

         « OK. »

    Toutes ces longues minutes pour une réponse assez froide. Il fallait que je rajoute quelque chose. Il allait me prendre pour une mal baisée qui en plus d'avoir raté sa vie était aussi dégoûtée du sexe. Nan. C'était un mec. Il n'allait justement penser à rien. Et c'était rassurant.

         « Mais si ça te fait faire un détour ça me gêne alors on se sépare si tu habites dans une autre direction, OK ? Je veux pas que tu rentres encore plus tard si je suis là... j'habite à Hargrave Street. T'as pas vraiment besoin de t'inquiéter. A cette heure-ci, le quartier se réveille juste. Tout sera éclairé comme en plein jour et mon immeuble craint pas trop. »

    Cet accord fait, je changeais de sujet. Remplir le silence. Et marcher. Je lui posais des questions polies sur lui, s'il avait vu tel film, mon avis sur certaines choses tout en restant vagues, je lui parlais de mon envie de m'écrouler dans mon lit, je lui demandais s'il aimait les chats. En somme une discussion bien basique. Tellement que le temps passa normalement. Ni trop vite ni trop lentement, et nous finîmes - alléluia - par apercevoir les lumières de la ville. L'arrêt de bus était quasiment désert. Il était vingt-trois heures douze. Encore une dizaine de minutes à pied et j'arrivais chez moi.

         « Tu manges quoi ce soir ? Si on considère bien sûr qu’il est toujours l’heure de diner. Mais comme tu fais du sport, tu dois mourir de faim à la fin de la journée, non ? Je me souviens, avant, je mangeais comme quatre. »

    Une question innocente pour masquer le bruit de nos semelles contre le goudron. Les voitures m'éblouissaient. Si ça se trouvait, sa maison était à l'autre bout du monde et je me demandais si j'allais finir seule. J'avais dit que tout irait bien, mais aux Etats-Unis on ne savait jamais vraiment. Tout le monde pouvait être armé en même temps. C'était stressant. Je voyais déjà le titre d'un journal de pauvre envergure « secrétaire d'une grande académie tuée dans les rues d'Hargrave Street », suivi de mots comme « assassinat », « revanche », « jalousie », du baratin pour attirer les yeux, une photo de mon corps éventré, les organes pendant au sol et le constat de mon cœur manquant à l'appel. Non, ça n'allait pas arriver.
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Pourquoi t'avais demandé déjà ? Tu ravales difficilement ta salive, regrettant tes paroles. Mordillant ta lèvre inférieure, tu détournes le regard. Tu veux te la jouer mec charmant, mais c'est raté. Arrête d'être comme ça.

Arrête. Ça pourrait porter à confusion.

Réponds, s'il te plaît, dis quelqu'un chose. Réponds, Noah, ne le laisse pas dans la confusion. Il se sentirait bien con. Hein, Iloy. Déglutis, doucement. Tu as peur de quoi . Qu'elle te réponde d'un "non" froid, ou un "non merci", qu'importe, mais ça te gênerait après de rester avec elle. Elle est grande, elle se débrouille. Elle penserait que tu veuilles jouer aux preux chevaliers. Ce n'est pas ça, dans le fond ? Arrête, t'auras aucune chance avec elle. Ça pourrait pas marcher sans avoir d'emmerdes.
Arrête d'y penser.

"Ok". Un ok banal, sortit tout naturellement. Un sourcil arqué, un regard jeté vers elle. Tu te demandes si ça la gêne, si elle ne veut pas de ta compagnie au fond. Tu hésites, tu ne sais pas quoi dire. Lui répondre par un "d'accord" peut-être. Elle habite vers Hargrave Street. Ouais, ce n'est pas loin de l'aquarium, enfin, si on prend en compte que tu marches vite en général.

"D'accord, pas de soucis.  Et tant mieux si vous ne craignez rien alors."

Même si tu le dis, tu ne le penses pas vraiment. On sait jamais ce qui se passe la nuit, même si c'est éclairé. Jamais.
Mais changeons de sujet, ouais, ça t'évitera de t'embrouiller les pensées.

La ville s'approche, au fur et à mesure de vos paroles. Tu fixes les bâtiments, les lumières. La ville, ça te rassure dans un sens. Il y a du bruit, des gens, de la lumière. C'est actif, ce n'est pas mort. Mais tu as cette habitude de te presser quand tu sors, seul. Tu ne sais pas pourquoi, que se soit de jour comme de nuit, tu traces ta route, tu t'arrêtes sur certaines choses mais tu reprends aussitôt ton chemin. Ça te fait sourire de te sentir en sécurité ici.

"Ce que je mange ce soir ? Euh..." un petit moment d'hésitation. "Bah 'dois me rester de la salade de haricots d'hier, ou quelques pâtes. Chais pas trop. Je suis végétarien, donc je fais assez attention à ce que mange, mais je ne suis pas un as en cuisine. J'ai tendance à rater mes plats, vu que je n'ai plus ma mère derrière pour m'aider. Et je meurs tout le temps de faim."

Tu zieutes le peu de passants que tu croises, ainsi que les boutiques fermées. Ton estomac grogne de faim, tandis que tu bailles. Tu te fais bousculer par une personne pressée, ce qui te fait râler. Tu suis Noah, tu veux quand même t'assurer qu'elle rentre en bon état chez elle, ça serait con qui lui arrive un truc alors que toi tu n'es plus là. Déambuler dans les rues, oublier un peu les passants, contempler les lumières, c'est ce que tu fais. Tu ne parles pas beaucoup. Tu te rapproches d'Hargrave Street petit à petit. Ce quartier a toujours attisé ta curiosité. C'est sûr que vivre à côté de l'aquarium, ce n'est pas les poissons qui vont t'intéresser, loin de là.
Un nouveau grognement venue tout droit du bide.
Tu râles dans ta barbe invisible.


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    J’écoutais son « menu » en tentant de ne pas éclater de rire. Mais… il parlait des haricots en tant que féculents ou bien en tant que légumes ? Car j’avouais ne pas trop m’y retrouver. A la limite – parce que je n’aimais pas ça, évidemment, on ne pouvait pas tout aimer – si c’était des haricots verts, je trouvais ça sain (à défaut d’être bon), mais si c’était des féculents, j’étais plus rétive. Mais en même temps, il avait besoin de sucres lents pour avoir de l’énergie… en fait, tout était important j’avais l’impression. Vitamines, protéines, sucres lents, fibres… il avait besoin de tout ça.

    Alors il était végétarien. Je lui expliquai en riant que j’avais à un moment tenté d’être végétarienne comme je n’aimais pas la viande mais que mes résolutions étaient tombées à l’eau à cause des fruits de mer et du poisson – en particulier du saumon – mais que je pouvais tout aussi bien m’en passer et vivre comme si de rien n’était. C’était comme les sucreries, complètement dispensable. Je me disais parfois que de toute façon, les créatures aquatiques étaient relativement stupides et que ce n’était pas tant anormal d’en manger, mais je me disais la même chose à propos du poulet. Bon, je n’avais pas vraiment d’excuse.

         « J’imagine que l’une des seules qualités qui feraient de moi une « bonne mère » c’est ma capacité à gentiment cuisiner. Si un jour tu es las des conserves et des plats cramés – ou que tu a juste la flemme de préparer un truc toi-même –, tu peux venir me quémander de la nourriture, tu ne seras pas le premier à venir sonner à ma porte pour que je prépare quelque chose d’apparemment appétissant. En plus, je suis du genre à toujours faire trop. Et à me ruiner en produits bios. Enfin, cette proposition est bizarre. Je suis désolée. C’est vraiment que comme on a presque le même âge, je me permets des choses que je devrais pas. Mais… oh… mon appartement est juste là. »

    Je pointais du doigt un immeuble entouré d’enseignes lumineuses. Je lui esquissais un sourire, pour lui dire au revoir, puis finalement, j’osais lui faire la bise avant de m’éloigner promptement de lui.

         « Ça reste entre nous ; bonne nuit et… bah, j’m’occupe de tout ça. C’était sympa de me ramener. T’es gentil. »

    Allez, je m’étais retournée, et je l’avais planté là, comme un con. Je m’étais fondue à travers la foule de fêtards qui se préparaient à entrer dans l’une des nombreuses boîtes du quartier. Je m’étais évanouie à travers ces autres, et rapidement j’avais gagné mon ii. J’avais monté les escaliers à toute vitesse, j’étais rentrée dans mon appartement comme une furie et j’avais ouvert en grand la fenêtre. J’avais plissé les yeux, et j’avais cru apercevoir sa silhouette en train de s’éloigner. Je n’étais pas bien sûre, évidemment. Je devais délirer un peu, mais c’était assez agréable. D’une certaine manière, ça avait été une bonne soirée.
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phobie [Noah A. Cederström & Iloy Van Diermen]
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